Il neigeait, et cela commençait comme un poème de Victor Hugo sur la retraite de Russie. On s’attendait à une déroute parisienne, suivie d’une retraite en silence, tête basse, semblable à une défaite napoléonienne. Il neigeait et cela s’est achevé par un incroyable triomphe, une extraordinaire victoire (2-3). L'un des matchs les plus fous de ces dernières années, qui place le Paris Saint-Germain en position d’éliminer le Bayern Munich mardi prochain à Paris lors du match retour de ce quart de finale de la Ligue des champions.

Dans ces conditions particulières, le Bayern et le PSG, chacun privés de plusieurs éléments clés (Robert Lewandowski et Serge Gnabry côté bavarois; Leandro Paredes, Alessandro Florenzi et Marco Verratti dans les rangs parisiens), se sont livrés sans compter dès les premiers instants de la rencontre. Kylian Mbappé ouvrit le score après deux minutes de jeu et deux situations chaudes devant les buts de son gardien Keylor Navas. Ce ne fut que la première statistique hors norme de cette soirée à part.

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31 tirs, 15 corners pour le Bayern

Avant la mi-temps, les deux équipes avaient déjà procédé à trois changements: le capitaine parisien Marquinhos se blessa juste après avoir marqué le 0-2 (29e), le Bayern remplaça Leon Goretzka par Alphonso Davies (33e) et Niklas Süle par Jérôme Boateng (42e) sans que l’on sache très bien sur l’instant s’il s’agissait de changements forcés ou de réajustements tactiques.

Car le Bayern prenait l’eau, sous la neige. Malgré une domination écrasante, les Allemands restaient constamment sous la menace des contres parisiens, menés par un Neymar et un Mbappé retrouvés. Leur tranchant et la solidarité de tous les autres justifient le contraste entre le score et les statistiques. Le Bayern a eu la possession du ballon durant 64% de temps, a tiré 31 fois au but (12 cadrés), obtenu 15 corners. Le PSG a fait mieux mercredi soir avec beaucoup moins: trois buts sur six tirs, dont cinq cadrés.

Le 14 août 2020 à Lisbonne, contre le FC Barcelone en quart de finale du Final 8 de la Ligue des champions, le Bayern Munich avait obtenu des statistiques à peu près équivalentes: 26 tirs au but, dont 13 cadrés, et 9 corners obtenus, pour sept tirs concédés, dont cinq cadrés, au Barça. Mais le résultat avait été bien différent: 8-2 en faveur du Bayern!

Mbappé et Navas, d’un but à l’autre

Deux hommes côté parisien expliquent l'exceptionnelle efficience du PSG. Kylian Mbappé, auteur de ses 26e et 27e buts en Ligue des champions (dont 13 dans des matchs à élimination directe), a été d’une efficacité redoutable: deux tirs, deux buts. Sur le premier, Manuel Neuer commet une faute de main aussi parce que le Français s’est efforcé de le prendre de vitesse en choisissant de tirer très vite et très fort plutôt que de chercher à bien placer son ballon.

Sur le second but, marqué à la 68e minute de jeu alors que le Bayern venait d’égaliser, Mbappé s’échappa côté gauche, repiqua dans l’axe, sembla attendre le retour d’un défenseur pour déclencher une frappe sèche en pivot qui passa entre les jambes de Boateng, surprit Neuer au premier poteau et rappela étrangement son but en finale de la Coupe du monde 2018 contre la Croatie.

L’autre héros parisien se nomme Keylor Navas, le gardien. Le Costaricien a effectué dix arrêts, contre un seul à Neuer. Il a aussi touché 55 ballons, un de moins qu’Idrissa Gueye, son milieu de terrain, le joueur le plus sollicité côté parisien. Navas ne put rien sur les deux buts bavarois, deux têtes piquées décroisées à la réception de centres tendus, d’Eric Choupo-Moting (37e) et Thomas Müller (60e).

95% de chances de qualification

Sans son buteur Robert Lewandowski, blessé et probablement absent au match retour, le Bayern s’est incliné pour la première fois en Ligue des champions depuis mars 2019. Les Bavarois avaient depuis, enchainé, 18 victoires et un match nul sous quatre managers différents: Carlo Ancelotti, Jupp Heynckes, Niko Kovac et Hansi Flick.

Avec cette victoire, le PSG a statistiquement 95% de chances de se qualifier pour les demi-finales, contre le vainqueur du très incertain Manchester City-Borussia Dortmund (2-1 pour les Anglais au match aller). Mais les Parisiens, qui ont souffert au tour précédent à domicile face au Barça après être allés gagner au Camp Nou et s’étaient fait éliminer il y a deux ans par Manchester United après avoir gagné à Old Trafford, savent depuis ce mercredi de folie glacée qu’on ne peut pas se reposer sur les statistiques.