Le football est un sport qui se joue à onze contre onze et à la fin, ce n’est pas l’Allemagne qui gagne. Gary Lineker ne va pas se plaindre que sa vieille prophétie soit pour une fois démentie: l’Angleterre a remporté son Euro féminin à domicile, ce dimanche à Wembley devant un nombre record de 87 192 spectateurs, en triomphant de l’Allemagne 2-1 après prolongation.

C’est le premier titre majeur des «Three Lionesses», qui avaient disputé la finale de la compétition continentale en 1984 et 2009. C’est aussi le premier sacre en football pour le pays où ce sport est né après celui décroché lors de la Coupe du monde masculine 1966. Il vient récompenser un parcours parfait: six victoires en six matchs, 22 buts marqués et seulement deux encaissés. L’Angleterre, chez elle, portée par une ferveur populaire qui s’est renforcée match après match, fut une tornade.

Ce triomphe est aussi celui de la sélectionneuse néerlandaise Sarina Wiegman, qui signe un doublé personnel après avoir déjà remporté l’édition précédente du tournoi à la tête des Pays-Bas. La femme providentielle a pris la tête de l’Angleterre en septembre 2021 seulement, mais son plan était clair dès le début du tournoi. Lors de chacune des rencontres disputées, elle a aligné strictement le même «onze», procédant quasiment aux mêmes changements à chaque fois.

Pas la moindre concession

Cette formule a permis d’exploser la Norvège au premier tour (8-0), de dompter une talentueuse équipe d’Espagne en quarts de finale (2-1 après prolongation), de déclasser une solide formation suédoise à l’étape suivante (4-0) et finalement de conclure le travail contre la plus titrée des formations européennes (huit Euros, un Mondial). Les remplaçantes n’ont pas été moins importantes que les titulaires. Chloe Kelly, qui a inscrit le but décisif dimanche, n’est entrée qu’après l’heure de jeu.

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L’affaire avait mal commencé pour l’Allemagne dès l’échauffement. Alors qu’elle était annoncée à la pointe de l’attaque, avec le brassard de capitaine autour du bras gauche, l’attaquante Alexandra Popp a contracté une petite blessure musculaire. Coup dur pour elle, poissarde éternelle, qui avait déjà manqué les éditions 2013 et 2017 de l’Euro en raison de pépins physiques. Coup dur surtout pour son équipe: en cinq matchs, la joueuse de Wolfsburg avait marqué six fois. C’est elle qui, d’un doublé, avait permis de se sortir à bon compte d’une demi-finale incertaine contre la France. Il allait falloir faire sans.

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Avant la rencontre, la grande question était de savoir si les deux formations, très offensives et adeptes d’un pressing haut depuis le début du tournoi, allaient s’obstiner dans cette optique avec l’enjeu de la finale et une adversité d’un niveau inédit. La réponse tomba après quelques secondes: oui. Ni la Néerlandaise Sarina Wiedman ni l’Allemande Martina Voss-Tecklenburg n’avaient décidé de faire la moindre concession sur leur plan de jeu.

Le match a débuté sur un rythme élevé, avec une intensité physique rarement atteinte depuis le début de l’Euro, entre deux équipes prêtes à (se) faire mal. Après 24 minutes de jeu, les Anglaises avaient écopé de deux cartons jaunes - autant qu’en cinq matchs avant la finale. Et l’animation offensive était au rendez-vous. A la 4e minute, l’avant-centre locale Ellen White était démarquée à la réception d’un centre mais l’angle de sa tête ne trompait pas Merle Forhms. A la 10e minute, Sara Däbritz enroulait un ballon en direction de la lucarne mais Lucy Bronze pouvait dévier de la tête. Le round d’observation était terminé avant qu’aucune des deux équipes ne l’ait envisagé.

Ouverture du score magnifique

Après le premier quart d’heure, les rôles se sont un peu figés. A l’Allemagne la balle, la construction, l’initiative. A l’Angleterre les ruptures, la vitesse, la percussion. Toutefois, l’organisation des octuples championnes d’Europe et leurs qualités techniques impeccables ont condamné les Three Lionesses à la diète pendant de longues minutes.

Mais elles étaient à l’affût. Au plus fort de la domination adverse, alors qu’elles n’avaient pour ainsi dire pas passé le milieu de terrain depuis la pause, les Anglaises ont ouvert la marque sur une action lumineuse à la 50e minute. La passe, d’abord: une merveille d’ouverture pleine profondeur signé Keira Walsh - cela n’aurait rien donné au final qu’on se la repasserait quand même pour le plaisir. La conclusion fut à la hauteur: un petit lob parfaitement dosé par Ella Toone, le genre de truc facile à tenter à l’entraînement, un peu moins en finale d’un grand tournoi, surtout quand on vient d’entrer six minutes plus tôt sur le terrain.

Souvent, dans cet Euro, l’ouverture du score par l’Angleterre marquait le début d’un festival. Parce que l’équipe menée se découvrait, et que les protégées de Sarina Wiegman s’en régalaient. Mais les Allemandes ont trop d’expérience pour autoriser un tel scénario. Elles n’ont pas paniqué. Elles ont continué à dominer, à s’approcher, à titiller. Et l’égalisation a fini par tomber à la 79e, Lina Magull concrétisant une action bien emmanchée par ses coéquipières à quasi cent mètres de là.

Les 87 192 spectateurs de Wembley ont alors commencé à retenir leur souffle tant l’issue était incertaine. Une grosse demi-heure plus tard, ils pouvaient chanter à tue-tête que «football is coming home».