L'histoire est un peu celle de la deux-chevaux trafiquée de LNB qui cherche à rattraper une petite cylindrée de LNA, voire à la laisser seule sur le bas-côté. Hier soir, pour la première fois depuis quelques semaines, la deux-chevaux a connu des ratés. Autrement dit, le Lausanne Hockey Club s'est incliné (4-3) face à La Chaux-de-Fonds, au terme du premier match de barrage entre le champion de LNB et le perdant des play-out de LNA. Une première étape pour les Neuchâtelois sur le chemin du maintien dans l'élite, un parcours sinueux dont sortira vainqueur l'équipe qui aura remporté quatre matches dans la série.

Comme un conte agricole, cette histoire multiforme commence par une grande transhumance. Une transhumance autoroutière, 50 kilomètres entre Lausanne et Genève balisés par une procession de cars et de voitures aux plaques vaudoises. La patinoire de Malley étant occupée jusqu'au 8 avril par les championnats du monde de curling, le LHC et ses supporters ont dû migrer aux Vernets pour leurs rencontres «à domicile». Adieu Malley, ses10 000 spectateurs et son ambiance de feu! Bonjour les Vernets, leurs gradins en bois et leurs 6870 places!

Un cadre inattendu pour des retrouvailles très attendues entre frères ennemis, attisées par de vieilles querelles et quelques amabilités échangées avant le match dans la presse. «Riccardo Fuhrer (n.d.l.r.: l'entraîneur du LHC)? Il est imbu de lui-même, persiflait son collègue chaux-de-fonniers Mike Lussier. C'est un grand technicien, un docteur. Il a inventé le hockey et seule sa manière de faire est la bonne.» Côté lausannois, on promait à l'impertinent une réponse en bonne et due forme sur la glace, certains d'avoir affaire à «une équipe de perdants».

Dans cette ambiance de joie et d'amitié sportive, il aurait sans doute fallu un match à Malley pour jouer à guichets fermés. Hier soir, retransmission télévisée en direct et déplacement obligent, ils étaient seulement un peu plus de 5000. 5000 Vaudois et une centaine de Chaux-de-Fonniers, témoins privilégiés d'un match un peu fou disputé en quatre temps.

Après avoir connu bien des ratés au démarrage, le LHC a en effet trouvé la bonne carburation, mais trop tard pour refaire son retard. A la 14e minute de jeu, La Chaux-de-Fonds menait déjà 3-0, en dépit de trois pénalités mineures écopées dans les neuf premières minutes. Trois buts signés par Rudi Nideröst (en supériorité numérique), Daniel Nakaoka et Thomas Deruns, comme pour prouver aux adversaires que le rythme de la LNB n'a pas grand-chose à voir avec celui des rencontres de LNA. Dans ses buts, Thomas Östlund, l'ex-gardien de Gottéron engagé pour la fin des play-off, n'en revenait pas. Riccardo Fuhrer, l'entraîneur qui lit Machiavel, non plus, au point de prendre un temps mort après le troisième but.

Mais la mécanique vaudoise se rôdait. Gentiment, tout doucement. Le temps de faire un arrêt aux vestiaires, et Benny Plüss redonnait espoir aux siens (22e). Puis Thierry Bornand les ramenait à une petite longueur (25e), avec le même réalisme que celui dont les Neuchâtelois avaient fait preuve plus tôt dans la partie. Un coup d'accélérateur rageur, pour relancer la partie et ranimer des supporters groggy. La Chaux-de-Fonds? Moteur un brin fatigué, pot légèrement calaminé, mais pilote encore doté de lucidité. Malgré tous les coups du sort cette saison, malgré la défaite en play-out face à Coire, malgré le dernier match mardi et les coups au moral, les hockeyeurs neuchâtelois sont bien décidés à vendre chèrement leur peau dans cette série finale. Et le 4-2 inscrit par Samuel Villiger à la suite d'une action commune avec Sven Helfenstein (36e) atteste d'une indubitable force de caractère.

Les Lausannois, eux, ne s'en sont pas remis. Ou plutôt si, mais trop tard, via un dernier but de l'inévitable Benny Plüss (55e). L'assaut final des Vaudois et leur débauche d'énergie n'y ont rien fait. Samedi, dans les Montagnes neuchâteloises, ils chercheront à refaire leur retard. Comme une deux-chevaux trafiquée de LNB derrière une petite cylindrée de LNA.