France

Le cas Benzema, en parler ou pas

Selon Le Canard enchaîné, François Hollande a intimé à ses ministres de ne plus s'exprimer sur l'attaquant des Bleus

«Si vous voulez un café, n'hésitez pas.» Il est passé 16h ce jeudi 17 mars et le chef de presse de la Fédération française de football (FFF) ne sait plus comment faire patienter la presse internationale. Cela fait maintenant près d'une heure que la petite dizaine de journalistes étrangers attend Didier Deschamps. Le sélectionneur de l'équipe de France n'est pas dans son bureau, seulement occupé par son adjoint Guy Stéphan. Il se trouve dans celui de Noël Le Graët, le président de la FFF. Les deux hommes forts du foot français débattent de celui qui est en train d'en devenir le point faible: Karim Benzema.

Quelques heures plus tôt, le journal Libération a révélé que l'attaquant du Real Madrid venait d'être entendu comme témoin dans le cadre d’une information judiciaire pour «blanchiment en bande organisée» et «blanchiment de trafic de stupéfiants». Une affaire, une de plus pour le Lyonnais qui traîne depuis six mois sa participation active dans la tentative de chantage à la «sextape» de certains de ses amis d'enfance à l'encontre de son coéquipiers chez les Bleus Mathieu Valbuena.

«Maintenant, vous arrêtez vos conneries»

Que faire de Benzema? En France, chacun a son avis et le débat divise le pays comme dans le dessin de Caran d'Ache sur l'affaire Dreyfus. Très tôt, le Premier ministre Manuel Valls a rappelé qu'un «grand sportif doit être exemplaire, faute de quoi il n’a pas sa place dans l’équipe de France.» Plus récemment, alors que la juge d'instruction Nathalie Boutard a ordonné la levée partielle du contrôle judiciaire de Karim Benzema, le ministre des sports Patrick Kanner a réaffirmé que «les conditions n'étaient pas réunies» pour le retour en équipe de France de son meilleur buteur.

Mercredi, le Canard Enchaîné a révélé que le Président de la République François Hollande n'avait pas apprécié les prises de position de ses ministres. «Maintenant, vous arrêtez vos conneries», aurait dit le chef de l'Etat.

Benzema engage Me Eric Dupond-Moretti

Puisque l'affaire s'est déplacée sur la place publique, Karim Benzema a engagé la semaine dernière l'avocat le plus médiatique de France, Me Eric Dupont-Moretti, lequel a d'emblée placé un contre cinglant. «A ma connaissance, Didier Deschamps n’a pas demandé au Premier ministre de remanier son gouvernement, qui contient pourtant deux ministres condamnés.» La FFF entend elle aussi ne pas se laisser influencer. «La parole de Manuel Valls est importante, comme celle du ministre des Sports, mais j'entends mener cette affaire avec Didier Deschamps», a déclaré mercredi à l'AFP Noël Le Graët, qui s'est engagé à annoncer d'ici au 15 avril si Karim Benzema peut être sélectionné ou non pour l'Euro 2016.

Pour moi il n'a plus sa place en équipe de France après toutes les erreurs qu'il a commis dans un laps de temps bien trop bref.

Leur souhait serait d'aligner la meilleure équipe possible. Et donc de prendre Benzema, partant sans doute du principe qu'une entorse à la morale sera plus vite oubliée qu'un fiasco à l'Euro. Mais ces petites compromissions auxquelles le football est habitué choquent les autres sportifs. Après le nageur Camille Lacourt cet hiver («Pour moi il n'a plus sa place en équipe de France après toutes les erreurs qu'il a commis dans un laps de temps bien trop bref»), le quadruple champion du monde de biathlon Martin Fourcade a forcé le monde du ballon rond à regarder la vérité en face: «Si je suis dans son équipe, je n’ai pas envie de jouer avec lui. Son comportement dans la vie ne me regarde pas. Mais comment est-ce possible d’intégrer quelqu’un capable de tacler son propre coéquipier?» 

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