Les athlètes suisses savent qu'à Pékin, ils pourront roter et fumer à table. Ils l'ont appris lors d'une leçon de civilité, l'hiver dernier, à l'enseigne de Swiss Olympic. Ce n'est pas anodin: le sportif contemporain, emmuré dans sa logique d'efficience, évolue souvent à la périphérie du savoir-vivre, loin des questions centrales de l'existence - or le rot, acte fondateur, y participe.

A cet égard, la culture chinoise propose quelques inconvenances jouissives, non loin de nos crapuleries balbutiantes, dont Swiss Olympic enseigne les codes à l'élite fédérale. Werner Augsburger, chef de mission: «Nous y avons consacré peu de temps, mais ce cours fut très apprécié des «top athlètes». L'idée consistait à nous familiariser avec un environnement culturel spécifique.»

Un invité: Mike Liu, informaticien à la School for International Business, établi en Suisse depuis vingt ans. Une posture étudiée: prêtre des bonnes manières - ou, plus près de nous, Nadine de Rothschild des chinoiseries. Au sortir de cette formation accélérée, les athlètes suisses savent que, en plus d'éructer, ils pourront parler la bouche pleine et mâcher bruyamment. Mais ils savent aussi que, en finissant leur assiette, ils vexeront leur hôte. Idéalement, mieux vaudrait paraître repu; quitte à fumer une cigarette, pour s'en donner l'air. «M. Liu nous a également expliqué que si nous commandions deux thés en anglais, dans la phonétique chinoise, nous demanderions à notre interlocuteur de coucher avec lui», s'amuse Werner Augsburger.

Qui ne dit mot consent

La seconde phase de la leçon traitait de la rhétorique locale. Exemples? Une tape sur l'épaule, si elle ne s'appuie pas sur une solide connivence, devient un outrage. Si un sourire est potentiellement porteur de courtoisie, il peut aussi paraître suspect; «trahir un manque de confiance» (puis-je?) ou «un profond embarras» (qu'y puis-je?). Par ailleurs, le vocable «non» demeure peu usité. On lui substitue généralement un silence soutenu - qui ne dit mot jamais ne consent, célèbre proverbe chinois - ou une autre forme de communication indirecte.

L'hémicycle du centre national de Macolin était attentif, voire bondé, pour apprendre les manières tip top en ordre. Happé à la sortie du cours par Sportinformation, le porte-parole officiel des athlètes, Sascha Heyer (beach-volley), a déclaré tout de go: «Pour un pays comme la Chine, ce genre d'initiative était vraiment utile. Nous avons beaucoup appris.»

Werner Augsburger tient à préciser que ce colloque «a davantage abordé les questions d'impôts et de prévoyance professionnelle que des mœurs chinoises». Ironique: «Avant de veiller à un comportement exemplaire de nos athlètes, nous souhaitons en obtenir des performances. Cela dit, l'image est importante. Les sportifs véhiculent la réputation d'un pays. En voyage, quand je dis «Switzerland», on me répond «Federer».

Les «top athlètes» sont prêts. Dans la structure de Swiss Olympic, ils forment une caste choisie, liée par contrat et mensualisée. Ces journées d'initiation pré-olympiques font partie de leurs privilèges.