«Dans l'équipe, Christophe Bassons n'a jamais pris d'EPO…» Beaucoup plus que les grands discours et les fausses certitudes, ce témoignage d'Armin Meier recueilli par les policiers français, lors de l'interrogatoire des coureurs de l'équipe Festina, à Lyon, après leur exclusion dans le Tour 1998, possédait une réelle valeur, car il avait été produit par le réveil d'une conscience humaine. Tout en reconnaissant l'usage de médicaments illicites et la systématisation du dopage au sein de sa formation, le coureur suisse avait eu l'honnêteté de citer le nom d'un compétiteur hostile aux artifices conduisant à la tricherie: Christophe Bassons.

Comment ce jeune homme de 25 ans qui va découvrir le Tour avec sa nouvelle équipe, la Française des Jeux, n'avait-il pas adhéré aux pratiques largement répandues dans le sport cycliste? Comment ce coureur qui portait jusqu'à l'an dernier le même maillot que Richard Virenque ne s'était-il pas laissé entraîner dans ces dérives?

Sans doute faut-il remonter au début de son histoire dans le cyclisme pour comprendre l'état d'esprit du jeune Tarbais qui a débuté à l'Union Vélocipédique Mazamétaine, club reconnu pour avoir formé Laurent Jalabert.

Adolescent, Christophe Bassons ne pensait qu'à s'amuser en pratiquant le VTT. Voyant ses aptitudes physiques, ses dirigeants l'inscrivaient la saison suivante (c'était en 1992) dans les courses sur route. La passion de la compétition remplaçait alors l'aspect récréatif, mais sans remettre en question la priorité accordée à ses études. «Après le baccalauréat, j'ai travaillé pendant deux ans, à raison de trente-neuf heures par semaine, pour obtenir mon DUT (Diplôme universitaire de technologie) en génie civil, raconte-t-il. J'avais peu de temps pour m'entraîner, mais suffisamment de résultats pour envisager une carrière dans le vélo.»

Il ne savait pas encore ce qui l'attendait…

«Quand je suis devenu professionnel, quelqu'un m'a dit: «Si tu fais le métier (sic), tu peux gagner dix fois plus d'argent.» Eh bien! J'ai fait le choix de gagner le salaire qu'on m'offre aujourd'hui. Je suis fier de ma décision. Ma copine, mes parents, mon fan-club sont également heureux. Comme moi, ils ont toujours été contre le dopage.»

Un esprit sain dans un corps sain, il y a encore peu de temps c'est la définition de l'athlète tel qu'on le présentait aux foules naïves. Bassons est heureux d'y correspondre encore aujourd'hui. Sa conscience a été renforcée par l'appui sans faille de son entourage, qu'il soit familial ou sportif. Durant ses quatre saisons passées à l'UVM, loin des grands clubs et de leurs exigences en résultats, il a fréquenté des éducateurs vertueux.

Entre études et cyclisme, diplôme et statut d'athlète de haut niveau, le parcours de Bassons est exemplaire, mais également parsemé d'obstacles. Combien de fois a-t-il failli renoncer après avoir eu le sentiment d'être étouffé par un peloton survitaminé? Il ne compte plus ses moments de découragement, et fustige, aujourd'hui, «l'attitude hypocrite» de nombreux coureurs français soumis à l'obligation des prélèvements biologiques du suivi médical de leur fédération nationale. «Ça me fait rire quand je les entends demander un changement! La vérité, c'est qu'ils ont été placés devant l'obligation de modifier leur comportement. Ils exposent les problèmes posés par le cyclisme à deux vitesses (celui des cyclistes dopés et des non dopés), mais moi, durant trois ans, j'ai été en deuxième vitesse (sic). Ils m'ont mis trois ans de ma vie de coureur en l'air, et je n'ai jamais rien dit!»

Trois années durant lesquelles Bassons raconte qu'il ciblait ses objectifs en fonction des saisons: à la fin de l'hiver quand le peloton s'éveillait à la compétition; à l'automne lorsque la majorité des coureurs étaient fatigués. «Entre ces deux périodes, c'était un cyclisme auquel j'étais totalement étranger: celui des classiques, puis des grands tours. Devant ma télé, je voyais des coureurs lever les bras, et moi, je disais à ma copine: «Tu vois, il a gagné la course mais je ne l'envie pas…»

Après les affaires de dopage dans le Tour de France 1998, Festina voulait conserver Bassons dans son effectif pour l'exposer dans la vitrine de sa nouvelle virginité; c'est finalement sous le maillot de la Française des Jeux qu'il allait connaître sa première grande joie de coureur en remportant une étape du critérium du Dauphiné libéré, à Aix-les-Bains. Une victoire dans une course du mois de juin… preuve d'une évolution des mentalités ou perfidie de certains individus du peloton qui l'auraient volontairement laissé filer pour détourner l'attention des médias, et leur faire croire à un cyclisme meilleur?

«Maintenant, j'ai une envie folle de disputer le Tour de France! s'enthousiasme cependant Bassons. Auparavant, le Tour ne me faisait pas envie parce que je n'avais rien à y faire, compte tenu de la généralisation du dopage dans le vélo. Il reste que pour beaucoup de coureurs, de toutes les nationalités, les événements du dernier Tour n'ont rien changé. Le seul risque qu'ils courent, c'est une nouvelle action de la justice. En France, j'attends que les résultats des examens du suivi médical aboutissent à des punitions à l'encontre des tricheurs. C'est désolant, mais si le coureur qui a fauté n'est pas puni, il continuera…»