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A Wimbledon, chaque match de Federer est un éblouissement. Une performance, au sens artistique.
© Ashley Western - CameraSport

Tennis

Sur le Centre Court, l’émotion Federer

Si la perfection existe, elle n’est pas loin de ressembler à un match de Roger Federer dans son jardin de Wimbledon. Impressions, alors qu’arrivent le troisième tour et «le début des choses sérieuses»

Depuis le début du tournoi, Roger Federer dispute tous ses matches sur le Centre Court. Et, sauf élimination, il n’y a pas de raison que cela change d’ici à la finale. Il y a dans ce privilège accordé au septuple vainqueur autre chose qu’une raison pratique (il est celui que le plus de spectateurs veulent voir) et bien plus que du favoritisme. Roger Federer est fait pour jouer sur le Centre Court de Wimbledon. Le plus beau stade du monde et le plus beau joueur du monde s’attirent irrésistiblement.

Ici, Roger Federer est né tennistiquement le 2 juillet 2001, jour de son unique confrontation (victorieuse) avec le maître d’alors, Pete Sampras. L’acte de baptême de sa folle carrière porte également le sceau du Centre Court: 7 juillet 2003, 7-6 6-2 7-6 contre Mark Philippoussis, premier titre du Grand Chelem. Depuis, il y a connu ses plus grandes joies et ses plus grandes peines. Lors de sa dernière apparition, une défaite en demi-finale de l’édition 2016, il avait chuté et s’était retrouvé le nez dans le gazon. La scène avait quelque chose de l’ordre du sacrilège.

Une performance artistique

A Wimbledon, chaque match de Federer est un éblouissement. Une performance, au sens artistique. «Une expérience religieuse», osa l’écrivain américain David Foster Wallace en 2006 dans le New York Times. N’excluons pas les athées; une expérience esthétique. La beauté est rare dans le sport. Elle est surtout rarement victorieuse. De Poulidor au Brésil 82, les perdants sont souvent magnifiques quand les gagnants ne sont parfois que des vainqueurs. Federer a amené cela dans le sport moderne: le triomphe de l’esthétisme. L’efficacité du beau. Plus que les dix-huit ou dix-neuf ou vingt titres du Grand Chelem, c’est ce qui restera.

A cette esthétique répond celle du Centre Court. Ce stade est un écrin immaculé où rien ne vient troubler la quiétude de l’œil. Il n’y a que du vert et du blanc, parfois un peu d’or lorsque le soleil couchant baigne le court dans la chaleur de ses obliques orangés. Pas de publicité, pas de loge. Les juges de ligne sont cachés au milieu des photographes. Il n’y a pas même de banc pour les joueurs; juste deux chaises posées sur la pelouse. La pente douce des tribunes relie sans rupture le toit et le terrain. Lorsque les applaudissements descendent en cascade des gradins, ils glissent en atteignant le replat comme une vague sur une plage de galets. Fermez les yeux: le bruit est à peu près le même.

Sobriété et classicisme

L’atmosphère est moins celle d’un stade que celle d’un cloître. L’espace est clos, replié sur lui-même et plongé dans la pénombre à toute heure de la journée. Les volets tous fermés là-haut dans les cintres y veillent. Le tennis de Roger Federer se marie parfaitement à cette harmonie. Le Bâlois est tout de sobriété et de classicisme, plus encore depuis qu’il a mis fin à ses tentatives de réconcilier le vêtement de sport et la mode. Il dit qu’il se sent ici chez lui. Ce n’est pas exagéré. Sur ce court où il est interdit de s’entraîner, peu d’hommes y ont aussi souvent joué que lui.

L’esthétisme de Federer tient en trois choses: son physique, son jeu, ses silences. La beauté d’un sportif est aussi injuste que la beauté d’une femme. Chez lui, elle tient à ses mensurations idéales et à son relâchement. Rien n’est forcé, tout est fluide, naturel, évident. Plus grands, plus lourds, ses adversaires ont plus d’envergure mais moins de grâce. Si les joueurs de tennis étaient des oiseaux, eux seraient des albatros et lui une grue cendrée du Japon.

Un public muet d’admiration

Son jeu. Mieux qu’une leçon, une épure. Il rate parfois mais ne se trompe jamais. Il joue le coup qu’il fallait jouer. Lorsqu’il accélère, ce qu’il peut faire sur un seul coup de raquette ici sur le gazon, l’adversaire pris de vitesse renvoie une balle trop longue qu’il regarde passer en tournant le torse comme un matador.

La démonstration est d’autant plus éloquente qu’elle se donne sans bruit. Federer ne parle pas, ne crie pas, ne s’encourage ni ne s’invective. Il joue sa partition en silence, tout entier absorbé par son art, et ce n’est nulle part aussi éloquent qu’à Wimbledon. A son silence répond un autre silence. Celui du public, muet d’admiration. De ce dialogue sans parole naît une chanson de geste, accompagnée des sons de sa raquette. Ils semblent plus feutrés que ceux de ses adversaires. On perçoit des variations, qui laissent deviner des effets différents. La qualité du silence du Centre Court permet même d’entendre ses amorties atones. Ce stade est son stradivarius.

Un match de Roger Federer sur le Centre Court de Wimbledon n’a pas d’équivalent dans le sport de haut niveau. C’est une expérience à la fois visuelle, auditive et sensorielle. C’est l’émotion Federer.


Roger Federer: «Ça commence maintenant»

Tard jeudi soir, Roger Federer a parlé en conférence de presse de ses sensations dans ce Wimbledon. Extraits avant son troisième tour, samedi, contre Mischa
Zverev.

Le Temps: Sur le Centre CourtComment vous sentez-vous jusqu’à présent?

Roger Federer: Sur le court bien, mais en dehors c’est un peu plus compliqué. Ici, tout est un peu exigu alors c’est difficile d’être tranquille. Dans le «gym», c’est plein à craquer; dans le vestiaire, c’est très serré; au restaurant des joueurs, tout le monde veut des selfies ou des autographes. En fait, l’endroit le plus calme, c’est le Centre Court.

– Que ressentez-vous avant d’y pénétrer?

– C’est très variable. Parfois on sort très vite, parfois on attend longtemps dans le tunnel et on ne comprend pas ce qui se passe. On se met à penser au sac qui est lourd avec neuf raquettes. Et quand on sort, il m’arrive de regarder les gens, la météo ou au contraire d’être concentré sur la tactique. C’est différent à chaque fois et je n’ai pas vraiment de prise là-dessus. Jeudi contre Lajovic, j’étais très tendu. Je ne sais pas pourquoi, c’est venu comme ça. Je n’aime pas trop me retrouver dans cet état-là. Je me dis: «Encore un match où tu es nerveux» mais, en même temps, c’est la preuve que j’ai encore envie de bien faire.

– Vous paraissez plus concentré qu’à Melbourne, moins détendu?

– La donne n’est pas la même. J’ai gagné l’Open d’Australie et cela a créé d’autres attentes. A Melbourne, j’arrivais un peu sans repères. C’est vraiment après ma victoire sur Tomas Berdych que j’ai dit au monde: «Voilà, je suis de retour.» En fait, en Grand Chelem, ça commence vraiment à partir du troisième tour. 75% des joueurs ont été éliminés, les têtes de série ne sont plus protégées. On entre vraiment dans le tournoi.

(L.F.)

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