Arriver au bout d’un marathon: c’est l’objectif d’une vie pour beaucoup de sportifs (du dimanche). Et pour ceux qui seraient effrayés à l’idée d’avaler 42 kilomètres et des poussières, il existe un recours: engager une doublure pour courir à sa place, partiellement ou entièrement. C’est évidemment interdit, mais bel et bien possible: la mort récente d’un concurrent a mis en lumière le recours à cette forme de triche en Chine.

Le 10 décembre, alors qu’il participe au semi-marathon de la ville de Xiamen, sur la côte sud-est du pays, un coureur meurt d’un arrêt cardio-respiratoire à 4,5 kilomètres de la ligne d’arrivée, ont raconté les médias chinois. Jusque-là, l’histoire est tristement banale. Mais une enquête révèle que la victime courait en fait pour le compte d’une autre personne. Laquelle a été bannie à vie de l’épreuve par le comité d’organisation, a indiqué dimanche l’agence Chine nouvelle.

Selon le Quotidien de la jeunesse de Pékin, 30 personnes ont été disqualifiées sur les 18 000 qui s’étaient inscrites pour participer à l’épreuve. Le journal n’a pas précisé le motif de ces disqualifications, mais selon lui, les lycéens qui parvenaient à se hisser parmi les 100 premiers pouvaient obtenir des points en plus à l’examen d’entrée à l’université. Un enjeu susceptible de pousser à la fraude.

Développement de la discipline

Les organisateurs ont reconnu qu’un coureur pouvait faire retirer son dossard par une autre personne. «Le commerce de dossards est interdit mais la chose est difficile à détecter», a reconnu un membre du comité cité par Chine nouvelle. «Sans entraînement ni même la volonté de gagner, tout ce qu’ils veulent c’est avoir leur photo sur les réseaux sociaux pour dire au monde entier qu’ils mènent une vie saine», peste un internaute convaincu que la mode du marathon conduit à certains excès. En Chine, les épreuves de course à pied sont de plus en plus populaires. Il y a eu plus de 300 événements cette année selon l’Association chinoise d’athlétisme, soit deux fois plus qu’en 2015 et quatre fois plus qu’en 2014. Et les cas de triche sont fréquents.

En 2010, au marathon de Xiamen, 30 coureurs arrivés parmi les 100 premiers avaient déjà été disqualifiés pour avoir eu recours à des doublures ou avoir fait une portion de la course… en autobus. Mais ni la triche, ni ce genre d’astuces ne sont typiquement chinoises. En 1980, la Cubaine Rosie Ruiz avait gagné le marathon de Boston (Etats-Unis) avant que les officiels se rendent compte que cette athlète de niveau moyen jusque-là avait emprunté… le métro pendant la course. Elle était sortie d’une station à faible distance de l’arrivée.

En 2012, le New York Times recensait 71 coureurs disqualifiés – dont au moins 46 pour avoir pris un raccourci – lors de l’édition annuelle du Marathon de New York. Et en Suisse? Dans une enquête sur le sujet publiée en 2014, L’Hebdo recensait 19 cas suspects en 2013 et 26 en 2012 après avoir analysé les résultats de huit courses. Président du conseil d’organisation des Courses de Bienne, Jakob Etter révélait même l’existence d’une «liste noire» informelle, sur laquelle figurent temporairement les noms de tricheurs récalcitrants, et que les organisateurs peuvent s’échanger.