Tennis

Catherine «CiCi» Bellis, future impératrice

A Roland-Garros, une révélation chasse l’autre et les vainqueurs de la veille sont les battues du jour. De nouveaux visages apparaissent, dont celui d’une jeune Américaine très prometteuse

En sport, tout le monde vous le dira: le plus dur, c’est de confirmer. Plus encore au tennis où il n’y a pas de match nul, où ce que l’un gagne l’autre le perd, où le fort s’efforce d’enfoncer le faible. La nouvelle star de Roland-Garros sera donc celle qui réussira sept victoires de suite, et non un exploit sans lendemain. Après un tour et demi (seul le haut du tableau a disputé le deuxième tour), la liste des postulantes se réduit forcément mais l’incertitude grandit. Quelques favorites tiennent leur rang (Venus Williams, Garbiñe Muguruza, Kiki Mladenovic et Timea Bacsinszky se sont qualifiées facilement) mais deux nouvelles têtes de série, Petra Kvitova (N°15) et Kiki Bertens (N°18), sont désormais portées disparues.

Dur retour sur terre

La quête d’un nouveau visage est brouillée par le fait qu’aucune des héroïnes du premier tour n’a réussi à enchaîner. Un dur retour sur terre. Il est de coutume de verser cette versatilité sur le compte de l’instabilité chronique des filles munies d’une raquette. Leur tennis serait plus émotionnel, plus intimement lié à leurs sentiments personnels. Peut-être… Mais les garçons, lorsqu’ils arrivent dans les tournois du Grand Chelem, se félicitent de retrouver le format long des cinq sets, moins aléatoire, moins stressant que les matchs en trois sets. Tout le monde semble oublier que les filles, elles, doivent se débrouiller toute l’année avec trois sets.

Mal débuter et ne pas pouvoir se reprendre, c’est ce qui est arrivé à Ekaterina Makerova. Tombeuse de la numéro un mondiale Angelique Kerber au premier tour, elle a pris 6-2 6-2 en septante minutes face à l’Ukrainienne Lesia Tsurenko (42e mondiale). La Turque Çağla Büyükakçay, qui avait sorti la «guerrière» Mirjana Lucic-Baroni, a perdu son bras de fer (7-6 6-4) contre l’Américaine Shelby Rogers, quart de finaliste l’an dernier.

Monica Puig également éliminée

Même mésaventure pour la Portoricaine Monica Puig, stoppée 6-3 6-2 par l’étonnante lettone Jelena Ostapenko. Puig, championne olympique surprise en août 2016 à Rio (la première médaille d’or de l’histoire de son pays) a été dominé par plus puissante qu’elle. Ostapenko (47e mondiale) n’a pas encore vingt ans et ne joue sérieusement au tennis que depuis l’âge de douze ans. «Avant cela, je faisais beaucoup de danse de salon, explique-t-il. Valse, tango, rumba, fox-trot. J’ai privilégié le tennis mais j’en fais encore un peu et je crois que cela m’aide pour le petit jeu de jambes.»

Avec Jelena Ostapenko, un autre minois adolescent sort discrètement du lot: celui de Catherine Bellis (18 ans, 48e mondiale). Si la Lettone était reléguée sur le court N° 17, l’Américaine eut droit à l’exposition du court N°2. Inconnue en Europe, Catherine Cartan «CiCi» Bellis est une star montante aux Etats-Unis depuis qu’elle a battu Dominika Cibulkova à l’US Open 2014. Elle n’avait que quinze ans et sa précocité renvoyait les statisticiens à une certaine Anna Kournikova. Numéro un mondiale cette année-là chez les juniors, elle fut baptisée «la start-up du tennis» par Bloomberg.

«L’ambition est toujours venue d’elle»

Le business model semble solide puisque trois ans après, la voici plus jeune joueuse du Top 100. En septembre dernier, elle a renoncé à s’inscrire à l’université (elle était admise à Stanford) pour ne se consacrer qu’au tennis. Une décision lourde de sens pour une fille de sa condition, famille aisée, WASP, sans antécédent sportif autre qu’un court privé construit au fond du jardin de la propriété d’Atherton, le quartier très chic de la Silicon Valley. CiCi a décidé seule, ses parents ont soutenu son choix. C’est comme ça depuis le début. «L’ambition est toujours venue d’elle», assurait le mois dernier son premier entraîneur au New York Times.

Catherine Bellis ressemble physiquement à l’actrice Anna Kendrick (Twilight, In the air), une smart girl plus habituée aux rôles de fille futée que de tombeuse. Le genre que l’on sous-estime. Ça colle aussi à son portrait sportif: pas très impressionnante physiquement mais accrocheuse, intelligente, avec une belle longueur de balle, un bon jeu de jambes dégrossi au football (qu’elle pratique jusqu’à l’âge de douze ans) et des nerfs d’acier. Alors CiCi bientôt impératrice? Minute papillon! Se dresse face à elle la Danoise Caroline Wozniacki, qui vient d’offrir deux roues de bicyclettes à la Canadienne Françoise Abanda, 6-0 6-0.


Partir, revenir, repartir

Un jeu, dix points, sept minutes. Etonnant spectacle mercredi sur le coup de 13h. Un tennis sans préliminaire. Lorsque Jo-Wilfried Tsonga et Renzo Olivo entrent sur le Central, le tableau électronique affiche déjà 3h24 de jeu. Leur rencontre a été interrompue la veille au soir par l’obscurité alors que l’Argentin menait 7-5 6-4 6-7 5-4. C'est à Tsonga de servir. Au bord du précipice, le Français n’a pas le droit à l’erreur.

Trois balles de match

Toute la nuit, Olivo n’a rêvé que d’une chose: gagner le premier point. Il fait encore mieux: 0-40 et trois balles de match. Le public encourage intensément son favori mais lui communique tout aussi nettement sa peur (des «hhiiisss» crispés lorsque la balle flirte avec les lignes) et sa déception (des «ooohhh» décontenancés lorsqu’il joue petit bras).

Le Français a les nerfs pour revenir à 40-a mais cède sur la quatrième balle de match. Le stade ne siffle pas, il a compris la beauté tragique de l’instant et applaudit tristement Tsonga qui sort la tête basse. Dans un excellent français, Renzo Olivo s’excuse presque d’avoir éliminé le chouchou du Central. Il n’y a pas de quoi; personne n’a vraiment compris. «Tout est allé si vite», dira Jo-Wilfried Tsonga.

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