C’est fini. Elles n’agiteront plus leurs crinières en faisant vibrer leurs brassières lors des matches des San Antonio Spurs. Les Silver Dancers, troupe de pom-pom girls sans pompons, formée en 1991, ne se déhancheront plus sur les terrains de basket dès la prochaine saison. Elles seront remplacées par une nouvelle troupe d’animation plus «familiale». Comprenez surtout: moins sexy.

Des séances photos topless

La décision prise par Spurs Sports & Entertainment a fait couler des larmes au sein de la troupe. Depuis plusieurs jours, ses membres déversent leur incompréhension, déception et rage sur les réseaux sociaux. Le choix, peu expliqué, n’est pas sans lien avec le mouvement #MeToo, qui a mis en lumière des scandales d’abus sexuels.

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Rien de tel pourtant du côté des Silver Dancers et des Spurs. Au Washington Post, la chorégraphe Rosalyn Jones, qui a fondé la troupe, ne cache pas être très peinée par le choix de l’équipe de basket: «Nous sommes, à San Antonio, dans un marché très conservateur, les dirigeants de l’équipe ont toujours fait très attention au look des filles […]. Mais je n’ai jamais rien vu ou entendu de vulgaire, les danseuses sont toutes des professionnelles qui connaissent les règles et qui savent qu’elles sont des ambassadrices des Spurs.»

La situation est moins glorieuse ailleurs. Les pom-pom girls des Washington Redskins, une équipe de football américain, ont, en 2013, été emmenées au Costa Rica dans un «hôtel réservé aux adultes» pour poser pour un calendrier. Certaines affirment aujourd’hui qu’elles ont aussi été contraintes de poser seins nus, devant des spectateurs, dont des sponsors de l’équipe. Des langues ont commencé à se délier, certaines filles dénonçant les «extras» qu’on leur suggérait de faire. Les cheerleaders des Redskins n’ont témoigné de cette affaire qu’il y a quelques jours, au New York Times, portées par #MeToo. Chez les Dolphins de Miami et les Saints de La Nouvelle-Orléans, deux autres équipes de la National Football League (NFL), l’heure est plus grave: des plaintes ont été déposées pour discrimination sexuelle.

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Ronald Reagan et George W. Bush

La suppression des Silver Dancers marque-t-elle un tournant dans ce qui reste une tradition iconique de la culture américaine? Si les San Antonio Spurs deviennent la première franchise de NBA à se débarrasser de son groupe de cheerleaders, des équipes de la NFL ont fait ce choix il y a plusieurs années déjà. Les Steelers (Pittsburgh) avaient par exemple leurs Steelerettes de 1961 jusqu’en 1969, avant d’y renoncer; les Chicago, leurs Honey Bears, de 1977 à 1985. D’autres équipes ont tout simplement décidé de ne jamais y recourir.

C’est le cas, par exemple, des Lions (Détroit). Ils ont ainsi échappé à la féminisation croissante et à l'érotisation de ces pom-pom girls, passées du statut d’athlètes-acrobates au rang d’objets sexuels. Plus le temps avançait, plus les jeunes filles, censées en premier lieu divertir le public, l’encourager à soutenir l’équipe et ainsi canaliser une potentielle agressivité, ont vu leurs tenues se raccourcir.

Les Cowboys de Dallas y sont pour quelque chose. Ce sont eux qui ont, en quelque sorte, lancé le mouvement, en 1972, en imposant des filles à la silhouette sculpturale, affublées de hauts moulants et de go-go boots. Ces filles aux poses lascives, expertes lorsqu’il s’agit de mettre en valeur leur chute de reins, ont véritablement explosé lors du Super Bowl de 1976, entraînant aussitôt leur lot d’aficionados et de détracteurs. Certaines équipes ont senti le bon filon commercial en vendant des calendriers sexy et en assumant leur univers machiste. Avec #MeToo, on assiste aujourd’hui à une sorte de retour de bâton.

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Oui, Ronald Reagan a été «cheerleader»

Cette évolution est relativement récente. Qui s’imaginerait Dwight Eisenhower, Franklin Roosevelt, Ronald Reagan ou George W. Bush, en majorettes à jupette à paillettes? Ils ont pourtant bien été cheerleaders. Car, oui, l’activité des pom-pom girls n’a jamais été que féminine. Elle était même, au départ, lorsqu’elle a émergé à la fin du XIXe siècle dans les universités du nord-est des Etats-Unis, exclusivement l’affaire d’hommes blancs. Ils y apprenaient à maîtriser les foules.

Dans ce secteur particulier, les femmes ne sont apparues que dans les années 1920, pour finir par s’imposer après la seconde guerre mondiale, rappelle Mary Ellen Hanson dans son livre Go! Fight! Win! Cheerleading in American Culture. Dans son ouvrage Cheerleader! An American Icon, coécrit avec Natalie Guice Adams, Pamela Bettis, qui elle-même a été recalée des sélections pour devenir majorette, s’intéresse aussi à ce qui a longtemps été la démonstration d’une certaine forme de pouvoir masculin avant de verser dans l’hyperféminité.

Une première femme coach?

Aujourd’hui, le cheerleading compte près de 4 millions d’adeptes aux Etats-Unis, dispose d’une organisation nationale depuis 1948 et a même son association de coachs. Le milieu, devenu un véritable business, lutte contre l’image mièvre des pom-pom girls, véhiculée dans les films et séries américaines, qui les montre souvent comme des filles trop faciles, gentiment cruches, voire totalement écervelées. Et insiste sur sa professionnalisation. Il existe même des championnats de cheerleaders, diffusés depuis 1983 par la chaîne de télévision ESPN.

La décision des Spurs de se débarrasser des Silver Dancers est loin d’être anodine. Certains y voient un relent de politiquement correct, voire un zeste d’hypocrisie. Mais il existe aussi une autre grille de lecture: cette équipe de NBA semble vouloir valoriser la place des femmes dans le monde du basket, qui reste très machiste. Elle est la seule, depuis 2014, à avoir une femme comme coach assistante. Becky Hammon est d’ailleurs en pole position pour devenir coach des Milwaukee Bucks, ce qui ferait d’elle la toute première femme à diriger une équipe de NBA.