Quelqu’un remerciera-t-il Hugh Quennec?

Hugh Quennec aime le sport mais celui-ci le lui rend assez mal. Dans l’esprit du public romand, le financier d’origine québécoise est l’homme qui risque de couler le Lausanne HC après avoir plombé le Servette FC. Discret, voire mystérieux, pas très clair dans ses explications, Quennec tend parfois la crosse pour se faire battre mais il faut reconnaître qu’il offre souvent le profil du parfait bouc émissaire.

Taper sur Quennec, c’est oublier que le tissu économique vaudois ne se battait pas pour sauver le LHC en 2007. Dans le football, son entêtement à ne pas céder Servette a sans doute été fatal, mais selon notre compréhension du dossier, certains à Genève ont préféré un Servette en 1re ligue sans Quennec qu’un Servette à l’échelon professionnel avec Quennec. Celui qui ne jure que par l’intégration du sport dans la société ne parvient pas à se faire accepter dans les milieux sportifs. Alors il vendra sa participation majoritaire au LHC d’ici au 17 février. A qui? On le somme de privilégier des repreneurs locaux. Dimanche, sur le plateau du service des sports de la RTS, Hugh Quennec a quand même rappelé le plus poliment possible qu’il gardait encore le droit de choisir sa manière de céder la place.


Djokovic est-il si proche du record de Federer?

Après sa sixième victoire à l’Open d’Australie dimanche, Novak Djokovic compte désormais 11 titres du Grand Chelem. Au rythme qu’il tient depuis deux saisons, le Serbe peut battre le record de 17 titres majeurs de Roger Federer à l’US Open 2017. Le fera-t-il (à l’US Open 2017 ou plus tard)? Beaucoup pensent que oui; nous sommes beaucoup plus circonspect. D’abord parce que nous sommes prêt à parier que Roger Federer gagnera encore au moins un titre majeur avant la fin de sa carrière. Le record à battre sera donc probablement 18, pas 17. Et à ce niveau d’exigence, cela fait une vraie différence.

Ensuite, parce que comme en alpinisme, ce sont les derniers hectomètres qui sont les plus difficiles à gravir. Que Djokovic s’empare du record de Federer implique qu’il poursuive encore dix-huit mois le rythme insensé qu’il tient depuis deux ans. Une domination si totale sur une si longue période ne s’est jamais vue, pas même durant les meilleures années de Federer. Enfin, Novak Djokovic aura 29 ans ce printemps. Federer, Nadal et Sampras avaient tous deux ans de moins lorsqu’ils gagnèrent leur onzième Grand Chelem. Björn Borg, lui, l’a fait à seulement 25 ans. Un an plus tard, il prenait sa retraite. En sport, mieux vaut ne pas trop tirer de plan sur la comète.


Le ski va-t-il devoir se résoudre au réduit alpin?

Entre les descentes escamotées, les départs retardés, les courses annulées, la saison 2015-2016 de ski est une succession de rendez-vous manqués. La montagne est un magnifique terrain de sport mais c’est elle qui fixe les conditions. Les amateurs de ski sont depuis longtemps habitués aux trop: trop de neige, trop de vent, trop de brouillard. C’est ce qui dissuade les télévisions d’investir davantage dans les courses de ski. Mais à ces raisons naturelles vient s’ajouter, de plus en plus souvent, le manque de neige. Ou une neige impraticable, comme ce week-end à Maribor. En Slovénie, l’aire d’arrivée culminait à 340 mètres. Les hommes, eux, barbotaient dans une soupe de printemps à Garmisch-Partenkirchen, à 708 mètres d’altitude. Le slalom géant ne s’est pas couru. Un problème récurrent dans la station allemande, qui rabote chaque année sa course quand elle n’est pas obligée de l’annuler. A force de vouloir rapprocher les épreuves des spectateurs (c’est-à-dire de la plaine), les organisateurs en sont venus à éloigner les skieurs de la neige. Un comble.


Qui va gagner le Super Bowl?

C’est l’événement de la semaine aux Etats-Unis: la cinquantième finale du Super Bowl de football américain entre les Carolina Panthers et les Denver Broncos dimanche 7 février. En Suisse, le match sera visible sur la chaîne de la TNT française W9 à partir de minuit. Si le reste du monde peine à se passionner pour ce sport très tactique où les coaches semblent plus s’amuser que certains joueurs, les Nord-Américains s’arrêtent de vivre et font du Super Bowl le plus fort taux d’audience de l’année. La finale L (50, en chiffres romains) est particulièrement indécise. Les Broncos de Denver ont été la meilleure équipe de la saison régulière alors que les Panthers de Carolina ont dévoré les favoris des Arizona Cardinals en finale de conférence. Denver-Carolina, c’est aussi la meilleure défense contre la meilleure attaque. Ce sera enfin le choc des anciens contre les modernes avec le duel à distance des deux quaterbacks. Chez les Panthers, Cam Newton, favori pour le titre de MVP, va disputer son premier Super Bowl à 25 ans alors que la légende Peyton Manning (4e finale) pourrait devenir le plus vieux quaterback titré à 39 ans.


Yannick Noah a-t-il perdu son mojo?

Entre les épreuves du Grand Chelem (où ils ne font souvent qu’une brève apparition), on peut compter sur les joueurs français pour animer le petit monde du tennis. C’est ce qu’a fait Gaël Monfils en quittant Melbourne après sa défaite contre le Canadien Milos Raonic. «La Monf'» a mis les pieds dans le plat en avouant qu’il n’avait pas très envie d’aller jouer le premier tour de Coupe Davis les 4, 5 et 6 mars prochain contre le Canada en Guadeloupe. Derrière, Gilles Simon en a remis une couche en estimant que la plupart des joueurs français partageaient l’avis de Monfils.

La Guadeloupe, le chaud soleil des Antilles pour redonner du baume au cœur de cette équipe minée par des dissensions internes, c’est l’idée du nouveau capitaine, Yannick Noah. Pas une riche idée, apparemment. D’autant que côté canadien, Milos Raonic s’est amusé à reconnaître que ce match en France sur la côte Ouest de l’Atlantique l’arrangeait bien avant le début de la tournée américaine. Federer, Wawrinka, Djokovic, Murray, Nadal et Berdych faisant cette année l’impasse sur la Coupe Davis, la France est archi-favorite. Elle reste capable de s’autodétruire toute seule. Et il faudra voir le moment venu si Yannick Noah possède la même aura avec les Gasquet, Tsonga et Monfils que du temps où il sublimait un Forget ou un Leconte.