Pendant les Football Leaks, la lutte contre le dopage continue. C’est là le véritable fléau du sport, qui touche toutes les disciplines, tous les niveaux, quand la tentation de l’évasion fiscale ne concerne qu’une poignée de superstars du ballon rond.

Le dopage a donc été, trois jours durant, au coeur de la session du Comité international olympique (CIO) cette semaine à Lausanne. Le CIO a fait le point sur une année mouvementée, marquée par l'exclusion des athlètes russes des JO de Rio, le scandale à la fédération internationale d’athlétisme (IAAF), la mise à jour de systèmes de dopage organisé comme dans le demi-fond kényan ou généralisé comme en haltérophilie.

Un jour avant la présentation, par l’Agence mondiale antidopage (AMA), du contenu de la version finale du rapport McLaren, qui sera publié ce vendredi à Londres, le CIO se devait également de montrer qu’il n’abandonnait pas l’initiative de la lutte antidopage. Le 18 juillet, la révélation de la première partie de ce rapport accablant avait semé un vent de panique à trois semaines du début des Jeux olympiques de Rio. L’enquête dévoilait le trucage par de nombreux officiels russes des tests antidopage lors des Jeux olympiques d’hiver de 2014 à Sotchi et permettait de soupçonner l’existence un système de dopage d’État en Russie au début des années 2010. Suite à cela, le CIO avait transmis aux fédérations sportives internationales la responsabilité d’accepter ou non, au cas par cas, les sportifs russes. Sur les 389 engagés au départ par la Russie, 118 ont finalement été exclus.

Jeudi, lors d’une conférence de presse organisée au terme de la session, le président du CIO Thomas Bach a convenu que les possibles nouvelles révélations du rapport McLaren représenteraient «un défi» et «un challenge immédiat» pour l’institution. Mercredi déjà, le CIO avait annoncé sa décision de «prolonger jusqu’à nouvel avis les mesures provisoires prises à l’encontre de la Russie en juillet». «Nous agirons aussitôt que nous aurons le rapport», a promis Thomas Bach. Deux Suisses présideront les commissions chargées de l’étudier: l’ancien Conseiller fédéral Samuel Schmid dirigera celle traitant du système de dopage d’Etat en Russie alors que le juriste Denis Oswald, membre du CIO, s’occupera de celle dédiée aux cas individuels.

Si le CIO tente de rester serein, les agences antidopage font monter la pression. Le bruit court que 1000 sportifs seraient concernés par les cas de manipulation d’échantillons. De nouveaux noms devraient être rendus public. «Il faut se souvenir qu’il s’agira du quatrième rapport concernant la Russie. Ce qui est clair, c’est que le sport en Russie est pourri jusqu’à l’os», a affirmé le directeur de l’agence antidopage américaine (USADA) Travis Tygart, dans une interview à l’AFP. Même ton chez Dick Pound, membre du CIO et ancien président de l’AMA, également interrogé par l’AFP: «Je ne sais pas ce qu’il y aura dans le rapport […] mais je m’attends à ce qu’il soit très, très accablant pour la Russie.» A Moscou, le ministre des sports Vitaly Moutko annonce déjà «une violente attaque contre le sport russe».

En 2016, le réexamen d’échantillons collectés lors des Jeux de Pékin en 2008 et de Londres en 2012 a permis de révéler une centaine de nouveaux cas positifs (101 ou 103, selon les sources), dont 27 médaillés de 2008 et 16 de 2012. Le pays le plus souvent cité est la Russie, le sport le plus atteint est l’haltérophilie. Les échantillons de Pékin sont désormais protégés par la prescription mais ceux de Londres pourront être réétudiés jusqu’en 2020. Mercredi, le directeur médical du CIO Richard Budgett n’a pas caché s’attendre à découvrir prochainement «de nombreux nouveaux cas».

Loin de faire profil bas, le sport russe a nommé jeudi l’ancienne championne olympique du saut à la perche Elena Isinbayeva à la tête du bureau exécutif de l’Agence russe antidopage (RUSADA). Contrairement à l’usage, l’AMA n’a pas été consultée avant cette nomination. A Rio, où elle a annoncé sa retraite avant de se faire élire à la Commission des athlètes du CIO, Elena Isinbayeva avait exprimé tout son scepticisme quant au rapport McLaren: «J’aimerais voir des preuves, des faits». Elle sera peut-être exaucée ce vendredi.