«C'est parti fort, mais je suis très déçu de la place (ndlr: 10e) que j'occupe actuellement. Il y a deux raisons à cela. D'une part, j'ai eu un problème de voile d'avant qui m'a freiné et contraint à passer à l'est de Madère; ce qui n'était pas mon idée de base. Je me suis donc retrouvé à l'est alors qu'il fallait être l'ouest. D'autre part, j'ai fait une erreur de jugement. J'ai voulu anticiper en passant à l'ouest des îles du Cap-Vert, mais je me suis retrouvé dans une molle (ndlr: zone sans vent). J'ai dû revenir sur mon idée, qui était très mauvaise. Du coup, j'ai été obligé de passer entre les îles et j'ai perdu beaucoup de temps. Je m'en veux parce que j'étais bien dans le match pendant les premiers jours de course. Là, je me retrouve distancé à faire de la course-poursuite et je n'étais vraiment pas parti pour ça.

Nous avons eu de superbes conditions depuis le départ avec un vent d'est portant. Mais je peine à prendre du plaisir en raison des bêtises que j'ai faites et des opportunités que j'ai laissé passer.

Je me trouve actuellement en dessous de l'archipel des îles du Cap-Vert, à 1200 km au large des côtes sénégalaises. Nous arrivons dans le Pot au Noir (ndlr: fameuse zone instable de convergence intertropicale). Il s'annonce relativement facile et on ne devrait pas y rester «tanqué» pendant deux ou trois jours. J'avoue que j'aurais préféré qu'il joue un rôle de garage pour que l'on se retrouve tous au même endroit. Il y aura peut-être quand même des coups à jouer, mais je commence à me méfier. Il n'est pas bon de s'éloigner du peloton de tête. De plus, j'ai un peu perdu confiance en moi à cause de cette erreur de jugement. Je ne vais donc pas prendre de risques. J'essaie de réduire la distance qui me sépare des premiers. Je joue au régatier appliqué et m'efforce de faire avancer le bateau au mieux en gardant une trajectoire assez sage. Je manœuvre énormément. Aujourd'hui, j'ai déjà changé six fois de voile d'avant.

J'ai peu dormi depuis le départ, par tranches de dix à vingt minutes. Mais ça va, physiquement je tiens le coup. C'est plutôt psychiquement que j'accuse le coup en raison de la place que j'occupe. Je sais que la route est encore longue, mais c'est quand même frustant et ça m'énerve. Je suis désolé de ne pas être le Dominique souriant, mais en mer, les sentiments sont exacerbés. Peut-être que je noircis un peu trop le tableau, mais pour l'instant je suis vraiment amer.

En ce qui concerne la suite, on devrait franchir l'Equateur dans trois jours. La descente de l'Atlantique sud sera assez lente car il n'y a pas beaucoup de vent le long des côtes brésiliennes. Et cela s'annonce délicat. Peut-être que ce sera l'occasion de se refaire un peu.