L’équipe de Suisse n’a pas déçu le public romand pour son retour au Stade de Genève. Ce samedi, elle s’est imposée 2-0 contre l’Irlande du Nord, une formation coriace qui l’avait tenue en échec il y a un mois à Belfast. Ultra-dominatrice, elle a toutefois souffert pour faire la différence contre un adversaire conscient de ses limites. Les buts ont été marqués par Steven Zuber et Christian Fassnacht à la fin de chacune des deux mi-temps.

Avec ce succès, la troupe de Murat Yakin prend une sérieuse option sur l’une des deux premières places du groupe C des éliminatoires de la Coupe du monde 2022.

Que ne faut-il pas faire pour marquer contre l’Irlande du Nord! La Nati n’y était parvenue qu’une fois lors des trois matchs disputés dans un passé récent, le 9 novembre 2017 à Belfast, lors du match aller des barrages vers la Coupe du monde 2018. Au retour, il y avait eu 0-0. Comme le 8 septembre dernier. Comme le 18 août 2004 à Zurich, lors d’un match amical. Pour trouver la trace d’un but inscrit lors d’une phase de jeu contre les solides Britanniques, il faut revenir au 14 novembre 1964, à Lausanne. Une victoire, dans le cadre des qualifications pour la Coupe du monde 1966, acquise grâce à René Quentin et feu Köbi Kuhn…

Ce samedi à Genève, les hommes de Murat Yakin ont encore eu besoin de patience pour résoudre l’équation. A vrai dire, ils pensaient l’avoir balayée en 197 secondes de jeu, quand Denis Zakaria expédiait des 25 mètres un missile dans la cage de Bailey Peacock-Farrell, suite à un renvoi hasardeux de la défense. Mais le VAR s’en mêlait et révélait un hors-jeu, «manifeste» de quelques centimètres de bras, de Kevin Mbabu en début d’action. Il fallait tout recommencer.

L’arbitre dans le premier rôle

La semaine de camp d’entraînement à Lausanne avait permis au nouveau sélectionneur de mieux implémenter son projet technico-tactique. Sa Nati se montrait beaucoup mieux organisée dans son animation, beaucoup plus coordonnée dans ses assauts, et les occasions se multipliaient rapidement. Mais il manquait, pour conclure, un peu de promptitude à Renato Steffen (repris par un défenseur à la 10e) et un peu de clairvoyance à Xherdan Shaqiri (qui aurait pu décaler Steven Zuber à la 11e).

A la 24e, le capitaine de la Nati voyait son tir dévié du bras par Ciaran Brown et il quémandait un penalty. Mais après recours au VAR, Slavko Vincic douchait (logiquement) ses espoirs.

L’arbitre slovène n’avait pas fini de se mettre en évidence. Depuis le début de la rencontre, il s’était montré agacé par la propension des joueurs nord-irlandais à gagner du temps sur chaque touche. Coup franc. Dégagement. Il les avait avertis plusieurs fois. A la 37e, quand Jamal Lewis prit une vingtaine de secondes pour effectuer sa remise en jeu, il se décida à sévir. Avertissement. Sauf que le latéral avait déjà écopé d’un carton jaune, dix minutes plus tôt, pour une faute sur Breel Embolo. Il était renvoyé au vestiaire.

C’est peu dire que la décision n’a pas plu à Ian Baraclough. «La Suisse a une excellente équipe, de très bons joueurs, mais sur cette décision, elle a eu beaucoup de chance. Je ne peux pas dire ce que j’en pense vraiment. Elle m’ennuie. A ce niveau, on attend autre chose d’un arbitre. Je pense qu’il a été impressionné par le public ou les joueurs adverses, et qu’il avait oublié que [Jamal Lewis] avait déjà été averti», a regretté le sélectionneur en conférence de presse.

A onze contre onze, son équipe semblait avoir accepté l’idée qu’elle n’avait pas d’autre option qu’une défense acharnée pour tenir tête à la Suisse. En infériorité numérique, même ce plan résolument minimaliste devenait difficile à mettre en application.

«Football offensif»?

Mais il aura encore fallu tout un concours de circonstances pour que survienne l’ouverture du score. Une situation de contre, rare tant l’Irlande du Nord était restée cloîtrée dans sa moitié de terrain. Un duel aérien gagné par le minuscule Xherdan Shaqiri. Une conduite de balle bousculée de Breel Embolo. Quand Steven Zuber propulsa le cuir dans la cage, les 19 129 spectateurs du Stade de Genève se pinçaient pour y croire, d’autant que le but fut une nouvelle fois passé à la moulinette du VAR. Mais il n’y avait cette fois rien pour l’invalider. La Nati atteignait la pause avec le sentiment légitime d’avoir fait le plus dur.

En deuxième période, les hommes de Ian Baraclough n’ont jamais paru en mesure de revenir dans le match. Ils sont restés sagement dans leur registre, incapables de proposer le «football offensif» revendiqué la veille par leur sélectionneur en conférence de presse.

La Suisse, elle, a géré son match sans paniquer. Pas sûr toutefois qu’elle se soit débarrassée de tous ses doutes en matière de réalisme. Elle s’est créé peu d’occasions, et son centre-avant de substitution (en l’absence de Haris Seferovic) Breel Embolo a raté plusieurs montagnes. Il a toutefois fini par offrir le 2-0 sur un plateau à Christian Fassnacht, au tout début des arrêts de jeu. L’essentiel était acquis, même si Murat Yakin aurait aimé que son équipe inscrive davantage de buts au vu des occasions qu’elle s’est créées, ainsi qu’il l’a déclaré après le match.

Si sa Nati s’impose mardi à Vilnius contre la Lituanie, dernière du groupe C malgré sa victoire ce samedi contre la Bulgarie (3-1), elle sera assurée de terminer au moins à la deuxième place, synonyme de participation aux barrages de qualification vers la Coupe du monde 2022.