Le soleil est apparu au moment où il s’élançait. Un clin d’oeil du destin. Un petit coup de pouce pour un grand pas. Mercredi, sur la piste Kandahar de Garmisch Partenkirchen, Carlo Janka a fait fort. En remportant la dernière descente de la saison, il a empoché cent précieux points. De chasseur, le Grison s’est mis dans la peau du chassé dans la traque au gros globe de cristal qui sacre le meilleur skieur de la saison. Janka possède désormais 54 points d’avance sur son rival Benjamin Raich qui avait renoncé à participer à la descente pour mettre toutes les chances de son côté pour les courses suivantes.

Même si rien n’est joué. Même si, mathématiquement, il faudra peut-être attendre le slalom, samedi, pour départager les deux candidats au trône, « Janks » a asséné une claque morale à son adversaire. « Aujourd’hui Carlo a frappé un grand coup », lâche Didier Défago. « Il devait faire un exploit aujourd’hui, il l’a fait. Hier je donnais 60% de chance à Beni (Raich) et 40% à Carlo, aujourd’hui je donne 40% à Beni et 60% à Carlo », avoue Mauro Pini, l’entraîneur du groupe vitesse de l’équipe de Suisse. « Les points qu’il marque aujourd’hui pourraient s’avérer décisifs », estime Bernhard Russi.

« C’est sûr, les épreuves de vitesses sont cruciales pour moi. J’ai besoin d’emmagasiner des points dans toutes les disciplines. Aujourd’hui, j’en ai pris cent et demain (jeudi), j’espère faire quelque chose dans ce genre en super-G», confie Janka lui-même. « On verra à la fin. Je pense que la lutte sera serrée jusqu’au bout, jusqu’au slalom. J’ai encore besoin de prendre des points sur le super-G et le géant, où nous sommes tous les deux favoris. Après, je ne pense pas en marquer sur le slalom, sauf, peut-être, si beaucoup de gars sortent. Sinon, ça va être très difficile pour moi. » Sa maîtrise de la piste et de la neige de la station bavaroise est de bon augure pour les épreuves à venir. S’il skie le super G et le géant avec le même aplomb et le même talent que la descente, peut-être n’aura-t-il pas besoin d’attendre le slalom pour poser son gant sur le gros globe. L’inversion soudaine des rôles dans ce bras de fer final n’est pas pour déplaire à Janka et pourrait même le galvaniser ces deux prochains jours. « Ça ne me dérange pas d’être chassé. Ca signifie que j’ai l’avantage. Maintenant, il me faut quelques points de plus… » Il sourit. Et ça, ça veut dire beaucoup.