Faire parler Xavier Margairaz, c'est comme lui piquer le ballon: il n'est pas interdit d'essayer. Mais les chances de succès sont ténues. Le milieu de terrain du FC Zurich, expansif comme trois loirs à la sortie de l'hiver, assume sa timidité. La revendique presque: «C'est dans ma nature.» Puis il précise: «Je me montre plus expressif avec mes amis.» L'homme, qui aura 23 ans le 7 janvier prochain, commence en tout cas à faire du bruit balle au pied. Il passe pour l'un des plus sûrs talents du foot helvétique. «Je cherche à m'affirmer», tempère-t-il. «Je me fixe des objectifs simples, échelon par échelon.» Avec son club, il a franchi la barre des huitièmes de finale de la Coupe de Suisse, samedi à Yverdon (victoire 5-2), là où il fut junior, inscrivant le premier but du match d'une splendide frappe enroulée. Mercredi à Bâle, il devrait fêter sa septième sélection en équipe nationale. Face au Brésil de Ronaldinho. L'occasion, peut-être, de gravir un palier supplémentaire, de taper dans l'œil de Köbi Kuhn.

Fidèle à sa politique du pas à pas, Xavier Margairaz veut s'imposer «à moyen terme» avec la Suisse. Sur le mode chi va piano, va sano... «Certains joueurs sont mûrs à 17 ans. Moi, j'ai eu besoin de plus de temps.» De Valeyres-sous-Rances, le bled où il a grandi, à Zurich, où il a glané une Coupe de Suisse et un titre de champion en vingt mois, le gaucher n'a toutefois pas musardé. «Il a judicieusement choisi ses clubs (ndlr: voir encadré), ce qui lui a permis de faire ses armes sans trop de pression», observe Lucien Favre, son entraîneur actuel. «Je sens qu'il prend confiance, comme homme et comme joueur.»

Le footballeur, parlons-en. Xavier Margairaz appartient à une espèce rare dans le vivier helvétique: les créateurs. Ceux qui font vivre le ballon, respirer le jeu. Expert ès dribbles chaloupés, roulettes chafouines, offrandes délicates et frappes enveloppées, le Vaudois compense sa relative lenteur d'exécution par une technicité et une lecture du jeu au-dessus de la moyenne. «Xavier a le sens de la dernière passe et sait conserver son calme au moment de la finition», apprécie Bernard Challandes, qui l'a dirigé avec la sélection «M21». «C'est un milieu de terrain offensif pétri de talent, à la fois capable, grâce à son endurance, de multiplier les kilomètres pour défendre.»

L'alliance entre l'ouvrier modèle et le chef d'orchestre, en somme. Ce gabarit (1m85 pour 80 kg), cette discrétion naturelle et cette gestuelle faussement pataude rappellent quelqu'un à ses débuts: Zinédine Zidane. «Je ne lui arrive pas à la cheville», s'empresse de dire le meneur de jeu, avec son sens des proportions. «Mais quelle meilleure source d'inspiration? Je regarde souvent ses matches sur vidéo, j'analyse ses mouvements, ses déplacements.» Les reproductions ont parfois fort bonne façon.

Xavier Margairaz possède les armes pour décider du sort d'une rencontre. Il l'a déjà prouvé, comme sur l'accélération et la passe de but qui permirent à Alexander Frei, le 4 juin 2005 à Toftir, de libérer une équipe de Suisse alors empêtrée dans le bourbier féringien. Pour une première sélection, c'était très réussi. En 210 minutes de jeu sous le maillot rouge à croix blanche, le Vaudois n'a, malgré son maître tir du mois d'août au Liechtenstein, pas encore véritablement marqué les esprits. Mais il a le profil d'un futur patron. Horizon Euro 2008? «J'y pense sans y penser», lâche-t-il. «J'ai pour objectif d'être une pièce plus importante au sein de l'équipe que je ne l'ai été lors de la Coupe du monde.» Reste à savoir s'il peut gagner en volume et en régularité. «Il possède une belle marge de progression», assure Bernard Challandes. «S'il ne rencontre pas de problème majeur d'ici là, il constituera un élément intéressant de l'aventure en 2008.» Sans doute davantage que Hakan Yakin, dont les carences athlétiques pèsent trop sur le rendement, ou que Ricardo Cabanas, léger et rarement décisif.

Utilisé la plupart du temps sur le flanc droit par Lucien Favre, tantôt à gauche, Xavier Margairaz ne cache pas que sa position privilégiée est dans l'axe, en soutien de deux attaquants. «Son poste actuel le dessert un petit peu», admet l'entraîneur du FC Zurich, «mais il apprend la polyvalence et cela lui sera très précieux pour le futur.» La suite? Elle passe à n'en pas douter par un départ à l'étranger. Lorsqu'il a reçu, l'été dernier, une offre de l'Eintracht Francfort, les dirigeants zurichois ont opposé leur veto. «J'ai un contrat jusqu'en juin mais je me sens prêt à franchir le cap», ose le joueur. Lucien Favre se fait plus précis: «Pour autant qu'il y ait une proposition, il a affirmé sa volonté de partir dès décembre.» Puis le coach lance un avertissement: «Où qu'il aille, il y aura du boulot. Le plus important, pour lui, sera de tomber sur un entraîneur qui le veut vraiment, qui adopte un système où il puisse prendre du plaisir.»

Jusqu'à présent, Xavier Margairaz a suivi un parcours linéaire, sans accroc. En guise d'explication, il évoque d'abord la chance: «La réussite, c'est être là au bon moment. Nombreux sont les très bons joueurs qui n'ont pas eu l'occasion d'évoluer plus haut que la 1re ligue.» Le hasard peut-il avoir autant de pouvoir? Titillé sur la question, le Vaudois inflige, sans forfanterie, une légère entorse à sa retenue: «Je n'en connais pas beaucoup qui ont autant travaillé que moi», assène-t-il en rappelant l'époque de ses débuts à Lausanne, où il n'avançait pas en match à force de tirer sur la corde à l'entraînement. «J'ai appris à me canaliser, à mieux utiliser mon potentiel.» La nouvelle pourrait s'avérer excellente pour l'équipe de Suisse.