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Sur le Central de Roland Garros, la pression peut sublimer ou paralyser pour Marc Rosset.
© AFP Photo/Thomas Samson

L’œil du court

Sur le Central, la pression peut sublimer ou paralyser

Demi-finaliste de Roland-Garros en 1996, Marc Rosset a connu comme Stan Wawrinka et Timea Bacsinszky le redoutable honneur d’un match sur le Central. Il raconte ce rêve réalisé qui peut virer au cauchemar

Après Stan Wawrinka, Timea Bacsinszky va jouer mardi son match contre Kristina Mladenovic sur le Central de Roland-Garros. Pour un Romand, c’est quelque chose de fabuleux. Lorsque tu es petit, les deux tournois que tu regardes à la télé, parce qu’il n’y a pas de décalage horaire, c’est Roland-Garros et Wimbledon. Je ne connais pas un joueur qui n’ait été un de ces gamins qui allaient dans leur club suivre la finale. Au TC Drizia, je me souviens avoir vu jouer Borg, Lendl, Vilas, et cela me faisait rêver.

La première fois que j’ai joué sur le Central, tous ces souvenirs de l’enfance sont remontés. Je me suis revu à 7 ans et j’ai pensé aux gosses qui étaient en train de me regarder à la télé. Stan et Timea, peut-être… Pour mon premier Wimbledon, il y avait à l’époque deux vestiaires, le A et le B, qui étaient assez petits. Je ne sais plus pour quelle raison, je me suis retrouvé dans le A, avec McEnroe, Lendl, Edberg, Connors, Noah, Becker, toutes ces légendes. C’était irréel. Je côtoyais mes idoles et je peux vous dire que je ne faisais pas le malin: j’avais pris un casier dans le fond et j’essayais de me faire tout petit.

Honneur

Jouer sur le circuit ATP est une première étape, être inscrit dans le tableau du tournoi d’un Grand Chelem en est une autre; mais jouer sur le Central, à Roland-Garros ou à Wimbledon, c’est encore plus fort. Ces terrains sont pour un joueur de tennis ce que le Madison Square Garden est pour un boxeur ou la Scala de Milan pour un musicien. C’est un honneur difficilement prévisible, il faut être opposé à un grand nom et avoir de la chance lors de la programmation des matches.

Jouer sur le Central peut être déstabilisant. Le court est grand, le match passe à la télévision, l’adversaire est forcément très bon (sinon tu ne serais pas là) et il y a forcément plein de choses qui te passent par la tête. On s’y habitue mais la première fois est toujours particulière. Dans mon cas, c’était contre Andre Agassi et je me souviens avoir eu peur de ne pas être à la hauteur. J’ai perdu en quatre sets, c’était honorable.

Le rôle pas forcément décisif du public

Stan et Timea y ont joué souvent et ne sont pas déstabilisés par le public, même lorsqu’ils se retrouvent face à des Français. La pression, un joueur de tennis l’a toujours, ou alors c’est qu’il est temps d’arrêter. La différence se fait entre ceux qui savent la gérer, s’en nourrir, et ceux qui la subissent et sont paralysés. Entre ces deux options, le soutien ou non du public ne joue pas forcément un rôle décisif. Certains peuvent prendre l’énergie, même négative, du public pour développer une sorte d’instinct de survie. Lorsque j’ai gagné le titre olympique à Barcelone en 1992, j’ai battu Emilio Sanchez en night session avec une foule hostile que je haranguais chaque fois que j’en avais l’occasion. Ils étaient tous contre moi mais cela n’avait fait que renforcer ma détermination à gagner ce match.

A contrario, jouer à domicile n’est pas toujours facile. On le constate année après année avec les joueurs français à Roland-Garros. Ils veulent trop bien faire et cela les inhibe. Un Richard Gasquet, par exemple, demande systématiquement à jouer sur le Lenglen, qui est un court un peu moins grand que le Central; il espère qu’il aura un peu moins de pression. Cette année, Kiki Mladenovic sait au contraire parfaitement communiquer – et même communier – avec le public. Elle arrive à faire de cette pression non un stress mais une énergie positive.

S’il y a un match dont je suis fier comme capitaine de Coupe Davis, c’est un Kratochvil-Verkerk en 2003 à Arnhem. C’était le cinquième match et «Micha» prend 6-1 d'entrée. Il était pétrifié, pensait constamment à ce que la presse allait écrire le lendemain si la Suisse était éliminée à cause de lui. Au bout d’un moment, j’ai adopté la seule stratégie qui me semblait efficace: le sortir de l’enjeu du match. A chaque changement de côté, j’ai commencé à critiquer Verkerk, qui avait un physique particulier. «T’as vu sa tronche? Tu vas perdre contre un type pareil?» Pas une fois je n’ai parlé technique ou tactique, mais Kratochvil s’était mis à détester son adversaire. Il a refusé de perdre, et il a gagné les trois sets suivants 7-6 7-6 6-1. De victime, il était devenu bourreau parce que j’étais parvenu à inverser la pression.

Les grands joueurs gèrent cette pression sans l’aide de personne. Cela ne veut pas dire que c’est facile, qu’ils ne souffrent pas. Même Roger Federer est tendu avant un match! Vous pensez que Nadal, s’il a une balle de match dimanche pour remporter un dixième Roland-Garros, n’aura pas le cœur qui palpite? Stan Wawrinka a avoué qu’il avait été très mal la veille de sa finale à l’US Open l’an dernier. Pourtant, il avait déjà gagné deux Grands Chelems, il jouait Djokovic, donc a priori pas de pression… Mais un grand joueur veut toujours gagner. Il peut reconnaître une défaite après le match, mais jamais en accepter l’idée avant.

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