MARKETING

Ce que cherche Marc Biver, homme d'affaires intransigeant, au chevet du Lausanne-Sports

Empêtré dans un conflit avec la Ligue nationale de hockey sur glace, le patron d'IMG Suisse a décidé de prendre en charge l'image du club vaudois moribond. Pour l'instant bénévole, il estime que le défi est motivant.

La survie du Lausanne-Sports (LS) dépend aujourd'hui de la bonne volonté, voire de la charité de certains créanciers. Pénible pour ces derniers – pourquoi des salariés anciens ou actuels paieraient-ils les incompétences passées? –, la situation l'est tout autant pour la nouvelle équipe dirigeante, qui a hérité d'un club criblé de dettes. D'après le président Philippe Guignard, le verdict définitif tombera à la fin du mois de mars, sous la forme d'un couperet ou d'une délivrance. Nouvel ultimatum… En attendant, du côté de la Pontaise, tout le monde fait comme si les Vaudois allaient sortir vainqueurs de ce match à la vie, à la mort. On s'active dans le but d'optimiser un futur hypothétique, et l'arrivée de Marc Biver au comité s'inscrit dans cette démarche. Le patron d'IMG Suisse a décidé de prendre en charge le domaine marketing du LS. Un choix a priori surprenant de la part d'un homme d'affaires intransigeant, dont l'engagement auprès d'une institution moribonde interpelle.

Pour le compte de sa propre société dans un premier temps, puis dans le giron d'IMG, géant du management sportif, Marc Biver a géré l'image de champions aussi significatifs que Pirmin Zurbriggen, Alex Zülle ou Roger Federer, pour ne citer qu'eux. Il a apporté son savoir-faire à des manifestations d'envergure, comme le Tour de Suisse cycliste, l'Open de golf de Crans-Montana ou le concours hippique de Genève. Habitué des produits rentables, ce gourmet d'origine luxembourgeoise n'a jamais ressenti une attirance folle pour un football helvétique baignant dans une désuétude crasse, selon ses dires. «Investir dans ces conditions ne représente aucun intérêt», déclarait-il dans Le Temps du… 1er mars dernier.

A l'exception de l'équipe nationale, dont il avait acquis les droits en 1994, au lendemain de sa qualification pour le Mondial américain, Biver n'avait jamais été séduit par un projet émanant des sphères du ballon rond. En contact avec Neuchâtel Xamax il y a deux ans, puis ces dernières semaines, il n'a jamais pu aboutir à un accord avec les gens de la Maladière. «Les dirigeants neuchâtelois attendaient de nous que nous investissions de l'argent, explique Biver. Or, le mécénat, qui favorise souvent les intérêts personnels, ne fait pas partie de notre philosophie. Malgré le projet d'un nouveau stade, je considère qu'il ne sera pas évident, à terme, d'assurer la pérennité du club.»

Pourquoi avoir opté, dès lors, pour une embarcation lausannoise qui peine à se maintenir à flot? «Le potentiel économique du canton est nettement plus important, assure Biver, et le discours de Philippe Guignard m'a convaincu. Je l'ai rencontré par l'entremise du Dr Daniel Blanc, un ami commun, et j'ai vite constaté que nos philosophies respectives étaient proches. Chez lui, la raison domine la passion et il n'est pas question d'investir de l'argent qui n'existe pas. Si le LS est sauvé, nous repartirons de zéro, sur des bases saines. C'est un défi très motivant.»

Tout comme l'Argentin Gabriel Calderon, qui s'occupe du domaine sportif bénévolement, Marc Biver ne monnaiera, dans un premier temps, pas ses services. Aux dires des deux parties, l'aspect financier est demeuré secondaire dans les conversations. Empêtré dans un conflit avec la Ligue nationale de hockey sur glace, dont il a revendu les droits pour une somme jugée injustifiée par certains dirigeants, Marc Biver s'abandonnerait-il subitement à la philanthropie de proximité? «Pas du tout, répond-il, mais je suis persuadé que si nous redonnons confiance aux gens et aux entreprises de ce canton, le LS peut redevenir attractif. Avant de récolter, il faut semer. En cas de succès, chacun s'y retrouvera.»

Xamax, lui, n'a pas souhaité entrer en matière: «J'ai aujourd'hui la preuve que la passion de Marc Biver, qui souhaitait encaisser des commissions sans en payer le prix, n'était pas très colorée», déclare Freddy Rumo, président du conseil d'administration neuchâtelois. Mais à Lausanne, la satisfaction semble de mise. «Je suis très flatté par l'intérêt que Marc Biver nous porte, déclare Philippe Guignard. Je cherche à m'entourer de gens de qualité. Lui est à la fois rigoureux et très humain. J'imaginais une personne dure, j'ai découvert un homme sensible. En nous aidant, il fait preuve de courage et d'humilité.» Ami du club et ancien membre du comité, Eric Parisod retient, lui aussi, l'aspect positif des choses: «Je ne pense pas que l'enquête à propos de Marc Biver et des droits du hockey suisse puisse nuire au LS. Vu la situation du club, il ne s'engage pas pour faire sa publicité. Il connaît, de plus, très bien le marché helvétique.»

Hier, une délégation d'IMG a fait le tour du propriétaire au stade de la Pontaise. Employé du groupe, Sandro Pagani va désormais consacrer trois à quatre jours par semaine au LS. Avec pour objectif de recréer une image positive du club, de redonner aux gens la possibilité de s'identifier à ses couleurs. Vaste programme.

Publicité