Cyclisme

Chris Froome rattrapé par une affaire de dopage

Le coureur britannique doit répondre d’un taux trop élevé de Salbutamol, un médicament contre l’asthme autorisé dans une certaine mesure, lors d’un contrôle effectué pendant la Vuelta 2017. Jusque-là, il avait souvent été soupçonné mais jamais inquiété

Chris Froome a dévoilé son rêve le mois dernier: devenir le troisième coureur de l’histoire, après les légendes Eddy Merckx et Bernard Hinault, à détenir les trois grands tours – d’Italie, de France et d’Espagne – en même temps. Le projet est désormais doublement menacé: le Britannique risque de se voir retirer son titre sur la Vuelta 2017, et de ne pas pouvoir participer au Giro 2018. Le Monde et The Guardian ont révélé mercredi matin ses résultats «anormaux» lors d’un contrôle antidopage pratiqué à l’arrivée de la 18e étape du Tour d’Espagne, le 7 septembre dernier.

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En cause: une concentration anormalement élevée de Salbutamol révélée par un test d’urine. Cette substance utilisée contre l’asthme est autorisée jusqu’à un seuil de 1000 nanogrammes par millilitre. Il y en avait le double chez Chris Froome ce jour-là. Le contrôle antidopage a été mené par la Fondation antidopage du cyclisme, structure indépendante travaillant sur mandat de l’Union cycliste internationale (UCI). Selon cette dernière, l’analyse de l’échantillon B a confirmé le résultat du A et la procédure suit son cours conformément au règlement.

La carte de la bonne foi

Le quadruple vainqueur du Tour de France (2013, 2015, 2016, 2017) joue la carte de la bonne foi dans le communiqué publié par son équipe Sky: «J’utilise un inhalateur pour soulager mon asthme, dans les limites autorisées, et je sais parfaitement que j’aurai à passer des contrôles chaque jour que je termine avec le maillot de leader d’une course. Sur la Vuelta, mon asthme a empiré et j’ai suivi le conseil du médecin de l’équipe en augmentant mon recours au Salbutamol. Comme toujours, j’ai fait attention à ne pas dépasser la dose admise.» L’équipe Sky précise qu’il y a «de nombreuses preuves qui montrent des variations importantes et imprévisibles dans le métabolisme et l’excrétion du Salbutamol».

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C’est ce dont il faudra convaincre les instances officielles du cyclisme pour que Chris Froome traverse l’épisode indemne. Depuis le début de sa carrière parsemée de succès, le coureur de 32 ans a été la cible de nombreuses suspicions. Il y a toujours répondu les yeux dans les yeux de ceux qui les lui rapportaient. A son arrivée sur les Champs-Elysées en vainqueur de la Grande Boucle en 2015, il se fait solennel: «Je connais les bons et les mauvais côtés de l’histoire du maillot jaune. Je ne le bafouerai jamais.»

Au-delà des allégations plus ou moins étayées, le natif de Nairobi (Kenya) n’avait jusqu’à cette semaine jamais été inquiété, satisfaisant à une multitude de contrôles antidopage. Il s’était même façonné une image de champion post-apocalyptique quand le journaliste irlandais David Walsh, à l’origine de nombreuses révélations sur le héros déchu Lance Armstrong, avait intitulé son récit d’une immersion au sein de l’équipe Sky «Pourquoi je crois en Chris Froome». La chute du champion serait d’autant plus douloureuse qu’il a accepté d’incarner une éthique de haute tenue.

Un panel de sanctions

Pour les conséquences concrètes de l’affaire, il faudra patienter. Dans un tel cas, le règlement antidopage de l’UCI ne prévoit pas de mesure provisoire pendant la procédure d’enquête. Au final, un abus de Salbutamol peut entraîner une suspension de quatre ans s’il est démontré que le coureur a triché volontairement, de deux ans dans le cas contraire. S’il parvient à prouver qu’il n’a commis ni faute ni négligence, la sanction peut encore être allégée, voire supprimée.

En 2015, l’Italien à licence suisse Diego Ulissi avait écopé d’une suspension de neuf mois, après un contrôle lors du Tour d’Italie 2014 qui avait révélé un taux de Salbutamol de 1920 ng/ml, légèrement inférieur à celui constaté chez Chris Froome. En 2008, Alessandro Petacchi avait, lui, été frappé d’une sanction plus lourde (un an) pour un taux moindre (1320 ng/ml) enregistré lors du Giro 2007.

La durée d’une éventuelle suspension prononcée à l’encontre de Chris Froome pourrait l’empêcher de prendre le départ des courses prévues à son calendrier en 2018. Il suffira par contre qu’il soit reconnu coupable par l’UCI pour que son titre de vainqueur de la Vuelta lui soit retiré automatiquement. Pas de quoi réjouir outre mesure son dauphin sur la ligne d’arrivée, l’Italien Vincenzo Nibali. «Si ce contrôle positif est confirmé, ça ne me rendra pas l’émotion de gagner à nouveau la Vuelta et de monter sur la plus haute marche du podium à Madrid, a-t-il dit au site spécialisé Tuttobiciweb. Il est évident que ce n’est pas un grand jour pour le cyclisme…»

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