Cyclisme

Chez BMC, les retrouvailles avant la bataille

Durant le Tour de Romandie, Le Temps s'intéresse au quotidien d'une équipe cycliste en suivant la formation BMC. Au prologue à Aigle, les coureurs ont profité d'un bref contre-la-montre pour retrouver leurs sensations individuelles et collectives

Le cirque itinérant du World Tour a serré le frein à main pour trois jours à Aigle, sur une plaine engazonnée entre l’arsenal et la piscine. Il y a un peu de l’atmosphère du Knie, un peu de l’ambiance des concours hippiques, dans cet alignement de vans multicolores. Rien que de très ordinaire pour le monde du vélo qui déploie ses rouleaux d’échauffement et sa routine, indifférent à la pluie qui rend le froid plus engourdissant encore. Les cyclistes sont les saltimbanques du sport professionnel.

Stationnés à côté du campement noir et turquoise de la Sky, non loin de celui jaune et bleu de la Lotto, les véhicules rouge et noir de l’équipe BMC – un car aux vitres teintées, un minibus, un fourgon, deux voitures – portent tous des plaques belges mais ses membres viennent du monde entier et arrivent de toute l’Europe. Ils sont 21 présents au Tour de Romandie, sur un staff d’une centaine de personnes: huit coureurs, deux directeurs sportifs, un chef de la performance, trois mécaniciens, trois soigneurs, un médecin, un chauffeur et deux responsables des médias.

L’heure des retrouvailles

L’équipe s’est retrouvée dimanche. Certains ne s’étaient pas revus depuis le stage de début de saison en décembre 2016 à Denia (sud de l’Espagne). Malgré les drames (l’Italien de l’équipe Astana Michele Scarponi a été tué samedi dans une collision avec un fourgon, le Français Yoann Offredo a été agressé lundi lors d’une sortie d’entraînement), ou peut-être à cause d’eux, les retrouvailles ont été chaleureuses. Les coureurs, qui s’entraînent beaucoup seuls, sont toujours heureux de réintégrer un groupe. «C’est indispensable, le vélo est un sport trop dur s’il n’y a pas une bonne ambiance», glisse le chef de la communication, Georges Lüchinger.

L’échauffement avant le contre-la-montre du prologue est toutefois un exercice individuel. Premier à s’élancer – il est programmé à 15h09 –, le Saint-Gallois Tom Bohli fait déjà tourner les jambes, tandis que soigneurs et mécanos discutent. A l’abri sous un store déployé sur le flanc du bus, Yvon Ledanois mord dans un sandwich. Ce Breton est l’un des deux directeurs sportifs de la BMC sur le Tour de Romandie. Il n’a pas vu certains de ses coureurs depuis deux mois mais cela n’a pas l’air de l’inquiéter. «Grâce à la technologie, je sais exactement ce qu’ils ont fait et où ils en sont», assure-t-il.

Un objectif majeur

Récent vainqueur de Paris-Roubaix, le champion olympique belge Greg Van Avermaet est au repos, comme la plupart de ceux qui ont couru les classiques du nord. C’est aussi le cas de Stefan Küng, mais cet ancien pistard, champion du monde de poursuite en 2015, a à cœur de courir devant son public. Ils sont quatre Suisses (Küng, Bohli, Michael Schär et Danylo Wyss) sur les huit dossards inscrits pour la course. «On ne va pas se mentir, pour une équipe comme la nôtre, avec ses deux sponsors principaux suisses [le fabricant de cycles haut de gamme BMC, l’horloger TAG-Heuer], le Tour de Romandie est un objectif majeur», reconnaît Yvon Ledanois.

Budget estimé à 30 millions de francs

L’équipe BMC est l’une des quatre ou cinq plus grosses écuries du World Tour. Son budget est estimé à 30 millions de francs. A Aigle, elle aligne deux favoris. Mais l’Australien Richie Porte prépare le Tour de France et l’Américain Tejay Van Garderen vise le Giro. Dans ce contre-la-montre, trop court pour faire une différence mais où la pluie peut vous faire tout perdre, la consigne est claire: «faire un bon chrono sans prendre trop de risque».

Yvon Ledanois a défini la stratégie, mais la préparation est du ressort de David Bailey, «head of performance» de l’équipe. «Quand il y a un chrono, je m’occupe de la reconnaissance, du choix du matériel et de l’échauffement», explique cet Anglais basé à Lausanne. Cet ancien nutritionniste chez Nestlé était la semaine passée à Monaco avec Richie Porte. Ils sont arrivés samedi. Dimanche, ils ont reconnu le parcours du contre-la-montre de la cinquième étape, la dernière bosse de la quatrième étape et la montée finale à Champéry (au programme mercredi).

Tom Bohli huitième

David Bailey supervise et centralise toutes les recherches liées à la performance: nutrition, statistiques, aérodynamisme, psychologie. La quête des «gains marginaux», popularisée par l’équipe Sky, est à la mode dans le cyclisme. «C’est un peu du bluff, estime-t-il. Cela a un effet psychologique sur les meilleurs mais pour moi, ce qui fait vraiment la différence, c’est l’entraînement, la planification, la récupération, la tactique.»

Les coureurs se succèdent sur le circuit de 4,8 kilomètres, arrivent ou partent, dans le ronflement perpétuel du bal des hélicoptères. Lorsqu’ils s’éloignent, on entend le sifflement des roues lenticulaires, semblable au bruit d’un boomerang. Finalement, Tom Bohli (8e) réussit le meilleur chrono des BMC, à dix secondes du vainqueur et premier maillot jaune, l’Italien Fabio Felline. Le leader Richie Porte, comme son rival Chris Froome, n’a pris aucun risque. Tejay van Garderen a chuté mais n’a perdu qu’une dizaine de secondes sur les deux favoris. David Bailey, lui, est repartir chez lui. Il ne reviendra que dimanche pour préparer le contre-la-montre final à Lausanne. D’ici là, il suivra la course à la télévision. «J’enverrai quelques infos. La meilleure place, c’est sur le canapé», assure-t-il.

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