Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
César Bouchelaghem, le 10 février 2017.
© Eddy Mottaz

Tennis

César, douze ans, bon en tout et particulièrement au tennis

Quatre ans d’avance à l’école et un aux Petits As, le tournoi des futurs champions. César Bouchelaghem est un phénomène du tennis français mais chez lui, à Albertville, il est presque ordinaire au sein d’une fratrie exceptionnelle

C’est un mystère éternel pour ceux qui n’ont pas eu la chance de tomber dans la marmite quand ils étaient petits: comment un enfant de douze ans, avec un physique commun aux garçons de son âge, peut-il donner autant de puissance et de contrôle à une petite balle jaune? C’est un régal de voir César Bouchelaghem jouer au tennis aussi proprement. Et tant pis si c’est un cauchemar pour tous ceux de la génération 2004: numéro un français, il gagne tout ou presque depuis ses débuts.

C’est un régal, aussi, de passer du temps avec lui. Il a le regard éclairé de celui qui analyse tout plus vite que les autres. Parle façon mitraillette, comme s’il essayait de suivre le rythme de sa pensée. Ça fonctionne tellement bien entre ses deux oreilles qu’il est déjà en 1re S [deuxième année de collège en Maturité scientifique], avec des résultats très au-dessus de la moyenne. Soit quatre ans d’avance sur le cursus habituel, qu’il est désormais obligé de gérer en enseignement à distance: ses journées d’entraînement ne lui permettent plus de fréquenter un lycée classique.

Quatre enfants, quatre surdoués

Génie du tennis et tête de classe dans les études, sa renommée a depuis longtemps franchi les limites d’Albertville (Savoie) où il vit depuis sa naissance. Mais César est également la tête de gondole d’une fascinante histoire familiale, car la fratrie s’avère tout aussi hors normes. Marie, dix ans, trois classes d’avance elle aussi, des capacités sportives exceptionnelles en tennis, en danse et en judo, et un magnétisme qui séduit à la première seconde. Pâris, né en 2008, qui savait lire à trois ans sans que personne ne lui ait appris, et identifié comme plus fort que César au même âge: parce qu’il a démarré plus tôt, certes, mais avec un feu encore plus intense dans les yeux. Et Margot, la petite dernière (six ans), sourire espiègle qui ne masquera pas l’essentiel. A la question: «Tu t’es bien amusée ma chérie?» posée par sa maman Véronique, elle a juste répondu: «Oui, 5-0!», après avoir puni un grand garçon de ses coups droits déjà ravageurs.

Lire aussi:  Les ados, ces nouveaux petits adultes qui prennent le pouvoir

Véronique Bouchelaghem est une férue d’escalade, mais elle a les pieds sur terre comme personne. Elle sait qu’elle doit raconter cette saga un peu dingo: pour éviter les sales rumeurs, déjà, et parce qu’on ne peut pas vivre cachés dans le monde d’aujourd’hui. Elle n’a pas très envie de parler d’elle, lâche du bout des lèvres qu’elle et son mari Olivier ont aussi sauté des classes à leur époque. Ne veut pas donner les chiffres de QI de ses enfants, pour éviter d’en faire des phénomènes de foire. Elle est en revanche intarissable sur ses enfants, et ce qu’elle en dit est rassurant. Les classes sautées par ses deux aînés? «Surtout des histoires de personnes, de rencontres, de chances. Des instituteurs et directeurs d’école qui ont eu l’intelligence de tout comprendre et de bien décider», même si on croit saisir que ce n’est pas forcément le cas pour les deux plus jeunes, aujourd’hui. Le mythe du surdoué (puisqu’il faut bien lâcher le mot) qui vogue sur ses multiples talents? «Mes enfants n’avaient pas la science infuse, non. Ils ont dû apprendre à se structurer et à se concentrer. Et apprendre à beaucoup travailler.»

«L’oisiveté, pour ces enfants, c’est un martyr»

Elle fait s’effondrer un autre cliché: celui des parents qui poussent sans arrêt leurs gamins qui ne demanderaient qu’à vivre aussi légèrement qu’un collégien standard. «J’entends parfois que César n’aura pas eu d’enfance. Mais l’oisiveté ou l’ennui pour ces enfants-là, c’est un martyr, une souffrance. César, il fallait plutôt le ralentir tant il avait besoin de se remplir de connaissances. Sinon, il pouvait tomber dans un vide angoissant.» Elle parle de sa volonté d’excellence, des larmes qui montaient quand il n’avait «que» 18/20. Avec des doutes sur l’attitude à adopter: rassurer en disant que c’était déjà très bien, ou au contraire aller dans son sens? Là encore, elle rend un vibrant hommage à la magie des belles rencontres: «On a consulté une psychologue scolaire, géniale, qui nous a convaincus qu’il fallait être derrière lui. Parce qu’il risquait de se sentir terriblement seul si même ses parents essayaient de modifier son caractère.»

Lire aussi:  Avec les ados, mieux vaut appliquer la carotte que le bâton

Le caractère de César, on y revient justement avec Olivier Bouchelaghem, le père, qui nous rejoint après sa journée de travail. Il raconte une petite enfance pas comme les autres: «Je l’ai emmené en promenade quand il avait deux ans. Puis il a voulu courir avec moi, en me tenant la main, et il a tenu à faire dix kilomètres. Il a fini en larmes, mais il a refusé de lâcher.»

Un rêve très analytique

Deux ans, c’est aussi l’âge où César a découvert Amélie Mauresmo sur le Central de Wimbledon, par écran interposé, pour sa deuxième victoire en Grand Chelem en 2006. Le silence religieux, avant la sentence: «Je veux faire ça!» Il devra attendre quatre ans avant d’avoir sa première raquette, et l’histoire s’est ensuite accélérée pour celui qui a toujours dit vouloir «devenir numéro un mondial».

Il n’a pas raté grand-chose du dernier Open d’Australie, en replay à cause du décalage horaire. Alors, il était Nadal ou Federer? César Bouchelaghem ne s’amuse pas à choisir un camp. Il est déjà en train d’imaginer son futur dans ce monde-là et ne veut pas devenir pas fan de qui que ce soit. Analytique plus qu’émotionnel, il ne parle pas trajectoires de balle pour expliquer pourquoi les meilleurs le sont devenus. Plutôt attitude et capacité de sublimation dans les moments importants. A ce jeu-là, c’est Novak Djokovic qui a le plus de crédit à ses yeux.

Il n’empêche: il y a toujours quelque chose de suspect, mentalité française oblige, quand tout marche sur des roulettes. Les Bouchelaghem ont alterné les naissances garçon-fille-garçon-fille tous les deux ans (entre 2004 et 2010), pour quatre surdoués aux profils bien différents. Pour un projet familial qui se vit à six et a conduit à la déscolarisation de l’aîné, une décision parfois synonyme de vie sociale réduite et d’enfants repliés sur eux-mêmes. Une journée passée en famille avec eux permet de se rendre compte que c’est tout le contraire.

Un an d’avance aux Petits As

Outre la belle aventure qu’ils écrivent au quotidien, les enfants Bouchelaghem affichent un insolent épanouissement. «Parce que ce n’est pas César d’abord, et les autres ensuite. On s’est posé des tas de questions sur l’entraînement, la nutrition, la récupération. Avec César, on cherchait. Avec Marie, Pâris et Margot, on anticipe. Ils bénéficient de cette expérience», pour Véronique. «On a tout entendu, qu’on se projetait à travers eux et qu’on rêvait de gloire», ironise Olivier Bouchelaghem. «Alors oui, on a voulu fonder une grande famille, mais on n’avait pas fixé les règles du jeu avant. On ne pensait pas avoir quatre enfants surdoués, on s’est juste adaptés.»

Il insiste encore: le tennis, c’est le projet de César et de lui seul. «Si demain il veut arrêter pour se mettre à la pétanque, je lui dirai OK.» Un sourire, puis il modère: «Bon, ça me ferait quand même un peu grincer des dents après tout ce qui s’est passé…» La pétanque attendra sans doute, parce que l’agenda est déjà bien rempli. César pratique la danse (modern jazz) tous les vendredis, avec un spectacle prévu en fin d’année qu’il ne raterait pour rien au monde. Le judo aussi, où il excellait plus jeune, même s’il doit désormais renoncer aux compétitions devant les risques de blessures. Et puis les tournois de tennis sont un monde idéal pour vivre avec des gamins venus du monde entier, on l’a encore vu lors des Petits As de Tarbes, le mois dernier, à l’occasion de la plus belle des compétitions de jeunes. Battu au deuxième tour, César Bouchelaghem avait là encore un an d’avance (le tournoi était réservé aux 2003). Il reviendra l’an prochain, plus fort, avec encore l’étiquette de favori collée à son nom. Une étape de plus sur le chemin de son rêve.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sport

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Les athlètes suisses reviennent des European Championships de Glasgow/Berlin, qui réunissaient les épreuves de sept fédérations, avec dix-neuf médailles. Retour en images sur les cinq performances les plus marquantes

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Switzerland's Lea Sprunger reacts after winning the women's 400m Hurdles final race during the European Athletics Championships at the Olympic stadium in Berlin on August 10, 2018. / AFP PHOTO / John MACDOUGALL
© JOHN MACDOUGALL