Equitation

Celine van Till, la vie après l’accident

La Genevoise est une des deux cavalières suisses qualifiées pour les Jeux paralympiques de Rio. Il y a huit ans, elle a été victime d’un traumatisme crânien après une chute de cheval

Tout a commencé par une chute. Celine van Till avait 17 ans. Adolescente timide et passionnée d’équitation, elle venait d’intégrer le cadre suisse junior de dressage. Lors d’un stage en Allemagne, son cheval, Zizz, s’est cabré et lui est retombé dessus. De cette journée, Celine ne se rappelle rien. Victime d’un sévère traumatisme crânien, elle est restée un mois dans le coma. Quand elle s’est progressivement réveillée, elle n’était plus la même.

Dans un livre, «Pas à pas», elle a raconté sa lente sortie du coma, la confusion, la colère, le terrible réapprentissage de tout: parler, marcher, tenir une petite cuillère. Et aussi la dépression, qui l’a touchée à son retour à la maison. Deux fois, l’adolescente a tenté de mettre fin à ses jours. Mais surtout, elle a raconté comment les chevaux, qui ont failli la tuer, lui ont permis de revenir à la vie. Quelques mois seulement après son accident, elle est remontée à cheval.

Fatigue et troubles de l’équilibre

Aujourd’hui, Celine van Till a 25 ans et elle va réaliser son rêve: monter aux Jeux paralympiques de Rio. Mais tandis qu’elle évoque sa qualification, assise à la terrasse du manège de la Pallanterie, à Genève, on ne peut s’empêcher de remarquer une autre victoire. Depuis la dernière fois qu’on l’avait rencontrée, en 2011 à la sortie de son livre, le geste est plus fluide, la parole plus facile. «Oui, dit-elle avec enthousiasme. J’ai pu récupérer encore beaucoup. Après un traumatisme crânien, on continue toujours de progresser, mais de plus en plus lentement.»

La jeune femme souffre de troubles de l’équilibre, est partiellement tétraplégique, se fatigue vite et a du mal à se concentrer. Son handicap ne se voit pas, si ce n’est peut-être dans son regard un peu flou. Car la cavalière ne récupérera jamais une bonne vue. Son champ de vision a beaucoup diminué, et elle voit double et en deux dimensions.

Il y a aussi ces petits mouvements involontaires qui font trembler ses jambes quand elle est fatiguée; et qui peuvent être déstabilisants pour les chevaux. Ses montures, Amanta et Ronja, ont dû s’y habituer. «Les débuts n’ont pas été faciles, surtout avec Amanta. C’était il y a trois ans et j’avais plus de spasmes qu’aujourd’hui. Avec ma mère, on a beaucoup travaillé pour que mes juments aient confiance en moi.»

«Elle est devenue très forte»

Celine a dû se séparer de Tin Tin, la monture avec laquelle elle s’était classée sixième en para-dressage aux Jeux équestres mondiaux de 2010. La jument était trop difficile à monter. Elle prend aussi des précautions quand elle se promène à cheval dans la campagne genevoise: seulement au pas et accompagnée. Malgré les apparences, et même si elle se mesure avec succès aux cavaliers valides, exécuter une reprise de dressage demeure pour elle un véritable défi.

Depuis les derniers Jeux équestres mondiaux, Celine a changé de catégorie du fait de ses progrès. Elle est passée du grade II au III (les personnes les moins handicapées montent en grade IV). Les programmes sont plus difficiles et elle ne peut plus laisser son cheval à quelqu’un d’autre pour l’échauffement. «Souvent, les cavaliers ne souhaitent pas monter d’une catégorie, dit-elle. Mais moi, je voulais changer. Les défis me motivent.»

Ses défis, ses écueils, ses victoires, la Genevoise les évoque volontiers. Il n’en a pas toujours été ainsi. «Avant son accident, Celine était très timide, dit Simone, sa maman. Mais aujourd’hui, elle est devenue très forte et elle parle énormément.»

Elue Miss Handicap

Ainsi, en quelques années, Celine a publié un livre, obtenu un bachelor, a été élue Miss Handicap, s’est produite en démonstration de para-dressage au concours hippique de Genève, a couru pour récolter des fonds pour Handicap International et a témoigné dans des écoles. Se faire connaître lui a aussi permis de s’entourer de mécènes et de sponsors qui financent sa pratique de l’équitation. «Il faut savoir donner pour recevoir, dit-elle. Ce n’est pas par la pitié qu’on obtient quelque chose, que ce soit chez les sportifs handicapés ou les valides.» Le regard des autres, pourtant, n’a pas toujours été facile à affronter. Celine avait abandonné le collège pour des cours du soir car elle ne supportait plus les moqueries des autres adolescents.

A Rio, la Genevoise espère se qualifier pour la reprise libre en musique, réservée aux meilleurs concurrents de sa catégorie. Mais sa plus belle victoire, elle l’a peut-être remportée en mai de cette année lorsque, pour la première fois depuis son accident, elle est tombée de cheval. A Avenches, lors d’un entraînement, elle n’a pas vu la petite barrière qui délimite le carré de dressage et a emmené sa jument droit dessus. Ronja a bondi sur le côté et désarçonné sa cavalière. «Depuis mon accident, j’avais très peur de retomber, confie-t-elle. Alors j’étais tellement contente de voir que ça pouvait se produire sans qu’il ne m’arrive rien… Je suis entrée dans l’écurie où ma mère préparait mon autre jument, j’ai éclaté de rire et je lui ai dit: «Maman, je suis tombée, mais tout va bien.»


Bio

20 juin 1991: Naissance à Genève.

30 juin 2008: Tombe de cheval lors d’un stage en Allemagne. Traumatisme crânien.

2010: Participe aux Jeux équestres mondiaux en para-dressage.

2011: Publie «Pas à pas», un livre sur son accident.

2012: Est élue Miss Handicap.

2016: Participe aux Jeux paralympiques de Rio.

Publicité