Il est des prénoms difficiles à porter. Hier, l'Espagnol Moises Duenas a été exclu du Tour de France pour dopage. Contrôlé positif à l'EPO à l'issue de la quatrième étape, le contre-la-montre de Cholet, l'homme sans palmarès faisait partie des coureurs ciblés par l'Agence française de lutte contre le dopage, ainsi que l'a indiqué son directeur, Pierre Bordry. Par ailleurs, des substances et médicaments interdits ont été saisis dans la chambre du coureur lors de la perquisition menée par une patrouille spécialisée.

«L'Espagne met du temps à comprendre»

Il s'agit du deuxième coureur contrôlé positif sur ce Tour de France, après Manuel Beltran, 37 ans, Espagnol lui aussi. «L'Espagne met du temps à comprendre» a déclaré Pat McQuaid, président de l'Union cycliste internationale, à l'agence Reuters. La formation Barloworld, tout comme Liquigas vendredi dernier, a retiré son coureur avant l'analyse de l'échantillon B, conformément aux accords signés par les équipes avec la direction de l'épreuve.

Alors que l'EPO, détectable depuis l'an 2000 dans les urines, est retraçable même s'il s'agit de micro-doses, certains coureurs persistent et signent. Pourquoi? Que ce soit dans l'alcoolisme, la toxicomanie ou les excès dans la conduite automobile, on retrouve le même phénomène selon Jean-Christophe Seznec, psychiatre et médecin du sport, chercheur au sein de l'Unité de psychologie de l'Université Paris 8: on se croit au-dessus des réglementations. Mais le cyclisme présente aussi un contexte particulier. «Les coureurs vivent un peu dans une bulle», explique-t-il. «L'un d'eux me disait un jour qu'il avait l'impression d'être en colonie de vacances. Or, en colonie, les règles sont un peu relâchées. En outre, dans le cyclisme, les sportifs sont transportés de gauche à droite, de chambres d'hôtels en chambres d'hôtels, ils sont toujours en route. L'hygiène de vie est très dure. Tout cela coupe un peu du monde. Dès lors, la notion de règles et de loi est pervertie.»

«Ils sont addicts à la gagne»

Autre phénomène: la dépendance à la performance. Le recours au dopage s'apparente au mal qui touche les joueurs de casino. «Lorsque vous commencez le cyclisme, tout de suite, vous faites de la compétition, alors que dans les autres sports, les jeunes passent par une phase d'apprentissage. Tout de suite, vous pouvez l'emporter, monter sur un podium et avoir votre nom dans le journal. A l'instar des joueurs pathologiques, les coureurs sont adeptes d'émotions fortes. Ils sont addicts à la gagne. Ils n'existent qu'en termes de gagne, d'où les problèmes que l'on observe lors de la reconversion.» Et d'ajouter: «Quand on est dans le culte de la performance, on se croit parfois tout-puissant. On répond à vos besoins avant que vous ne le demandiez. Les coureurs ne vérifient plus leur matériel. Ils cherchent parfois de fausses solutions. De surcroît, étant une source de fantasme pour plein de gens, ils subissent une pression extrême.»

Colossale équipe CSC

Tout en soulignant que l'on «peut attendre un vrai changement dans le cyclisme», le spécialiste élargit le débat: «Dans une société où tous les produits sont à disposition, où vous pouvez trouver de la cocaïne à tous les coins de rue, il est compliqué de demander aux sportifs d'être plus vertueux (ndlr: que la norme), alors qu'on exige d'eux qu'ils soient plus performants que les autres.»

Hier matin, habitué à ce genre d'annonce, le Tour de France s'est réveillé avec une épine à la patte. A Foix, la victoire a souri au Norvégien Kurt-Asle Arvesen, de la colossale équipe CSC, qui s'est imposé au sprint devant le Suisse Martin Elminger. Battu d'un boyau.