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Des joueurs de Barcelone applaudisse après leur victoire (0-2) le 23 février. EPA/ANDY RAIN
© ANDY RAIN

Chronique

Chérie, tu ne fais pas le poids contre la Ligue des champions

Régulièrement, l’humoriste Nathanaël Rochat nous parle de sport. Aujourd’hui, il évoque son attachement particulier au ballon rond, un ami fidèle

Il y a quelques années, ma femme, un soir, avait émis le souhait que nous ayons une discussion sérieuse pour mettre les choses à plat, ou un truc du genre. Ça tombait vraiment mal, cette espèce d’assemblée générale du couple: c’était un soir de demi-finale de la Ligue des champions. Nous n’étions pas à 90 minutes près, plus d’éventuelles prolongations, mais j’ai senti que ce n’était pas un bon moment pour parler foot. J’ai fini par accepter de discuter, ne détournant mon regard que par courts instants pour jeter un coup d’œil à la télévision qui restait éteinte, avec une question qui tournait en boucle dans ma tête: pourquoi ce soir?

Mardi, quand ma nouvelle «remorque» a imaginé que j’allais lui consacrer la soirée, elle se foutait le doigt dans l’œil. Il a été très difficile pour elle de comprendre que je devais regarder Arsenal contre Barcelone. Elle a voulu trouver une solution concertée, par exemple que j’enregistre le match et le regarde le lendemain, ou autres idées farfelues de ce type. J’étais censé lui consacrer deux jours, à ma copine. Mais je l’avais prévenue: je lui avais dit que j’étais d’accord de faire une excursion avec elle en amoureux, sauf que pendant deux heures mardi soir, il ne fallait pas compter sur moi. Pour moi, le deal paraissait raisonnable. Pour elle, ça ressemblait à une déclaration de guerre. Après quelques échanges toniques et des commentaires de sa part concernant mon manque de disponibilité, j’ai dû me résoudre à la remettre à sa juste place: «Tu ne fais pas le poids contre la Ligue des champions, j’ai dû lui dire. Le football a toujours été là pour moi. C’est un ami fidèle.»

On pourrait croire qu’il me faut une compagne qui aime aussi le football, mais non. Bukowski a résumé le dilemme à peu près en ces termes:

– Ma femme se plaint tout le temps parce que je bois et je joue aux courses…

– T’as qu’à te trouver une femme qui boit et qui joue aux courses.

– Personne ne veut d’une femme qui boit et qui joue aux courses.

Comment expliquer le lien que j’ai noué avec le football depuis longtemps? Ce compagnonnage me vient d’une époque où les gens ne se bousculaient pas dans ma vie. Quand je vivais en Angleterre, j’avais un travail assez déprimant et pour ainsi dire pas d’amis ou à tout le moins quelques connaissances qui me traitaient comme si j’étais retardé, parce que ça me prenait un peu de temps pour aligner des phrases. Déjà en français, je ne suis pas Usain Bolt, alors imaginez dans une langue étrangère. A force, j’avais abandonné l’idée même de me faire des amis. Mais le mardi soir, le mercredi soir et le week-end, je n’étais plus seul, j’avais le foot pour me tenir compagnie, que je regardais à la télé chez moi ou dans des pubs où je me fondais dans le tas en survêtement en buvant des pintes. Je suis allé quelquefois au stade, pour voir jouer l’équipe locale en quatrième division, debout dans les gradins parmi des centaines d’autres types, me joignant à leurs chants pour faire réfléchir l’équipe adverse en leur criant «shithead», ce que j’étais capable de comprendre sans être en possession du First certificate. Je n’en avais d’abord pas grand-chose à faire des Bristol Rovers, mais j’étais capable d’imiter les gens qui m’entouraient et de me prendre au jeu.

L’écrivain Nick Hornby a dit que les anthropologistes ont de la difficulté avec les fans de foot, parce qu’on ne voit que l’expression extérieure de ce qui se passe à l’intérieur de ces gens… Moi, je suis persuadé qu’ils sont capables de nous trouver quelque chose les anthropologistes, si c’est pas déjà fait, mais pour tout dire je m’en fous. Je me considère comme un singe à qui on voudrait expliquer pourquoi il aime les bananes.

Pour finir, mon amoureuse est restée assez fair-play mardi soir. Elle s’est assise à côté de moi et a pris de la lecture, tout en faisant mine de s’intéresser à mon match de foot de temps en temps. En tout cas, elle faisait la même tête que je fais quand elle me parle de la vie de ses copines. «Pourquoi ils se coiffent tous bien pour jouer au football?», elle a demandé, en trouvant un pont entre nos deux passions respectives, les salons de coiffure et le football. Elle a fait des efforts, je lui en sais gré. Un de ces quatre, pour faire bonne figure, je lui dirai que je vais faire l’impasse sur le foot et l’emmener au cinéma. Je lui dirai ça un soir où il n’y pas de match bien sûr.

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