«J'ai vraiment eu chaud. Quand j'ai vu que la bastaque ne répondait plus, mon coeur s'est emballé. Dans ces cas-là, tu réagis sans réfléchir, tu vas voir la gueule du mât, tu constates qu'il fait un S, mais ce n'est qu'une fois que la réparation première est effectuée que tu réalises que tu as frôlé la catastrophe. L'adrénaline s'en va et tu as les jambes coupées. Je me suis alors assis et j'ai bu un café.

Je sais que j'ai une épée de damoclès avec ces bastaques qui peuvent me faire démâter. Mais pour l'instant, mon bricolage tient le choc. Je l'examine régulièrement. Par mesure de sécurité, je me sers moins des bastaques (ndrl: haubans mobiles retenant le mât sur l'arrière du bateau, qui se sont cassés). Du coup, l'étai (ndlr: câble retenant le mât à l'avant) est moins tendu et le foc (ndlr: petite voile d'avant) moins bien réglé. Quant à mes problèmes de plomberie, eux, ils ne sont pas encore résolus. Les tuyaux du système de ballast (ndlr: réservoir étanche d'eau de mer servant de lest que l'on vide et remplit à chaque virement de bord) ont commencé à bouger et à se distendre, peut-être en raison du froid et du chaud. Toujours est-il qu'il y a des fuites et qu'au lieu de remplir les ballasts, ça innonde l'intérieur du bateau. J'ai terminé la réparation du ballast qui est actuellement au vent, mais si je dois virer de bord, ce sera problématique. J'attends que ça se calme un peu pour stratifier les tuyaux de l'autre côté.

Tout cela ne m'empêche pas de continuer à régater avec Sébastien Josse. Il m'a logiquement pris un peu de milles, mais je garde espoir de le rattraper à nouveau. Il a de gros problèmes aussi (ndlr: n'a plus d'électricité, vite de ses panneaux solaires et d'une éolienne qui ne fonctionne qu'au près; bout devant – qui permet de mettre le gennaker, équivalent du spi – cassé depuis une collision avec un iceberg) et cela peut devenir difficile pour lui dans l'Atlantique Nord. S'il n'y a pas de soleil ou qu'il doit naviguer au portant (ndlr: vent arrière ou de travers), il pourrait ne pas pouvoir utiliser son pilote automatique, très gourmand en électricité. Nous sommes un peu les canards boiteux, mais devant ils ont sûrement aussi des problèmes liés à l'usure du bateau, mais à l'exception de Mike Golding, ils n'en parlent pas. Les Bretons de Port-la-Forêt (ndlr: lieu dans le Finistère où se trouve un important centre d'entraînement à la course au large et dont sont issus Vincent Riou et Jean le Cam) cultivent la langue de bois.

La régate avec Sébastien est stimulante. On se parle deux fois par jour et on se raconte nos petits soucis. Chacun attend les classements et la position de l'autre avec anxiété. On va se battre jusqu'au bout pour la quatrième place.