Ancien capitaine de l’équipe de Suisse de football, docteur en psychologie et psychothérapeute, Lucio Bizzini a créé le premier syndicat suisse des joueurs de football, introduit en équipe nationale l’approche psychologique des matchs, et cofondé l’Association suisse de psychothérapie cognitive. Il intervient régulièrement dans Le Temps sur le sport.

Souvenirs du championnat de 1978. Au retour d’un match gagné en Suisse alémanique, nous joueurs du Servette pouvions lire dans la Tribune de Genève: «Servette gagne, le titre est dans la poche.» Cinq semaines plus tard, nous perdions le titre en match de barrage contre le FC Bâle. Défaite 2-1; ce n’était pas du tout «dans la poche».

Le vainqueur n’est déclaré qu’à la fin, c’est une constante dans toute compétition sportive. Alors comment interpréter ce prématuré mais si fréquent «c’est dans la poche»? L’excès de confiance qu’il contient ne concerne que très peu le compétiteur de haut niveau. Lorsque cela arrive, c’est à la fois par surestimation de ses forces et sous-estimation de celles des autres: l’athlète se sent invincible, il est certain que rien ne peut lui arriver. Il risque alors de perdre la concentration, comme le montre un autre souvenir personnel. Lors de la demi-finale de Coupe Sion-Servette de 1980, je venais de marquer le but de l’égalisation. Quelques minutes après, en pleine euphorie et (trop) sûr de moi, je fais une passe au gardien sans voir un joueur de Sion entre nous deux, une erreur énorme pour un arrière. But de Sion et qualification des Valaisans pour la finale (qu’ils gagneront).