En Suisse depuis un mois, Enzo Trossero, successeur de Gilbert Gress à la tête de l'équipe nationale, va passer des paroles aux actes. Depuis son arrivée, l'Argentin n'a cessé de téléphoner aux joueurs évoluant à l'étranger, de récolter des renseignements auprès des entraîneurs et, bien sûr, de voir des rencontres. Ce soir, son équipe affronte la Grèce en match amical à Saint-Gall (20 h 15). Cette rencontre représente la seule et unique partie de préparation avant la grande aventure: les matchs de qualification à la Coupe du monde 2002. Le premier est agendé dans un peu plus de deux semaines, le 2 septembre prochain à Zurich face à la Russie.

A Abtwil, à quelques kilomètres seulement de Saint-Gall, la chaleur inonde le hall d'entrée de l'hôtel. Le climat estival déteint sur les joueurs. Ils respirent la tranquillité. Décontraction, sourires, bonne humeur sont au rendez-vous. Patrick Muller ne voit pas pour autant beaucoup de changements avec leur passé récent: «L'ambiance a toujours été bonne, elle continue de l'être.» Le défenseur de Lyon, auteur de bons débuts dans le championnat de France, apprécie le nouveau sélectionneur: «C'est quelqu'un de très ouvert qui transmet sa passion aux joueurs.» Alexandre Comisetti est lui aussi en bonne forme. Enzo Trossero l'a appelé à trois reprises en France et «depuis que nous sommes ici, ajoute-t-il, j'ai eu une heure et demie d'explication individuelle si j'additionne tous les quarts d'heure où il est venu me parler.»

Enzo Trossero confirme sa réputation. Sérieux et dur sur le terrain d'entraînement, il est ouvert en dehors. Latin au verbe facile, l'Argentin aime le contact, la discussion, la communication. Alexandre Comisetti résume: «Il essaie de mettre de la vie entre lui et les joueurs pour qu'il y ait une bonne ambiance et pas seulement des rapports professionnels. C'est un rassembleur. Il veut que tout le monde soit sur la même longueur d'onde pour créer une solidarité dans l'équipe.» David Sesa confirme: «Il parle beaucoup et cherche constamment le dialogue avec les gens.»

De toute évidence, en ce moment, Enzo Trossero fait l'unanimité. Mais le sélectionneur sait très bien qu'en football les considérations évoluent très vite et en fonction des résultats. D'ailleurs, pour lui, le résultat est primordial: «La victoire est toujours la chose la plus importante. Ensuite, si l'équipe joue bien, qu'il y a du bon spectacle, c'est tant mieux et on peut aussi… gagner.» L'homme se laisse aller à quelques plaisanteries durant la conférence de presse, mais la capsule de bouteille qu'il mordille et retourne dans tous les sens dénote une nervosité évidente. Comment se sent-il à vingt-quatre heures de son baptême du feu? «Je me sens très bien, répond-il, même si je suis un peu anxieux. A deux semaines du début des qualifications pour la Coupe du monde, cette rencontre est très importante pour la Suisse. Comme d'habitude je suis optimiste: il y a une bonne ambiance, les joueurs sont confiants, en forme et ont bien travaillé.»

D'ailleurs, pour le sélectionneur, le niveau du football suisse est bon: «S'il y a 14 joueurs qui évoluent à l'étranger, cela prouve que le football suisse évolue bien. Au niveau tactique, les entraîneurs suisses n'ont rien à envier à ceux d'Allemagne, par exemple, qui appliquent toujours le même système.» Contrairement à ses prédécesseurs, Enzo Trossero a donné sans hésitation la formation qui commencera le match ce soir. Aucune surprise pour un schéma tactique déjà évoqué lors du stage d'Yverdon à la fin du mois de juillet: trois défenseurs, quatre milieu de terrain et un homme libre (Ciriaco Sforza) en soutien des deux attaquants.

Le sélectionneur a pris l'option de laisser beaucoup de liberté aux joueurs de pointe: «Sforza est libre d'aller où il veut. Il est nécessaire qu'il trouve le ballon là où il le sent. La défense doit se préoccuper de lui et pas le contraire. De même, les deux attaquants sont libres de mouvement, de passer de droite à gauche.» Une philosophie pour le moins offensive: «Il est important de toujours vouloir gagner à domicile, explique Enzo Trossero. J'ai longuement parlé avec les joueurs. Tout le monde est convaincu de ce choix. Mais c'est autre chose de le voir sur le terrain. Dans le football, comme dans la vie, on n'est pas toujours sûr et on peut toujours changer. Demain (ndlr: aujourd'hui), l'équipe sera nettement offensive, mais rien n'est définitif.»

Bien que privé de deux atouts essentiels en attaque (Türkyilmaz et Chapuisat blessés), le sélectionneur ne se lamente pas et préfère relever la qualité des présents: «Rey est un grand buteur, Hakan Yakin s'améliore, Sesa est un très grand attaquant qui a beaucoup progressé ces six derniers mois selon son entraîneur, Comisetti a marqué le week-end dernier. Il y a des possibilités. Nous avons aussi des solutions sur les corners et les coups francs avec nos grands défenseurs.» Cette répétition générale est la seule avant d'affronter la Russie. C'est surtout l'occasion de bien commencer une nouvelle ère. «Pour la confiance, rappelle Enzo Trossero, un bon résultat est important.»