Sa carrure, sa dégaine et ses convictions politiques ne le placent pas automatiquement dans la catégorie des passionnés de courses automobiles. Pourtant, Andreas Gross, conseiller national socialiste, en connaît visiblement un rayon. A l'aube de la nouvelle saison de F1, le Zurichois explique son intérêt pour les moteurs et ce que la course automobile lui a apporté.

«Moi, un passionné de Formule 1? Je ne sais pas si on peut le dire. Parce que ma passion, c'est plutôt le sport automobile. Avec une préférence marquée pour la Formule 2. Une préférence teintée de nostalgie, puisque cette catégorie, qui a longtemps été l'antichambre de la F1, a perdu beaucoup de son crédit durant les dernières décennies.

Je sais qu'il peut paraître incroyable qu'un politicien, socialiste et avec une sensibilité écologiste, puisse s'intéresser aux courses de voitures, ces instruments polluants. Et pourtant. Cet intérêt s'est forgé il y a très longtemps, lorsque j'ai financé mes études universitaires d'histoire… comme correspondant sur les circuits de Formule 2. Je l'ai fait durant quatre ans, entre 1968 et 1972. J'ai travaillé pour sept journaux, dont le défunt Sport et la Neue Zürcher Zeitung.

En fait, je me considère comme un enfant de Jo Siffert, le pilote de F1 fribourgeois. Simplement parce que le jour de son tragique décès paraissait mon premier reportage. Un épisode marquant. D'autant que le pilote romand est resté un modèle d'aventure humaine. C'est là que se trouve le principal intérêt du sport automobile.

La Formule 2, c'était l'aventure. Bien sûr, il y avait de l'argent, mais juste de quoi couvrir les frais d'une saison. Les équipes, restreintes, se démenaient pour préparer les bolides. Les nuits blanches précédant les courses n'étaient pas rares. Il fallait trouver des solutions incroyables en très peu de temps. Un véritable travail d'équipe, où les mécaniciens comptaient autant que les pilotes. Il arrivait parfois que les pilotes soient tellement fatigués sur le circuit qu'ils luttaient plus contre le sommeil que contre leurs adversaires.

Jeune homme, je me nourrissais de cette vie en marge de la société. J'avais aménagé un vieux bus VW duquel j'avais sorti les sièges pour installer un lit et une machine à écrire. Je me parquais à deux pas des équipes, je les regardais vivre et, parfois, je partageais leurs repas. J'ai écumé toutes les routes d'Europe. J'ai découvert les cultures et les habitudes. Je suis convaincu que cela m'a permis de forger les convictions européennes que je défends aujourd'hui en politique.

J'ai côtoyé des personnages exceptionnels. De vrais pilotes, comme Patrick Tambay ou René Arnoux. Il y avait aussi des gens qui trempaient leurs mains dans le cambouis et qui sont devenus aujourd'hui des pontes de la F1. Un exemple? Ron Dennis.

Mais le plus fascinant, c'est ce dépassement de soi qui amenait à jouer perpétuellement avec la mort. D'ailleurs, il y a eu passablement de décès en course durant cette période. La sécurité, on y pensait, mais sans vraiment aller plus loin. Seul le dépassement de soi, la vitesse, semblaient compter.

Trop d'argent

Et la F1 dans tout cela? Je ne peux pas en être un inconditionnel. Peut-être en raison de mon expérience. Il y a trop d'argent, les écuries sont des multinationales, et le paraître est devenu plus important que le professionnalisme. Je n'arrive pas à admirer les pilotes, qui sont plus souvent engagés en fonction des sponsors qu'ils peuvent amener plutôt que de leurs qualités. Sans relations bien placées, on ne peut plus devenir pilote de F1. C'est peut-être la raison pour laquelle il y a de moins en moins de pilotes originaires de petits pays. Ils ne représentent plus des marchés suffisamment attractifs. Reste que la recherche de la performance mérite toujours le respect. Je pense que les directeurs d'écurie ont gardé un peu de leur âme. Ils doivent organiser, réagir, se démener. Comme avant.