Half-pipe

Chloe Kim, 17 ans, superstar et championne olympique

Née aux Etats-Unis de parents sud-coréens en l’an 2000, la snowboardeuse est l’athlète qui tombe à pic pour des Jeux olympiques qui cherchent à séduire les jeunes. De Long Beach à Pyeongchang en passant par un séjour de deux ans à Genève, itinéraire d’une enfant prodige

Chloe Kim s’apprête à s’élancer pour la troisième fois de la matinée dans le half-pipe. Elle sait ce qui l’attend 150 mètres et six sauts plus bas: la médaille d’or olympique. Les dernières incertitudes viennent de tomber en même temps que la Chinoise Liu Jiayu. La petite Américaine peut faire de son dernier «run» un tour d’honneur. Ce sera en fait le bouquet final du feu d’artifice, récompensé de la note de 98,25 sur 100 par les juges et d’un sacré boucan par le public massif.

Chloe Kim. Retenir ce nom: on n’a pas fini de l’entendre. A 17 ans, la jeune fille aux yeux rieurs, teint hâlé et cheveux blonds a tout pour elle: le talent, le succès, le charisme. Pour des Jeux olympiques qui cherchent à renouveler leur audience, elle est l’athlète qui tombe à pic. Jeune comme les générations à conquérir, connectée comme leur monde, aux traits asiatiques comme l’avenir du sport.

Les «kids» au pouvoir

Deux jours après Redmond Gerard, sacré en slopestyle, la station de Bokwang Phoenix Park a couronné un deuxième «kid» des années 2000. La victoire du premier était une surprise. Celle de la seconde était programmée. Tout le monde attendait Chloe Kim, et Chloe Kim attendait ce moment depuis longtemps. Du haut de ses 17 ans, cela fait des années que cette jeune fille, née en Californie de parents sud-coréens, émerveille le milieu. Les Jeux olympiques de Pyeongchang s’annonçaient comme le catalyseur idéal pour asseoir son statut de superstar en Amérique du Nord et en Asie. C’est-à-dire pour faire d’elle une icône globale.

Aux Etats-Unis, les médias la situent sur les traces du légendaire snowboardeur Shaun White, aussi présent à Pyeongchang, et du nageur Michael Phelps en matière de notoriété. Sur les talons de Lindsey Vonn. Devant Mikaela Shiffrin. La chaîne CBS l’a choisie comme visage de la publicité annonçant son programme de diffusion des JO lors du Superbowl.

Les Sud-Coréens en mal de champions locaux ont eux adopté comme leur cette athlète qui leur ressemble physiquement. Il fallait voir l’excitation du public lors de chacun de ses passages dans le half-pipe, des qualifications de lundi aux finales de mardi. Les fans coréens sont adorables: ils encouragent tout le monde poliment. Mais quand arrive leur favori les décibels augmentent. Pour «Kim Chloe», comme on dirait sur place, comme pour les autres.


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«D’où viens-tu? Mais vraiment?»

La jeune fille ne surjoue pourtant pas son attachement sentimental. «Quand on me demande d’où je viens, je réponds: Los Angeles. On me dit alors: Mais d’où viens-tu? Et je réponds que je suis née à Long Beach. Puis on me fait: Non, mais, tu sais… d’où viens-tu, quoi? Et je suis là, genre: Ah, oui… Mes parents sont nés en Corée du Sud», raconte-t-elle à longueur d’interviews. Même si elle ne crache pas sur la K-pop de son pays d’origine, elle se revendique de culture occidentale. Asiatique de visage, Américaine à l’intérieur, comme elle dit. A l’étrange question d’un journaliste lui demandant ce qu’elle allait manger pour fêter son titre olympique, elle a répondu sans détour qu’elle rêvait d’un gros burger et de frites.

Cela n’empêche pas sa popularité d’exploser en Asie. «Depuis que je suis en Corée du Sud, mes réseaux sociaux explosent», se marre-t-elle en conférence de presse. Elle comptait 164 000 fans sur Instagram en descendant de l’avion à Séoul la semaine dernière. Ils étaient 260 000 au matin de son titre. 340 000 deux heures plus tard. Il faut dire qu’elle y met du sien: entre deux interviews, elle réalisait vite fait des selfies avec sa compatriote et pote Arielle Gold, médaillée de bronze.

Le moment Kim Kardashian

Elle a déjà fait l’expérience du revers de la célébrité. En février dernier, elle participe à un voyage du Département d’Etat américain en Corée du Sud et fait du snowboard avec un groupe d’écoliers quand elle se retrouve soudain prise d’assaut par des médias locaux. Autour d’elle, des dizaines de caméras de télévision, des appareils photo, des téléphones portables qui tentent de capturer quelque chose d’elle. Ce jour-là, elle a fait comme si rien n’était, mais elle a eu peur. Elle se souvient de l’incident comme de son «moment Kim Kardashian».

Comme cette dernière, Chloe Kim maîtrise les codes des réseaux sociaux pour exploiter sa propre image. Mais une différence fondamentale la sépare de la star de téléréalité: son histoire est d’abord celle d’une enfant prodige. Sa première médaille (d’argent) aux X-Games remonte à ses 13 ans. En 2014, elle obtient sportivement sa qualification pour les Jeux de Sotchi mais elle est trop jeune de deux ans pour y participer. Avec le recul, elle juge qu’il s’agissait d’un mal pour un bien. Le contretemps lui laisse quatre ans pour préparer ses premiers JO.

Le temps de remporter à quatre reprises les X-Games et de peaufiner sa technique. En 2015, elle obtient la note parfaite de 100 (seulement décrochée par Shaun White jusque-là) après un run à l’US Grand Prix. En 2016, elle devient la première femme à réussir un «back-to-back 1080» (trois rotations complètes). A Bokwang Phoenix Park, elle a gratifié le public de cette figure devenue sa signature. Les connaisseurs estiment qu’à 17 ans seulement, elle est déjà au climax du half-pipe féminin. Reste à savoir jusqu’où elle saura repousser ses propres limites – ses adversaires semblent actuellement loin de pouvoir l’inquiéter.

Deux ans en Suisse, et la confirmation du snowboard

Au pied du half-pipe de Bokwang, Chloe Kim s’est précipitée dans les bras de ses parents dès qu’elle en a eu l’opportunité. Derrière une grande championne, il n’y a pas que ses propres sacrifices mais aussi ceux de son entourage. Celui du père de la snowboardeuse fut total. Lui-même passionné de glisse, il a débuté les allers-retours Los Angeles-Mammoth, une station située à cinq heures de route, lorsqu’elle avait 4 ans. Plus sa fillette prenait goût au half-pipe et y démontrait des aptitudes particulières, plus M. Kim multipliait les trajets. Plus tard, il a quitté son job d’ingénieur pour assister sa fille dans sa carrière en devenir.

Mais c’est en Suisse qu’elle a commencé à prendre le snowboard au sérieux. Elle avait 8 ans quand ses parents l’ont envoyée vivre deux ans chez sa tante, à Genève. Sa mère voulait qu’elle apprenne le français. Son père y voyait un moyen pour elle d’être proche des montagnes. Elle allait à l’école publique et au half-pipe d’Avoriaz, en France.

«Je ne vais pas vous mentir, au début, j’ai détesté l’idée de venir chez vous, sourit Kim Chloe lorsqu’on lui parle de cette expérience. J’avais tous mes amis à la maison et mes parents m’envoient en Suisse? J’étais là, genre, cool… Et puis, j’ai fini par vivre deux années superbes. Je suis devenue «fluent» en français après six mois et je crois que de vivre loin de chez soi si jeune vous amène une meilleure connaissance des différentes cultures et de leurs interactions, une meilleure connaissance du monde…»

Aujourd’hui, elle y a trouvé sa place. Au centre de l’attention, et tout en haut du podium.


En dates

2000 Le 23 avril, naissance à Long Beach (Californie) de parents sud-coréens

2008 Séjour de deux ans en Suisse

2014 Qualifiée pour les Jeux olympiques de Sotchi, elle est trop jeune de deux ans pour participer

2015 Plus jeune snowboardeuse à remporter une médaille d’or aux X-Games d’Aspen

2018 Championne olympique à Pyeongchang

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