Président du FC Sion de 1992 à 1997, Christian Constantin a tout connu à la tête du club valaisan. Le succès d'abord, avec un titre de champion national et trois Coupes de Suisse. La reconnaissance du public local ensuite, celle qui accompagne les bâtisseurs efficaces et les marchands de rêve. La frustration de ne pas pouvoir mener à bien son projet de grand club professionnel, apte à s'exporter. Puis les embrouilles, les conflits et le discrédit. Considéré par certains comme un mégalomane écervelé, un «Bernard Tapie des alpages», l'architecte de Martigny a, enfin, essuyé les foudres rancunières de supporters qui, quelques mois après sa démission, en décembre 1997, ont appris que leur club accusait un passif de plus de 10 millions de francs.

Aujourd'hui, alors que le football romand végète au bord de la faillite, Constantin le fonceur, l'ambitieux, est prêt à ressortir du bois. Le FC Sion, qui cherche à réunir 1,5 million de francs pour entamer le tour de promotion/relégation avec l'espoir de décrocher l'un des deux strapontins donnant accès à la ligue professionnelle, a ainsi pu bénéficier d'un soutien financier de la part de son ancien président. Dans son bureau, ce dernier évoque à nouveau création d'un club romand d'envergure. Rencontre.

Le Temps: Récurrentes depuis 1999, les rumeurs concernant votre retour aux affaires du FC Sion refont surface aujourd'hui. Qu'en est-il?

Christian Constantin: Approché par Jean-Daniel Bianchi, j'ai accepté de verser une certaine somme au club, à titre de sponsoring, de même que Michel Zen-Ruffinen. Le président a mis une goutte d'eau dans son verre, mais pas de quoi étancher sa soif. Il me semble optimiste de vouloir rassembler 1,5 million en si peu de temps. Si le mode de pensée du club ne change pas rapidement, l'objectif s'avérera illusoire.

– Quel rôle entendez-vous jouer dans le contexte actuel?

– Si l'on parle encore de moi, c'est parce que le club va mal et que les gens désirent revivre les succès passés. Etre le mécène d'une honnête équipe de Ligue nationale B ne m'intéresse pas. Mon seul but consisterait à créer un club de pointe en Suisse romande, projet que je n'ai, à ce jour, pas pu mener à bien. Cela dit, je ne veux pas faire de putsch, imposer mes idées. Elles doivent s'imposer d'elles-mêmes, correspondre à un courant de pensée, à un consensus.

– Quelles sont ces idées?

– Elles n'ont guère évolué par rapport à ce que je souhaitais mettre en place dans les années 90. Que cela soit au niveau des joueurs, du sponsoring ou du potentiel public, il s'agit de rassembler les énergies. J'avais, à l'époque, parlé d'un «Olympique des Alpes», regroupant les intérêts valaisans, vaudois et fribourgeois. Dans l'idéal, ce club doit disposer d'un budget de 25 millions et évoluer dans le grand stade que nous avions imaginé à Collombey, dans le Chablais. Mais je ne souhaite pas m'engager seul, tel un cycliste sprintant au pied du Tourmalet. J'ai besoin d'un peloton de partenaires.

– Justement, comment dénicher les moyens financiers nécessaires à une telle entreprise?

– Le jour où Jean-Daniel Bianchi est prêt à abonder dans mon sens, si je sens que le projet est soutenu de manière collective, j'investirai de l'argent. Je connais d'autres gens susceptibles de se lancer. Nous ne trouverons personne pour investir 10 000 francs à fonds perdus, mais si nous présentons du solide, si nous tenons un langage qui correspond à leurs besoins, certains pourraient se manifester.

– Avez-vous évoqué la chose avec Philippe Guignard, qui tente de sauver le Lausanne-Sports?

– Oui, nous avons parlé ensemble. Je suis admiratif de ce qu'il fait, mais je crains que son travail ne soit vain. Guignard agit d'un point de vue affectif, il veut revoir les «seigneurs de la nuit» de 1964 à la Pontaise. S'il parvient à ses fins, cela me fera plaisir et je lui achèterai une carte de supporter. Mais une collaboration n'est pas d'actualité, nous n'avons pas le même point de vue. Je pense que son coup est injouable, lui estime que le mien est utopique. Cela dit, s'il devait arriver aux conclusions qui sont les miennes, je l'accueillerais à bras ouverts.

– Votre première tentative s'était soldée par une démission brutale en 1997. En quoi votre projet aurait-il plus de chances d'aboutir aujourd'hui?

– D'abord, je constate que personne n'a proposé mieux depuis. A l'époque, des gens proches du club me jalousaient, on a cherché à me mettre des bâtons dans les roues. J'étais impulsif et pas assez conscient du poids de la politique. A 46 ans, je suis plus mûr. Mon projet ne constitue plus un rêve, mais je pense que si nous tirons tous à la même corde, nous pouvons y parvenir.

– Beaucoup restent méfiants à votre égard, estimant que vous avez laissé le club au bord de la faillite…

– Lorsque je suis parti, en décembre 1997, la dette s'élevait à 1,4 million de francs. J'avais pour habitude de combler ce genre de déficit par des transferts en fin de saison.

– Six mois plus tard pourtant, le trou financier avoisinait les 15 millions…

– En cinq ans et demi, j'ai fait rentrer 70 millions de francs dans les caisses du club, dont 4,5 millions à titre personnel. Parce qu'elle a voulu vivre sur des acquis, la nouvelle direction n'a très vite plus pu faire face aux dépenses, dilapidant par ailleurs le patrimoine. Un exemple parmi d'autres: en juin 1998, le club a vendu Johan Lonfat, Alexandre Quennoz et Frédéric Chassot pour 400 000 francs à Max Urscheler, un agent de joueurs. Ce dernier les a transférés à Servette, Bâle et Zurich pour un montant total de 2,3 millions… Faites le compte!

– Que répondez-vous à ceux qui vous traitent de mégalomane et de menteur?

– Je n'y prête pas attention. Je ne fais pas les choses pour mon nombril. En tout cas, personne ne m'a jamais adressé le moindre reproche de manière frontale.

– Le football représente-t-il pour vous un moyen de gagner de l'argent, de soigner votre image de marque?

– Je ne fais pas de business avec le football. J'ai connu le rôle grisant et angoissant de président de club, je peux vous assurer que je ne tiens pas à le vivre à nouveau. Cela n'a jamais été une affaire de pouvoir ou d'ambition personnelle. J'aime bâtir et le football est ma passion, c'est tout!