Le relais de la flamme olympique a débuté mercredi matin dans le froid de la capitale chinoise, Pékin, fière de devenir la première ville à accueillir les Jeux d’hiver et ceux d’été. Au petit matin, l’ancien champion de la NBA Yao Ming a pris un relais, mais pas de public pour assister à la promenade du symbole de l’olympisme. Covid-19 oblige, les Jeux de Pékin 2022 s’annoncent glaciaux: pas de fête, pas de découverte de la ville hôte pour les athlètes, les équipes et les journalistes, parqués dans une bulle sanitaire. Pas d’accès aux compétitions non plus pour le grand public; seuls quelques spectateurs triés sur le volet pourront accéder aux tribunes.

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La magie du sport fera-t-elle oublier l’environnement difficile dans lequel se déroulent ces jeux? Pékin insiste depuis des mois pour ne pas politiser cet événement sportif, mais ne se prive pas de le faire à domicile. Après quelques relais, mercredi matin, un commandant d’un régiment de l’Armée populaire de libération a transmis la flamme: Qi Fabao avait été blessé lors d’altercations à la frontière avec l’Inde qui avaient fait quelques dizaines de morts en juin 2020. Le quotidien nationaliste Global Times parle d’un héros. Les Indiens apprécieront.

Pour le président chinois Xi Jinping, les Jeux «ne vont pas seulement renforcer notre confiance dans le but de réaliser la grande renaissance de la nation chinoise, mais aussi montrer une bonne image de notre pays et démontrer l’engagement de notre nation pour construire une communauté de destin pour l’humanité». Le refrain de la chanson officielle des Jeux «ensemble pour une communauté de destin», y fait directement écho. Pour autant, ces Jeux sont loin d’avoir la même charge symbolique que ceux de 2008. «En 2008, le message était que la Chine se relevait, et que le Parti communiste avait ramené la Chine au rang des nations les plus puissantes du monde. Aujourd’hui, la Chine a déjà célébré son retour en force, la mobilisation n’est pas aussi intense qu’elle était alors», estime Susan Brownell, professeure à l’Université Yale, spécialiste du sport en Chine.

Les banderoles encouragent… à la vaccination

De fait, la propagande autour des jeux 2022 est pour l’instant modérée. Vu de Shanghai et du reste de la Chine, on pourrait facilement passer à côté. Beaucoup de Chinois ignoraient encore leur existence il y a quelques semaines. Depuis, la télévision d’Etat CCTV s’est mise aux couleurs des Jeux, et certains athlètes, comme la jeune skieuse freestyle sino-américaine, Eileen Gu, ont été recrutés par des grandes marques pour leurs campagnes de publicité. Mais rien à voir avec les grands événements politiques en Chine. A Shanghai, les écrans de télévision installés dans le métro ne diffusent pas encore d’images des Jeux. Quant aux banderoles de propagande qui arborent certaines rues, elles encouragent les habitants à recevoir leur troisième dose de vaccin, pas à soutenir l’équipe olympique chinoise.

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Car comme lors des Jeux de Tokyo, le covid fait de l’ombre à l’événement. La Chine, qui applique depuis deux ans une politique zéro covid ultra-stricte, limite les rassemblements publics depuis des mois. L’arrivée début janvier, du variant Omicron plus contagieux, n’a fait qu’ajouter à la pression qui pèse sur les autorités, alors que les foyers se multiplient, obligeant les villes à multiplier les tests de grande ampleur et les confinements préventifs de millions de personnes, pour maintenir les contaminations à quelques dizaines par jour.

Un mal pour un bien

Un risque qui s’ajoute à la présence de milliers d’étrangers dans une bulle sanitaire dont l’étanchéité va être mise à l’épreuve pendant trois semaines. De quoi justifier les mesures chinoises qui cherchent à protéger sa population. Et s’éviter du même coup, la présence de milliers de spectateurs étrangers dans les rues de Pékin, risquant à tout moment de brandir des banderoles dénonçant la politique chinoise au Xinjiang, au Tibet, ou s’inquiétant du sort de la joueuse de tennis Peng Shuai. Les athlètes ont d’ailleurs été prévenus: «les paroles ou comportements qui vont à l’encontre de l’esprit olympique et en particulier à l’encontre des lois et règles chinoises, seront sujets à sanctions», a rappelé le directeur adjoint du Comité olympique chinois le 18 janvier. Des menaces qui ont de quoi inquiéter: plusieurs critiques des autorités ont été arrêtés ces dernières semaines, comme souvent en amont de grands événements politiques en Chine.

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«En 2008, il y avait beaucoup de médias. Cette fois-ci, à cause du coronavirus, la Chine peut imposer ses règles au nom de la prévention de l’épidémie. C’est un mal pour un bien du point de vue de la Chine: si tout se passe bien, Pékin peut se vanter d’avoir réussi à organiser des Jeux malgré le covid. Et s’il y a des problèmes, ils peuvent mettre ça sur le dos du covid, pointe Xu Guoqi, historien à l’Université de Hongkong et auteur d’Olympic Dreams. China and Sports, 1895-2008. Ne serait-ce qu’organiser les Jeux en temps et en heure, c’est déjà une victoire, puisque ceux de Tokyo ont été retardés d’un an, pour la première fois de l’histoire.»