Je me trouve actuellement (jeudi 15 h) à 1000 km du Cap Horn, où je devrais passer dans deux jours. Les conditions météorologiques très changeantes me contraignent à d'incessantes manœuvres. Le vent souffle à 15 nœuds en moyenne, mais dans les grains sa vitesse monte à 35 nœuds, m'obligeant à réduire rapidement la toile. Voilà plusieurs jours que je navigue à une vitesse proche de 12 nœuds dans ce système météo éprouvant. Comme de plus, la direction du vent varie de 30 degrés, je n'ai guère le temps de m'assoupir longuement. A présent, je souffre d'un déficit de sommeil.

A chaque sortie sur le pont, j'enfile ma tenue de cosmonaute pour me protéger de la tête aux pieds contre le vent glacial. Malgré des gants en Néoprène, j'ai les doigts gelés après chaque manœuvre.

A l'intérieur, la température oscille entre 7 et 8 degrés. Ma température corporelle et la chaleur dégagée par le bloc-moteur, enclenché une heure par jour, contribuent à réchauffer la cabine, dont le fond de la coque n'excède pas 5 degrés.

Je dois rester concentré à l'approche du Cap Horn, un endroit très délicat, véritable cimetière à bateaux. Aux abords de ce rocher, où se rencontrent les eaux froides de l'Antarctique et celles tempérées du Pacifique, les icebergs représentent un danger considérable, tout comme les courants rebelles et extrêmement violents, susceptibles de détruire une embarcation.

Il y a quatre ans, j'avais passé le Cap Horn en naviguant au radar dans un épais brouillard, sans même apercevoir le mythique rocher. J'avais alors dû manœuvrer énormément, dans des conditions éprouvantes, accablé par la pluie et le froid.

Je suis impatient de me retrouver de l'autre côté de l'Amérique du Sud. Protégé par la Cordillère des Andes, j'y rencontrerai des éléments moins hostiles, et pourrai enfin récupérer du sommeil.