Inattendu, le scénario de la seconde étape du Tour de France! Alors que l'on pouvait décemment attendre une journée sans histoire conclue par un sprint massif, le tronçon entre Challans et Saint-Nazaire (176 kilomètres) a déjà fait des victimes de marque. Alex Zülle, Ivan Gotti et Michaël Boogerd, trois des favoris de cette édition, ont en effet été distancés à la suite d'une chute collective qui a fractionné le peloton en deux. Conséquence: 75 coureurs se sont envolés. Le vainqueur de l'étape, Tom Steels, a franchi la ligne avec plus de six minutes d'avance sur le groupe de Zülle. Deuxième à Saint-Nazaire, Jaan Kirsipuu, qui a également gagné les trois sprints intermédiaires, ravit le maillot jaune de leader à Lance Armstrong par le jeu des bonifications.

Sur le papier, cette étape avec le passage du Gois, une route pavée reliant l'île de Noirmoutier au continent uniquement praticable par marée basse, devait simplement être une gigantesque carte postale. Les algues qui se sont déposées sur les quatre kilomètres en ont décidé autrement. Alex Zülle, qui s'est retrouvé bloqué par une chute collective au début du tronçon, enrage. Cet épisode compromet sérieusement ses chances de finir parmi les premiers, même si le Saint-Gallois, qui fête aujourd'hui son 31e anniversaire, peut espérer refaire une partie de son retard dans le contre-la-montre de Metz, dimanche. Puis pester contre le besoin de spectacle qui fait emprunter au peloton des passages aussi dangereux.

Au moment où Alex Zülle est reparti, il n'avait pas plus d'une centaine de mètres de retard sur le premier peloton. Mais le vent violent sur le littoral découvert ne lui a pas permis de colmater la brèche. Si la chasse lancée par les équipes Banesto et Polti, pour Ivan Gotti, s'est révélée infructueuse, c'est parce que devant, toutes les formations avaient intérêt à s'entendre au mieux. Il y avait celles qui visaient la victoire d'étape, comme la Française des Jeux avec Jimmy Casper; celles qui pensaient au classement général final, comme l'US Postal de Lance Armstrong ou la Once d'Abraham Olano; et, finalement, celles qui lorgnaient sur les deux, à l'instar de Mapei avec Tom Steels et Pavel Tonkov, de Casino, avec Jaan Kirsipuu et Alexandre Vinokourov; ou de Saeco, avec Mario Cipollini et Laurent Dufaux.

A ce jeu, c'est Casino et Mapei qui s'en sortent le mieux. Les premiers ont désormais le maillot jaune et un leader bien placé, alors que les seconds se réjouissent de la victoire d'étape et du placement de Pavel Tonkov. Néanmoins, l'équipe française ne cherchera pas à conserver à tout prix la tenue de leader. Jaan Kirsipuu: «Nous ne dépenserons pas toutes nos forces dans ce but, car l'équipe a d'autres objectifs. Il faut aussi qu'elle puisse soutenir au maximum Vinokourov tout au long des trois semaines.» Chez Mapei, Patrick Lefévère, le manager de la formation italienne, bras levé, apprécie la tournure des événements. L'année dernière, Tom Steels avait remporté quatre victoires sur le Tour. Mais toute l'équipe était à son service. Cette année, elle est bâtie pour emmener Pavel Tonkov sans dégât jusqu'à la haute montagne. Néanmoins, Tom Steels parvient tout de même à s'imposer au sprint. Après trois journées, le Tour demeure ouvert. Mais le sort a déjà raboté le club des prétendants.