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Edouard Schmitz, jeune cavalier genevois: «Quand on discute entre jeunes cavaliers, les idées fusent. Ce serait bête de les garder pour nous…» 
© Photobujard/Facebook.com via Le Cavalier Romand

Sports équestres

A cheval, la conquête du monde de demain

Des facilités pour combiner sport et études, un accès au haut niveau mieux balisé et pas réservé aux «fils de», une voix audible dans les grands débats du milieu: voilà ce que souhaitent les jeunes cavaliers d’élite réunis cette semaine à Lausanne

Les défenseurs de l’étiquette hippique peuvent souffler: les tenues traditionnelles – vestes et pantalons élégants – sont loin d’être promises au placard. Réunis par la Fédération équestre internationale (FEI) à l’occasion de son Sports Forum annuel, huit jeunes champions en devenir âgés de 16 à 22 ans ont exprimé un attachement unanime au dress code classique. «C’est ce qui nous distingue des autres sports, martèle Edouard Schmitz, cavalier genevois de 18 ans. Bien sûr, cela me vaut parfois les moqueries de mes amis, mais je crois qu’au final, nos tenues donnent à notre sport son prestige.»

Dans son fauteuil d’un confortable auditoire de l’IMD, à Lausanne, le président belge de la FEI, Ingmar De Vos, en est resté bouche bée. Cette vieille idée, discutée depuis «des décennies», de moderniser les sports équestres en donnant aux cavaliers une allure plus sportswear? Ecartée d’un coup de bride par ceux qui incarnent l’avenir. «En les écoutant sur le sujet, je souriais en me disant: OK, c’est bon, les jeunes de moins de 20 ans sont attachés aux coupes traditionnelles, on peut définitivement classer le dossier.»

Cela tombe bien, car il y en a d’autres à ouvrir pour embrasser la modernité rêvée par les millennials, qui veulent dépoussiérer leur discipline sur les plans philosophique, éthique et technologique plutôt que vestimentaire. «Nous sommes jeunes, ambitieux et nous voulons un meilleur sport», lance l’Espagnol Juan Matute Guimon, spécialiste de dressage de 20 ans.

Un comité des jeunes

Grande foire à idées organisée chaque année, le Sports Forum de la FEI a abordé lundi et mardi des thèmes aussi divers que l’usage de drogues récréatives et la sécurité des cavaliers. Mais la grande nouveauté de l’édition était de donner la parole à la relève à une époque où la globalisation et la numérisation secouent le fonctionnement des grandes organisations sportives. «Nous sommes un sport en pleine conquête de nouveaux marchés, notamment en Asie, mais notre nombre de pratiquants stagne en Europe, relève Ingmar De Vos. Il est primordial de comprendre comment séduire les nouvelles générations. Pour cela, il faut écouter ce qu’elles ont à dire.»

Pas besoin de le leur demander deux fois. Dès sa première intervention devant un parterre d’officiels, la Britannique Tabitha Sternberg-Allen (19 ans) plaide pour la constitution par la FEI d’une sorte de comité des jeunes permanent. «C’est bien de nous écouter une fois, ce serait encore mieux de le faire régulièrement. D’autant que nous ne demandons pas que tout nous soit servi sur un plateau. Nous voulons nous engager.»

Deux problématiques les concernent tout particulièrement, à commencer par la possibilité de combiner pratique du sport à haut niveau et études. Si les soutiens sont bien institutionnalisés au chapitre de l’équitation olympique (saut d’obstacles, dressage, concours complet), les spécialistes d’attelage, de voltige ou d’endurance rencontrent plus de difficultés. En Hongrie, Martin Hölle (20 ans) ne bénéficie pas du moindre aménagement dans son école de business. En France, Thaïs Méheust (20 ans) s’est entendu dire en fac de droit qu’elle devait nécessairement choisir entre la loi et le cheval. Elle s’est obstinée à apprivoiser les deux mais souhaite baliser le chemin pour celles et ceux qui suivront la même voie qu’elle.

Des critères objectifs

La fluidité de l’accès au plus haut niveau passionne également ces jeunes qui rêvent de s’y hisser. Edouard Schmitz, qui n’est pas issu d’une grande famille de sports équestres, appelle ainsi à une certaine égalité des chances: «On voit que les grands concours invitent souvent des «fils de», car les organisateurs se disent, à leur nom de famille, qu’ils ont plus de chances de bénéficier de toute la structure nécessaire à une carrière au plus haut niveau, détaille-t-il. Je peux le comprendre, mais ce serait mieux que les places soient distribuées sur des critères plus objectifs. Pour moi, le sport doit répondre à des critères de performance.»

Le Genevois n’a que 18 ans, mais il bluffe par sa maturité, sa clairvoyance et son aplomb. «On a peut-être vu le futur président de la FEI», blague (à moitié) Ingmar De Vos. L’intéressé ne se voit pas vraiment faire carrière au sein de l’instance (il étudie l’ingénierie mécanique à l’EPFZ et souhaite percer en saut d’obstacles), mais trouverait dommage de ne pas exprimer ses idées. «Demain, c’est nous qui prendrons les rênes et il ne faut pas manquer le virage de la modernité. Les mentalités changent. De nouvelles technologies apparaissent. Il faut que les sports équestres s’y adaptent», plaide-t-il.

Si la FEI créait un comité des jeunes, il y postulerait assurément. Et il ne serait pas le seul. «Dès mes 14-15 ans, j'ai commencé à m’intéresser aux conditions-cadres de notre sport, aux formats des compétitions, etc. Dans le milieu, c’est assez commun. Quand on discute entre jeunes cavaliers, les idées fusent. Ce serait bête de les garder pour nous…»


Ingmar De Vos, président de la Fédération équestre internationale: «Il faut écouter les jeunes»

Pour le Belge Ingmar De Vos, président de la FEI depuis décembre 2014, des followers sur les réseaux sociaux c’est bien, mais des nouveaux pratiquants c’est mieux. Il compte sur les millennials pour apprendre comment les attirer dans un monde qui change.

Le Temps: Quelles idées nouvelles les jeunes cavaliers peuvent-ils apporter à la FEI?

Ingmar De Vos: Nous vivons dans un monde de plus en plus compétitif, où sports et loisirs luttent pour séduire les jeunes générations. Ceux qui en sont issus doivent nous aider à comprendre comment communiquer sur les réseaux sociaux, comment continuer à attirer de nouveaux pratiquants.

La problématique vous préoccupe?

Nous sommes un sport en développement, qui gère aujourd’hui 4500 concours dans le monde, soit plus du double d’il y a vingt ans. Mais on ne peut pas se reposer. En Europe, les populations deviennent de plus en plus urbaines et les enfants ont de moins en moins de contact avec les animaux en général, avec les chevaux en particulier. Il est donc essentiel de trouver le moyen de créer un lien, de leur montrer que la relation homme-cheval est exceptionnelle. C’est la force de notre sport, il faut la préserver. Du coup, il ne faut pas seulement des followers sur les réseaux sociaux, mais des gens qui viennent rencontrer cet animal incroyable qu’est le cheval, pour ensuite renouveler notre base de pratiquants.

Dans quels domaines les sports équestres doivent-ils se rajeunir?

Nous devons améliorer la présentation de nos disciplines, mieux les expliquer. Notamment en intégrant les nouvelles possibilités technologiques. Nous devons aussi remettre nos formats en question. Quand les jeunes athlètes disent que certaines épreuves sont ennuyeuses parce que trop longues, il faut les écouter. Il y a deux ans, nous avons déjà changé notre format olympique dans ce sens, et il faut continuer pour rendre le sport intéressant pour les athlètes, les supporters et les médias, notamment télévisés.

Les jeunes athlètes questionnent également le fonctionnement parfois un peu en vase clos des sports équestres…

Cela me touche. Il est important de pouvoir accéder à un niveau de compétition élevé même sans appartenir à une grande famille de tradition hippique. Mais je crois que c’est possible: nombre de nos champions ne sont pas des gens riches, mais des passionnés, d’excellents athlètes qui ont su s’imposer auprès de propriétaires de chevaux. Notre défi est de faire savoir que notre sport est accessible, qu’il donne aussi des opportunités à des gens qui ne viennent pas du milieu.

Le CIO réfléchit beaucoup à adapter le programme des JO aux goûts des jeunes générations. Quel destin olympique est promis aux sports équestres?

Nous avons un énorme avantage: nous sommes les champions olympiques de l’égalité des sexes, l’une des préoccupations majeures du CIO, car nous sommes le seul sport où hommes et femmes luttent pour les mêmes médailles. Mais là encore, nous ne devons pas nous reposer et toujours faire en sorte de rester dans le coup.

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