Football

Christian Constantin, seul maître à bord

Pour la demi-finale de Coupe de Suisse contre Lucerne, le Napoléon des Alpes ressort son costume préféré: celui du général Bonaparte

Le FC Sion jouera sa quatorzième finale de Coupe de Suisse le 25 mai à Genève. Certes, le club valaisan doit encore battre Lucerne mercredi en demi-finale (coup d’envoi 20h45 à Tourbillon) mais c’est comme si c’était fait. N’ayez souci de rien, Christian Constantin a pris les choses en main. «Le patron s’occupe de tout», a titré mardi Le Matin dans un article qu’il faut savoir lire au second degré.

A la Porte d’Octodure, lieu de rassemblement de l’équipe pour le début de la préparation du match, le président du FC Sion y est décrit dans des postures de Napoléon des Alpes. Mais c’est l’habit du général Bonaparte qu’il enfile. A Sion, la Coupe de Suisse est une chose trop sérieuse pour être confiée à des entraîneurs. C’est l’affaire de Christian Constantin et de personne d’autre. Il décide du programme, organise la mise au vert, briefe les joueurs lors de séances vidéo et se fait fort de motiver les troupes durant deux jours. Fait-il la composition d’équipe? Officiellement non, mais on n’en jurerait pas et il est à parier qu’il fera les changements si le déroulement du match n’est pas conforme à ses espérances.

Only in FC Sion

Ce rituel ne surprend plus personne en Valais. Mais imagine-t-on, dans l’autre demi-finale (Winterthour-Bâle à 18h45), le président bâlois Bernhard Heusler dire à l’entraîneur Urs Fischer: «T’es bon type, Urs, mais maintenant je fais même»? Only in FC Sion.

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La méthode de Christian Constantin est d’une efficacité redoutable. Avec lui à sa tête, le FC Sion a remporté sept de ses treize victoires en coupe (1995, 1996, 1997, 2006, 2009, 2011 et 2015). Lorsqu’il céda la présidence entre décembre 1997 et 2003, le club ne s’est jamais hissé en finale. Sion n’a plus non plus dans son effectif un Alain Balet (trois finales, quatre buts) ou un Christophe Bonvin (quatre finales, trois buts), voire même un Goran Obradovic (trois finales, deux buts) pour incarner l’esprit valaisan et transcender un groupe. Alors «CC» se charge de parler du Vieux-Pays à des footballeurs venus du monde entier. Les joueurs d’origine africaine (Ouattara, Sio, Afonso, Konaté) sont particulièrement réceptifs et se subliment le jour J. «Il avait même dormi la veille d’une finale dans la chambre d’Ahmed Ouattara pour veiller sur lui», rappelle un proche du club qui souligne combien Constantin «sait choisir les joueurs avec lesquels il peut faire vibrer la corde sensible. Il est extrêmement fort pour jouer sur les émotions.»

«Moi président»

Pour justifier sa prise de pouvoir, le président a avoué un regret devant la presse: «L’an dernier, j’ai laissé Didier Tholot gérer la dernière demi-finale. Je n’aurais pas dû.» Pas très élégant ni très fair-play. Le 2 mars 2016, le FC Sion avait en effet été sèchement battu (0-3) sur une pelouse détrempée par le FC Zurich, futur vainqueur de l’épreuve et futur relégué en Challenge League, mais il aurait fallu lui rappeler que pour ce match, Tholot était tout de même privé de onze joueurs, dont cinq à six titulaires (Carlitos, Ziegler, Kouassi, Lacroix, Salatic, Konaté, Bia, Voser). Cela aurait-il changé quelque chose?

A Sion, Constantin est «l’omniprésident», à la fois incontournable et gênant. Il est autant la solution (le club ne tiendrait pas sans son argent et peut-être même plus encore sans sa passion) que le problème, parce que ce qui fonctionne ponctuellement sur quelques matchs dysfonctionne sur l’ensemble d’une saison. Ses entraîneurs font avec puisque de toute façon ils ne peuvent pas faire sans. Comme ses prédécesseurs, Peter Zeidler prend donc acte et positive en se félicitant de pouvoir se concentrer sur l’aspect tactique avant d’affronter Lucerne.

Impossible à satisfaire

Bien que prolongé en décembre dernier pour une saison supplémentaire, l’Allemand se sait en sursis. Avec lui, Sion a passé de la dernière à la troisième place du classement et tourne à un peu plus de 1,8 point par match. Une moyenne très honorable, surtout pour un coach qui n’est jamais consulté (et parfois même pas informé) sur les questions de transferts, mais ce n’est de toute façon pas vraiment là que se situe le problème. Il y a deux raisons pour lesquelles Christian Constantin licencie son entraîneur: s’il est mauvais ou s’il lui fait de l’ombre. Récemment, il a appelé une rédaction pour se plaindre d’un article favorable à Peter Zeidler. Le plus simple est encore de le laisser gagner la Coupe de Suisse.

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