Directeur sportif de la Fédération germanique de football, Matthias Sammer n’a pas eu à se faire prier; une fois la défaite du Bayern Munich consommée, il a rabâché une admissible frustration déjà exposée après les demi-finales de la Ligue des champions: «Je me répète: si c’est ça, le futur du football, alors c’est une catastrophe. La façon dont Chelsea a remporté cette coupe est injuste.» Que le camp allemand soit pardonné de sa peine à digérer l’amère défaite, mais l’heureux épilogue est au moins mérité pour Roberto Di Matteo, 41 ans, à qui il doit beaucoup. L’Italo-Suisse a embrassé un rôle prépondérant dans la métamorphose londonienne depuis qu’il a remplacé André Villas-Boas le 4 mars dernier. «La vie du football est imprévisible et folle», a reconnu l’entraîneur, consécutivement au couronnement des siens. «Personne n’aurait pu prédire ce qui est arrivé depuis trois mois. Finir comme ça, c’est un accomplissement incroyable.» Roberto Di Matteo est désormais acclamé comme le premier entraîneur italien à avoir remporté la prestigieuse compétition européenne à la tête d’un club étranger.

Son histoire personnelle est d’autant plus savoureuse que le cénacle le voyait déjà boucler ses valises et quitter Stamford Bridge. Pas assez «glamour» peut-être, trop proche d’une vieille garde à renouveler sûrement; même un sacre en Ligue des champions n’allait pas suffire à lui faire trouver grâce auprès du mécène Roman Abramovich. Les coulisses racontaient la course du milliardaire russe et de ses agents pour lui trouver un successeur plus affriolant. Inspirateur du football mousseux de Barcelone, Pep Guardiola aurait décliné. Samedi soir, après un brin de causette avec le défenseur des «Blues», John Terry, c’est Fabio Capello qui a désamorcé: «Je n’irai pas à Chelsea.»

Aujourd’hui, nombreuses sont les voix qui s’élèvent en un vibrant plaidoyer en faveur de Roberto Di Matteo. Frank Lampard estime que le travail accompli devrait lui permettre de rester à Stamford Bridge, et d’y abandonner son statut d’intérimaire. «Il nous a repris alors que nous étions une équipe souffrante, au bord de l’élimination en Ligue des champions, et nous l’avons gagnée, voyez ça», a lâché le milieu de terrain emblématique de Chelsea, tandis que le coach s’escrimait à neutraliser les questions relatives à son avenir: «Quoi que le club décide, je le respecterai.» Un résumé à la mesure du bonhomme, dévoué, vide d’ego. Il reconnaît manquer de spontanéité, semble maudire toute forme d’improvisation. Sur le terrain surtout, un peu moins lorsqu’il joint son fiston à la fête, face aux objectifs – «J’ai eu une enfance magnifique, nous étions une famille soudée et j’essaie de transmettre cette unité», dit-il.

C’est auprès de ses proches que Roberto Di Matteo ressent un urgent besoin de se ressourcer. N’a-t-il pas dirigé 21 matches en 74 jours, sorties appuyées d’environ 70 heures de travail hebdomadaires? Féru d’analyses tactiques sur la base de vidéos, il aime forger un système pragmatique. Chelsea était parvenu à éliminer Barcelone en verrouillant l’axe. Plusieurs consultants estimaient que le Bayern, plus enclin à fondre sur les côtés, lui poserait davantage de difficultés. La titularisation de Ryan Bertrand, 22 ans et aucune expérience de Ligue des champions, a répondu à ce tracas. Certes, les coups de pouce du destin contribuèrent au dénouement. Néanmoins, le jeune milieu de terrain à vocation défensive a limité les rayons d’action conjugués de Philipp Lahm et d’Arjen Robben. Plus globalement, le double rideau tiré par les Blues, marque de fabrique de Roberto Di Matteo, a plongé les Bavarois dans l’embarras. «Avec quatre suspendus et deux défenseurs absents pendant des semaines, c’était très compliqué», a fait remarquer le technicien. «Il fallait tirer le meilleur du groupe à disposition.» S’il ne lui permet pas d’assurer le spectacle, tant pis: sourd aux cris de ceux qui ne jurent que par l’offensive, réaliste, il fera de la solidité son atout. De la solidité et d’un esprit. Car il a ressuscité plusieurs individualités, Didier Drogba en tête, qui semblaient arriver à saturation. Elles reconnaissent en lui l’un des leurs; comme elles, il a joué par et pour Chelsea, jusqu’à la meurtrissure, ce 28 septembre 2000 à Saint-Gall, où une grave blessure a condamné sa carrière de joueur.

Avant lui, ils furent sept, dont José Mourinho, à n’avoir pas su offrir la coupe aux grandes oreilles à Roman Abramovich. Hier, le président de Chelsea, Bruce Buck a convenu que Roberto Di Matteo serait un candidat «sérieux» à sa propre succession. Un candidat «sérieux», c’est tout?

Rester à Chelsea? «Quoi que le club décide, je le respecterai»