Depuis son échec à l'élection présidentielle de juillet 2001 – échec relatif, puisqu'il termina 2e des cinq papables, il est vrai loin derrière Jacques Rogge –, on le croyait sinon enterré, du moins éjecté des sphères décisionnelles du CIO, relégué au rang de simple représentant asiatique. Grossière erreur d'appréciation: le Dr Kim Un-yong, 72 ans, n'émarge pas à la race des gens qui «meurent» politiquement, mais à celle des Phénix qui savent renaître de leurs cendres.

Mercredi à Prague, on a soudain découvert une candidature olympique venue de Corée – son pays – totalement inconnue, à laquelle les observateurs n'accordaient pas une chance de titiller les mastodontes Vancouver et Salzbourg lors de l'attribution des Jeux d'hiver 2010: Pyeongchang, 50 000 âmes, sise dans la province de Gangwon, la seule à être coupée en deux entre le Sud et le Nord. Bien plus que la victoire canadienne (LT d'hier), c'est le résultat ahurissant de Pyeongchang qui aura constitué la sensation de cette session élective: leader au premier tour de scrutin avec 51 suffrages (à trois voix de la majorité absolue!), battue sur le fil (56-53) au second tour par Vancouver, la cité coréenne est passée à un fil d'une «énormité» historique.

Alors, au-delà de son projet certes séduisant, on s'est demandé pourquoi. Et on a trouvé la réponse: Kim Un-yong. Qui a été vu, par exemple, en grande discussion non seulement avec ses frères d'Asie, mais aussi avec ses alliés africains ou arabes.

Un vrai «madangpal»

Dès son entrée au CIO en 1986, cet ancien conseiller du premier ministre sud-coréen, délégué aux Nations unies, lieutenant-colonel au sein des services de sécurité présidentiels, membre du Conseil sur l'unification coréenne, intime des patrons de «Chaebols» (les conglomérats du Pays du Matin calme), a tissé un réseau d'influences mondial qui, à l'instar de certains pouvoirs parallèles, est resté dormant sans jamais disparaître. «Kim est un «madangpal» (un homme d'influence) typique. Il parle plusieurs langues, possède une mémoire d'éléphant et une immense force de travail, expliquait au Temps une sociologue de Séoul. Son talent est d'avoir toujours su huiler les rouages et se faire des amis bien placés.»

L'affirmation n'a rien perdu de son acuité. Manitou des Jeux de Séoul 1988 – sa fusée ascensionnelle olympique –, Kim devient le «gourou» des membres asiatiques du CIO. Il étend rapidement sa toile de relations privilégiées vers le Moyen-Orient, l'Afrique, l'Europe de l'Est. Il est écouté, craint, respecté, s'inscrit comme l'un des hommes clés du régime samaranchiste. Même son implication dans les scandales de corruption qui ont pourri le CIO en 1999 (il s'en tirera avec un blâme), suivie de sa défaite à la présidentielle de 2001, n'aura pas raison de lui. Aujourd'hui, il draine encore un paquet de votes dans son sillage.

Le calcul est vite fait: sur les 51 puis 53 suffrages récoltés par Pyeongchang, l'énigmatique Dr Kim en a probablement amené 48 à lui seul (21 d'Asie, 16 d'Afrique, 11 d'Europe de l'Est), et a failli réussir l'un des coups les plus fumants de l'olympisme moderne. Avis à Zurich et aux autres velléitaires: la ville coréenne, qui a déjà annoncé sa deuxième candidature pour 2014, sera très, très difficile à battre…

Voilà bien un paradoxe de ce CIO version XXIe siècle, que Jacques Rogge n'en finit pas de dépoussiérer: l'ancien régime, personnifié par Kim Un-yong, est toujours vivant. Au point que ce vendredi, Kim sera, sauf accident, porté à la vice-présidence du CIO!

• Le Suisse René Fasel, président de la Fédération internationale de hockey sur glace, a été nommé hier par la session du CIO au poste de chef de la Commission de coordination pour les Jeux d'hiver de Vancouver 2010.