Discipline esthétique s’il en est, le chrono par équipe de ce dimanche est un exercice de précision. Sur le Tour 2009, Cadel Evans y avait perdu prématurément toute ambition, sur un parcours étroit où s’étaient multipliées les chutes. Ce dimanche, le tracé de 23 km, aux Essarts, est destiné aux spécialistes. A l’exception des quatre premiers kilomètres, il comprend peu de virages. Sur le plan comptable, le temps sera pris sur le cinquième coureur de chaque formation.

En toute logique, l’exercice est le règne des chronomen - le Team Leopard des frères Schleck tentera d’exploiter la puissance de Fabian Cancellara. Les coureurs taillés pour cet effort «roulent à des intensités très élevées», souligne Lionel Marie, directeur sportif du Team Garmin-Cervélo, spécialiste de cette exigence. Mais l’exercice convient également aux sprinters. «C’est comme un sprint répété. Il demande de la technicité. A 50 km/ h, si tu ne sais pas retomber dans les roues correctement, avec le temps perdu pour récupérer, tu as entamé ton potentiel quand arrive ton tour.»

L’exigence clef? «Rester le plus constant possible dans le rythme. Il suffit d’un rien, d’un virage mal négocié pour que le dernier accumule un écart. Si on perd un mètre, on peut le récupérer une fois, mais pas cinquante: ça va tellement vite! A ce titre, je signale les écueils: les trois premiers passent très rapidement, mais ils doivent penser au 9e qui arrivera moins vite. Il ne faut pas qu’ils relancent trop fort. Après un virage, on informe tout le monde que le dernier est bien rentré dans le groupe. En outre, quand le rythme baisse, on doit demander aux coureurs de réduire leur relai. Ils ont tendance à aller trop loin. Enfin, dans la prise de relai, il s’agit de retomber très précisément dans la roue. On avertit celui qui descend qu’il reste un coureur à passer.»

En amont, il s’agit donc de combiner les forces. « David Millar possède un sens inné de la trajectoire. Très fluide, il sait où il doit faire passer sa roue. David Zabriskie, par exemple, n’a pas cette technique, il faut dès lors être très attentif à la relance, mais on en a besoin, car il est très puissant. Le gars derrière David Millar, doit tenir le tempo. Là où David Millar prendra un relai de 300 mètres, le sien tiendra dans cent mètres. Le défi du directeur sportif sera au préalable de connaître le ressenti et la place de chacun. » Le résultat de réglages minutieux. «Nous sommes allés sur le parcours, pour accomplir des exercices de départ arrêté – sur deux, trois, huit kilomètres –, des départs lancés. Tout cela avec les maillots spécifiques, testés individuellement en soufflerie.»

Si ce type d’effort se révèle stressant, c’est également parce qu’il implique l’équipe «au-delà des coureurs. Des masseurs aux mécaniciens. Chacun se sent responsable vis-à-vis de tous. Chez nous, les coureurs aiment ce chrono collectif. Mais tout le monde l’appréhende. Quand tu es mal ce jour-là, tu le fais payer à tous.» Et d’ajouter: «Ce chrono constitue un des seuls moments où les leaders et les équipiers seront en symbiose. Pour certains coureurs, c’est la seule fois où ils montent sur le podium.» Tout un symbole.