La croyance la plus contestée du tennis est le cri, plus exactement le couinement, comme une stimulation savante de la force, du courage, ou de la nervosité adverse. En réalité, il n'existe aucune science du ahan querelleur: le tennisman râle comme le bûcheron à la tâche, le mammifère en rut, le cambrioleur en fuite.

Une autre croyance farouchement combattue est le choix de la balle, avant le service, comme une coquetterie aristocratique. Dangereuse ineptie. Au fil des échanges - et au prorata de leur vigueur - les balles utilisées en compétition subissent une dégénérescence inégale. Après sept jeux, elles sont bonnes à jeter aux chiens. Vulgarisons: la paume devient plus lisse ou plus pelucheuse, selon son «lainage», tandis que la taille varie en fonction de la déperdition d'air. D'où la nécessité, scientifiquement prouvée, de tripoter. «Pour un premier service, je choisis la moins usée et la plus petite, puis je vais crescendo», explique Rafael Nadal.

Une nouvelle fois, les balles de Roland-Garros font l'objet de carnets animés. Quand Wimbledon ralentit le jeu à des fins d'égalité des chances, la terre parisienne s'évertue à l'accélérer, pour s'éloigner à jamais des norias pusillanimes de l'ère papy museau - dont le point d'orgue fut la finale Wilander - Vilas, disputée en presque cinq heures pour quatre petits sets. La vitesse est augmentée par une interaction entre une surface sèche - si Dieu le veut - et une balle vive.

Celles fournies par Dunlop, également manufacturier de pneus, obéissent à ce postulat de départ. Or, elles deviennent rapidement lisses, fulgurantes, voire incontrôlables. «Rien de comparable à l'an dernier», rapporte l'Italien Simone Bolelli. Pour son premier entraînement, Rafael Nadal a emporté douze raquettes, avec autant de réglages différents dans son cordage - une tension élevée développe de la puissance, mais complique la maîtrise. Avec une vitesse de bras exceptionnelle, mais surtout une élasticité du poignet sans égale, Nadal est déjà le gagnant de cette évolution. Sa balle tournoie à 4600 tours/minute - contre 4200 tours/minute à Roger Federer - et bondit à des hauteurs d'autant plus inconfortables.

Pour influencer la tonicité des échanges, les fabricants agissent sur la quantité d'air, l'enveloppe et le feutre. Au final, les balles de compétition et de loisirs sont aussi comparables, en termes de rebond, qu'une pomme de terre et une météorite. La fulgurance idéale est obtenue par des réglages fins, «à trois millimètres près, en lâchant la balle depuis une hauteur standard».

Caricaturons: la seule différence entre une pomme de terre et une météorite tient dans l'énergie cinétique développée par leur contenu respectif. Une balle de tennis, au rebond, se comprime légèrement, puis se détend violemment en retrouvant sa rondeur originale, selon un mécanisme simple: plus la pression de l'air est forte, plus elle induit un effet ressort; plus l'enveloppe est élastique, plus elle est déformée au point d'impact et limite la déperdition d'énergie. A l'inverse, l'effet pomme de terre est obtenu à partir d'une balle mollachonne, dont le contact trop long avec le sol absorbe l'énergie cinétique. Il faut, pour stimuler ce mouvement, une force de frappe exceptionnelle - d'où l'expression «avoir la patate». D'où, aussi, l'importance de trier avant de servir.

Globalement, comme le résume un ouvrage de référence, «les balles de tennis sont très élastiques, constituées de polymères, de longues chaînes de molécules semblables, et peuvent se contracter comme des accordéons sans perte d'énergie». La civilisation moderne en a raffiné la texture: aux vieilles peaux (poils des animaux) a succédé le cuir, puis un drap lié avec des ficelles, puis, vers la fin du XIXe siècle, du caoutchouc.

Sortie de son emballage pressurisé, la balle de compétition a une espérance de vie quasi insignifiante. Elle perd aussitôt de la pression, du rebond, et de la précision. Si elle ne manquait pas d'air, elle adopterait un comportement moins erratique; mais à quoi bon? Après sept jeux, elle s'en vient fatalement mourir dans une poubelle, sauf à Roland-Garros où les 60 000 unités sont mises en vente instantanément, dont les plus prestigieuses sur e-bay.