«Je me trouve actuellement au large des côtes brésiliennes. J'ai eu de l'air pendant une partie de la nuit (ndlr: lundi à mardi) et ce matin (ndlr: mardi), mais le baromètre monte et le vent cale. L'anticyclone de Sainte-Hélène, qui était parti à l'Est, revient et est en train de recouvrir l'ensemble de l'Atlantique sud. Il va fortement nous ralentir. Je pensais qu'il allait s'installer entre les premiers et nous, permettant aux leaders de s'échapper. Mais il semble que le scénario soit moins catastrophique dans la mesure où le peloton de tête est un peu freiné aussi. Ce qui veut dire que l'anticyclone est plus Sud que prévu. Mon espoir est que les premiers soient aussi bloqués. Les 48 prochaines heures vont être cruciales. Il va falloir suivre le classement de très près. Mais je crains quand même que les leaders redémarrent plus vite et entrent dans les 40e rugissants, sur l'autoroute du vent, avec une avance cruciale. Si c'est le cas, ils peuvent prendre un système météo d'avance.

Le Britannique Alex Thomson tente une option radicale à l'Ouest qui l'éloigne de la route directe, mais qui n'est pas inintéressante dans la mesure où il va contourner l'anticyclone au portant (ndlr: par vent arrière). En ce qui me concerne, je ne l'envisage pas pour l'instant car j'ai du vent qui me permet de faire la route directe. Mais le baromètre qui monte ne me dit rien qui vaille. Je compte sur la bienveillance de Neptune et Eole pour ne pas rester bloqué trop longtemps.

Depuis le début de la course, les six premiers franchissent aisément les difficultés et claquent la porte derrière eux. Jusqu'à maintenant, la météo leur a souri avec des conditions exceptionnelles et de belles opportunités alors que derrière, nous avons droit aux schémas et difficultés classiques. Nous avons eu un Pot au Noir (ndlr: zone de convergence intertropicale) délicat, qui nous a retenus deux jours de plus qu'eux. Et maintenant l'anticyclone de Sainte-Hélène risque de nous bloquer plus longtemps également.

Depuis le début, le classement est figé et comme les bateaux vont à la même vitesse, il n'y aura pas de bouleversement tant que la météo ne viendra pas compliquer les choses. J'ai admis mes erreurs, je les ai digérées et j'essaie de faire au mieux. Le bateau va bien. Mais le fond de la déception est là. Ceci d'autant plus que, comme on l'avait prédit, la différence de vitesse entre les nouveaux bateaux et les anciens est moins importante que lors des éditions précédentes. PRB (Vincent Riou) et VMI (Sébastien Josse) tiennent la cadence par rapport aux nouveaux, ce qui prouve que Temenos serait aussi dans le coup, si j'étais dans le peloton. Vraiment, je m'en mords les doigts. J'ai du plaisir, mais il est tempéré par mon classement.