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Christian Constantin, lors de sa conférence de presse le 22 septembre à Martigny.
© OLIVIER MAIRE / Keystone

Football

Christian Constantin, les plaies du boss

Au lendemain de son coup de sang contre Rolf Fringer à Lugano, le président du FC Sion a cherché à expliquer son geste, présenté comme une réaction épidermique à une succession d’attaques ad hominem

Musique épique et montage alerte, la trentaine de journalistes présents vendredi à 15h dans les sous-sols du complexe de la Porte d’Octodure, près de Martigny, a pu se prendre l’espace d’un montage vidéo pour l’équipe du FC Sion. C’est avec des moyens identiques à ceux qu’il mobilise pour monter le bourrichon à ses joueurs avant une finale de Coupe que Christian Constantin s’est efforcé hier de convaincre la presse.

C’est un tout autre match qu’il s’agit cette fois de gagner. L’enjeu est peut-être plusieurs matches, plusieurs semaines, voire plusieurs mois de suspension. Mercredi soir à Lugano, au terme d’un match de Super League pourtant remporté par son équipe (2-1), le président du FC Sion s’en est pris physiquement à l’ancien entraîneur Rolf Fringer, présent en bordure du terrain en tant que consultant pour la chaîne de télévision Teleclub, qui retransmettait le match en direct. A l’instar de Fringer, totalement apeuré sur certaines images de l’incident, ce coup de sang de Christian Constantin a choqué le football suisse.

Enquête ouverte

La Swiss Football League a décidé vendredi d’ouvrir une enquête. Rolf Fringer n’a pas de fonction officielle mais il y a eu voie de fait, comme on dit dans les rapports d’arbitre. Il semble difficile d’imaginer Christian Constantin échapper à une sanction. Il le sait. Alors il prend les devants, contre-attaque et se défend en même temps. Son dossier est à charge et à décharge, il est parfois sûr de lui, parfois quand même un peu «caqueux».

Il dit vouloir porter plainte, au pénal ou au civil, à Sion ou au Tessin, il ne sait pas encore très bien. Ses avocats étudient la question. Mais il étudierait aussi une solution amiable avec Rolf Fringer, qui lui aussi a promis de ne pas en rester là. «Avec Rolf, je n’ai pas d’autre problème que celui-là», assure-t-il.

Remonter à «la genèse» du litige

Engoncé dans son costume gris, le promoteur valaisan a sa tête des mauvais jours. Malgré le beau temps revenu, il garde une fine écharpe nouée autour du cou, ce qu’un spécialiste de la communication non verbale décoderait facilement comme une volonté de se protéger. A tous, il veut expliquer les raisons profondes de son geste. Remonter à «la genèse» du litige qui l’oppose à Rolf Fringer. «Magnéto, Serge.» Avril 2009: Sion sort Lucerne aux tirs au but en demi-finale de la Coupe de Suisse. Lucerne est entraîné par Rolf Fringer, Sion par… Christian Constantin. «A la fin du match, alors que j’avais toujours eu de bons rapports avec lui, Rolf m’a dit: «Tu ne peux pas savoir à quel point ça me fait ch… de perdre contre toi.» Et à partir de là, il ne m’a plus lâché.»

Qu’il n’assume pas ses propos m’a mis hors de moi. Ces consultants ont tous les droits! Alors finalement, mon seul recours était de lui rafraîchir la mémoire

Christian Constantin, président du FC Sion

Et le service vidéo du FC Sion de compiler les passages où Fringer critique Constantin sur Teleclub. «Tourbillon, c’est la Cage aux Folles», «Christian Constantin ne respecte personne», «Les joueurs se disent qu’il est fou», «C’est toujours le pauvre entraîneur qui trinque»: les punchlines défilent, entrecoupées d’un SMS d’avertissement de Constantin. Fringer persiste, mais ne signe pas lorsque le fils Constantin, à l’issue de Lugano-Sion, vient lui demander d’arrêter ses critiques contre son père. «Qu’il n’assume pas ses propos m’a mis hors de moi. Ces consultants ont tous les droits! Alors finalement, mon seul recours était de lui rafraîchir la mémoire et de lui montrer que je ne me laissais pas faire.»

«Quatre-cinq claques et un coup de pied aux fesses»

Le montage ne comprend pas les images de l’incident, partiellement filmé par Teleclub mais Christian Constantin est suffisamment intelligent pour savoir qu’un film amateur sortira tôt ou tard. Inutile de nier les faits. «Je suis venu vers lui, je lui ai mis quatre-cinq claques et un coup de pied aux fesses. Je ne dis pas qu’il faut baffer des types, je dis juste que c’est la solution que j’ai trouvée à ce moment. C’était une réaction un peu trop «valaisanne» (murmures dans la salle), m’enfin ça fait partie de ma personnalité.»

Une attaque plus spectaculaire que violente, selon lui. «Je ne voulais pas lui faire mal. Sur les images de l’interview qu’il donne immédiatement après, on voit bien qu’il n’y a ni sang ni hématome.»

Critiques entendues depuis des années

Vient le moment désagréable. Celui où il faut suggérer à Christian Constantin que si Rolf Fringer fait peut-être une petite «fixette», ses critiques ne font finalement que reprendre celles entendues depuis des années sur le FC Sion: l’instabilité chronique, la pression constante, le sentiment qu’aucune tête ne doit dépasser celle de «CC». Le Temps s’y colle. Et là, surprise, le loup rentre ses canines. «C’est dur de toujours passer pour le sale type, de se faire traiter d’égocentrique, d’entendre dire que je ne respecte personne. Ce qui m’a touché, c’est que les critiques de Rolf Fringer visaient toujours l’homme, alors que je n’avais pas de mauvais rapport avec lui.»

Y aurait-il un cœur qui bat, et qui souffre, sous la cuirasse aux treize étoiles? «Peut-être que je deviens vieux», lâche Christian Constantin dans un demi-sourire.


Un retrait qui arrange Sion 2026

A froid, la première réaction de Christian Constantin a été, tôt vendredi matin, de prendre ses distances avec le comité de candidature Sion 2026, dont il est l’un des trois vice-présidents. «Il m’a appelé pour être déchargé de ses fonctions, une demande que j’ai acceptée», a expliqué Jean-Philippe Rochat, président du comité de candidature, sur les ondes de Rhône FM. «Une candidature qui devient nationale et qui passe au niveau politique ne peut pas être entachée par une histoire de vestiaire», a justifié Christian Constantin durant sa conférence de presse.

Risques de conséquences négatives évités

Jean-Philippe Rochat ne cache pas que cette décision spontanée «[le] soulage, cela nous permet d’éviter des conséquences négatives pour Sion 2026». En fait, il y a quelque temps déjà que Christian Constantin s’est mis en retrait de ce projet dont il est l’une des figures. Avant même l’affaire du coup de pied, la gouaille et le goût de la provocation du président du FC Sion étaient perçus comme des risques potentiels pour le dossier au niveau national, disait-on en coulisses.

Interrogé par Le Temps en juin dernier sur la surprenante discrétion de Christian Constantin, Jean-Philippe Rochat avait répondu: «Il est logique que la voix du comité soit portée par son président, et en apportant sa force de travail et son pouvoir de conviction, Christian Constantin reste un élément essentiel de notre candidature.» Par la suite, dans de nombreuses interviews, il avait tenu à préciser que le projet n’était pas porté par des promoteurs.

L’atout valaisan

La mise à l’écart volontaire du président du FC Sion tombe donc plutôt bien, alors que le Conseil fédéral devrait prendre position sur le projet le 11 octobre prochain. Lors du lancement de la candidature Sion 2026 sur la place Fédérale à Berne en janvier dernier, Christian Constantin s’en était tenu à une discrète présence, en marge de la photo de famille, derrière le président du comité de candidature, Jean-Philippe Rochat, et les deux autres vice-présidents, Bernard Rüeger et Hans Stöckli. Troisième vice-président, il devait toutefois incarner l’atout valaisan, le trait d’union entre la manifestation et sa terre d’accueil. Sera-t-il remplacé par un Valaisan durant son absence?

Collaboration: Lise Bailat et Xavier Lambiel

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