En cette fin d'après-midi, vendredi, le voile opaque qui recouvre la ville depuis deux jours daigne enfin faire la place belle au soleil. Par endroits, le ciel est presque bleu. Est-ce dame nature ou le miracle du fameux système chinois permettant de nettoyer l'atmosphère? Toujours est-il que, sur l'asphalte, le trafic est toujours aussi dense. Et le carrefour qui jouxte l'entrée du Parc olympique donne l'impression d'un vaste chaos, les policiers ne sachant où donner du bras.

Dans les allées du site, une foule compacte se dirige vers le fameux «nid d'oiseau», le Stade olympique, imposant et somptueux, duquel émane comme une lueur rouge. Ce public docile fait patiemment la queue aux contrôles de sécurité où les bénévoles, fébriles, font du zèle. Briquets et paquets de cigarettes s'accumulent sur les tables à l'entrée des portiques magnétiques. Il est interdit de fumer dans l'enceinte des JO de Pékin. Et visiblement aussi de sucer des bonbons. Cette Française n'en revient pas, elle s'est fait confisquer jusqu'à sa boîte de Tic Tac. Dans un anglais encore très aléatoire, une jeune bénévole lui répète «you understand, you understand». Eh! bien non, justement, elle ne comprend pas.

Dans l'antre de ce joyau d'architecture - dessiné par les Suisses Jacques Herzog et Pierre de Meuron - tout d'acier construit (4200 tonnes), les gens prennent place pour la deuxième soirée de «Good Luck Beijing 2008», un meeting d'athlétisme de quatre jours qui sert d'inauguration officielle du stade et de dernière épreuve test. On annonçait les billets «sold-out» mais, en réalité, les gradins du 3e étage de cet immense temple du sport de 91000 places sont vides.

Les courses se suivent, générant plus ou moins d'enthousiasme et de décibels dans les rangs. Il faudra attendre 21h30 et l'entrée en piste de Xiang Liu pour que le public s'enflamme vraiment et que crépitent un peu partout les flashes des appareils photo. Il n'y a pas de doute, le recordman du monde du 110 m haies sera la grande star chinoise de ces Jeux.

C'est accueil plus que chaleureux rend le jeune homme nerveux. Au point de pousser trop tôt dans les starting-blocks et d'être la cause d'un faux départ. Le 2e coup de feu sera le bon. Et l'oiseau du pays survole sa demi-finale, mais en en gardant sous la pédale. Avec un temps, 13''47, loin de son record du monde (12''88 en juillet 2006 à Lausanne). A peine Xiang Liu a-t-il franchi la ligne d'arrivée que le public se lève comme un seul homme et quitte le stade, laissant les athlètes des dernières épreuves - dont la finale du 100 m hommes - au pied de gradins très parsemés.

Et la lente transhumance se fait dans l'autre sens. Avec un trafic toujours aussi intense. Samedi matin, à l'aube, les ouvriers pourront se remettre à l'œuvre. Car le Parc olympique est encore en chantier. Même le «nid» n'est pas tout à fait fini. Les Chinois l'assurent, tout sera terminé d'ici au 8 juillet. Date à laquelle le site des JO 2008 sera fermé en vue d'une grande opération de détection de bombes.