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Vladimir Petkovic devra se passer de son capitaine, Stephan Lichtsteiner, en huitième de finale contre la Suède.
© JOHANNES EISELE/AFP PHOTO

Inside Football

Cinq jours pour rebâtir une défense

Les suspensions de Schär et Lichtsteiner seront un handicap pour l’équipe de Suisse mardi en huitième de finale contre la Suède. Lang et, sans doute, Djourou offrent des garanties mais pas les mêmes automatismes, estime Stéphane Henchoz dans sa chronique au «Temps»

La Suisse jouera son huitième de finale mardi prochain contre la Suède sans Stephan Lichtsteiner ni Fabian Schär, suspendus. Logiquement, Vladimir Petkovic devrait titulariser Johan Djourou et Michael Lang pour les remplacer. Pour le sélectionneur, les données du problème sont claires: il doit reconstruire 50% de sa défense.

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Celle qu’il a alignée lors des trois premiers matchs ne représentait pas non plus une assurance tous risques. Contre le Costa Rica, les vingt premières minutes ont été catastrophiques et le fait que le milieu de terrain n’a pas beaucoup aidé n’explique pas tout. On marque sur notre première occasion, eux font poteau-latte et Sommer nous sauve trois fois. Déjà lors des matchs précédents, la Serbie aurait pu marquer et aurait dû bénéficier d’un pénalty, et le Brésil, quand il a accéléré, s’est créé une occasion toutes les cinq minutes.

J’ai souvent eu l’occasion d’évoquer l’importance des automatismes dans une ligne défensive. Une attaque qui tourne un peu moins bien a toujours la possibilité de s’en sortir sur un exploit individuel ou une erreur adverse. Une défense en revanche ne peut pas improviser: si elle fonctionne moins bien, elle se fait punir, avec des conséquences souvent définitives pour l’équipe.

Le vécu plutôt que le potentiel

Même si Djourou et Lang sont dans le groupe depuis longtemps, la défense suisse ne pourra pas retrouver en cinq jours les automatismes que Lichtsteiner, Schär, Akanji et Rodriguez ont peaufinés en jouant ensemble quasiment l’intégralité des cinq derniers matchs. Il faut rester positif parce que ça peut aussi très bien se passer, mais la Suisse part clairement avec un handicap.

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En charnière centrale, je pense que Petkovic va privilégier le vécu de Djourou au potentiel d’Elvedi. A ce niveau, l’expérience des gros matchs à enjeu compte plus que de savoir lequel est le meilleur relanceur. Ce serait un très gros risque que de titulariser Elvedi aux côtés d’Akanji, sachant que ni l’un ni l’autre n’ont jamais disputé de match avec une pression comparable à celle qui va peser mardi. Djourou, lui, a l’habitude de ce genre de rencontres. Il a joué les huitièmes de finale contre l’Argentine en 2014 et la Pologne en 2016, et il faut se souvenir qu’il a toujours été bon avec la Nati.

Le positionnement à gauche ou à droite de la défense centrale d’Akanji et de Djourou doit dépendre de la discussion qu’ils auront avec l’entraîneur. Certains défenseurs centraux apprécient un côté plutôt que l’autre; pour d’autres, cela n’a pas d’importance. A eux de trouver la formule qui leur permet d’être le plus à l’aise. Bien sûr, la relation avec les latéraux et les milieux est importante mais rien ne compte plus que la relation entre les deux centraux. Avec une bonne paire qui s’entend bien et deux latéraux fiables, une ligne de quatre peut supporter le poids d’un match pendant 70-80 minutes.

Le moment de vérité pour Lang

A droite, il n’y a pas de débat: c’est Michael Lang qui jouera. Beaucoup en Suisse le jugent meilleur que Lichtsteiner; je serai beaucoup plus nuancé. Lang, qui est le seul joueur de la liste évoluant en Super League, est très bon, oui, mais dans le contexte bâlois, c’est-à-dire dans une équipe dominante, offensive, qui joue la plupart de ses matchs contre Lugano ou Saint-Gall. Il a aussi fait de bons matchs en phase de poule de la Ligue des champions mais en termes d’intensité et de pression, ça reste en dessous d’une Coupe du monde.

La Suède est une équipe qui fait ce qu’elle a toujours fait: c'est tactiquement très fort, bien organisé, sérieux, solide, discipliné. Pas mauvais techniquement mais sans folie

J’aime comparer ce qui est comparable, et mardi, on verra vraiment si Michael Lang est au niveau de Stephan Lichtsteiner (qui n’a pas non plus été extraordinaire jusque-là). Lang va jouer un gros match, et surtout il sera titulaire. Etre remplaçant ou titulaire, ça n’a rien à voir. Celui qui entre en cours de match n’a souvent rien à perdre. Débuter, c’est une autre affaire: on porte le poids du match sur les épaules. C’est toujours la même histoire: plus il y a à perdre, plus la pression est forte. Michael Lang a jusqu’ici toujours joué en sachant qu’il resterait numéro 2. Cette fois, pour lui comme pour la Suisse, c’est un match qui peut changer beaucoup de choses.

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J’ai pas mal observé la Suède et, sans surprise, c’est une équipe qui fait ce qu’elle a toujours fait. Comme souvent avec les Scandinaves, c’est tactiquement très fort, bien organisé, sérieux, solide, discipliné. Pas mauvais techniquement mais sans folie. Leur jeu est relativement simple: ça va vite vers l’avant à la récupération, ils n’ont pas peur de jouer long, sont dangereux sur les deuxièmes ballons. La Suisse aura la possession et devra essayer de faire bouger ce bloc suédois. J’imagine un match extrêmement serré, comme contre l’Ukraine en 2006 ou la Pologne à l’Euro 2016, qui se dénouera peut-être sur un ballon arrêté.

*ancien défenseur de Liverpool et de l'équipe de Suisse (72 sélections)


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