Deux ans après un baptême du feu malheureux contre la Russie, Blaise N'Kufo a rompu les ponts avec l'équipe nationale. Ce départ abrupt survient une année après les fausses sorties de Chapuisat et de Henchoz. Une fois encore, Köbi Kuhn a été pris à contre-pied. Ce type de bavure fait tache. Il serait cependant injuste d'accabler le sélectionneur. S'il avait effectivement manqué de psychologie à l'égard du Fribourgeois et du Vaudois, avant le match de la dernière chance à Bâle contre la Yougoslavie, il n'encourt aucun reproche dans cette nouvelle «affaire». Celle-ci aurait dû être gentiment maîtrisée par le très discuté directeur aux équipes nationales, Ernst Lämmli.

Avant ce rendez-vous amical à Saint-Jacques contre l'Autriche, N'Kufo n'était pas en position de force pour réclamer une place de titulaire. Celle-ci lui est d'ailleurs contestée dans son club. Ses débuts en Bundesliga, sous les couleurs du néopromu Hanovre 96, ont plutôt été décevants, tant sur le plan personnel que collectif: deux matches, deux défaites et aucun but marqué. Il avait même été remplacé à la 57e minute lors de la première rencontre. De surcroît, ses références sur le plan international sont minces. Sous le maillot à croix blanche, il n'a jamais pleinement convaincu. Enzo Trossero l'avait lancé dans la bataille au Hardturm, en désespoir de cause, dans la dernière demi-heure du match perdu contre la Russie (1-0) le 2 septembre 2000. En dépit de son impressionnante masse musculaire (1m86/86 kg), l'enfant de Kinshasa n'avait pas semé l'effroi dans les rangs adverses. En juin 2001, à Bâle contre la Slovénie, sa force de pénétration s'était une nouvelle fois révélée inopérante. Cette défaite (1-0) avait précipité le retour de Trossero en Argentine.

La nomination de Kuhn provoquait une mise à l'écart de N'Kufo, qui bataillait alors en D2 allemande du côté de Mayence. Le nouveau coach tentait un coup de poker contre la Yougoslavie, en préférant Türkyilmaz à Chapuisat. Mais au début de cette année 2002, confronté à la double défection des deux monstres sacrés, «Kubi» et «Chappi», le brave Köbi rappelait N'Kufo pour le stage à Chypre. Lors des trois dernières sorties de l'équipe nationale, l'ex-junior de Stade Lausanne a effectivement toujours figuré dans le «onze» de départ. Contre le Canada, à la mi-mai à Saint-Gall, il sauvait l'honneur à la 80e minute. Maigre consolation au soir d'une défaite humiliante (1-3). Il s'agissait bien de son seul but en sept sélections.

A tous ceux qui tentèrent de le ramener à la raison avant qu'il ne file à l'anglaise mercredi matin, N'Kufo ne cessa de répéter: «Je ne vois pas pourquoi c'est moi qui paie les pots cassés!» Adjoint de Kuhn et porte-parole de la minorité romande, Michel Pont fut, par la force des choses, le premier interlocuteur du rebelle: «J'ai tenté de lui faire comprendre qu'il y avait un groupe de 18 joueurs, et que pour le coach, ce match servait de banc d'essai. Il n'a rien voulu entendre... Mais jamais, au cours de toutes ces discussions internes, il n'a évoqué un problème de racisme», précise-t-il. En revanche, le Vaudois d'origine congolaise a fait part, à la télévision, d'une «discrimination envers les joueurs de couleur». Une accusation injuste. Badile Lubamba (Troyes), qui débuta comme lui contre la Russie, est actuellement blessé. N'Kufo n'est pas sans savoir que Köbi Kuhn fut le premier à retenir, en sélection «espoirs», Oumar Kondé, le défenseur noir du SC Fribourg.

Blaise N'Kufo a cru que son engagement dans un club de la première division allemande devait lui assurer automatiquement une place de titulaire en équipe nationale. Or, Raphaël Wicky, qui évolue dans une formation plus huppée (SV Hambourg), a fort bien accepté son rôle de joker. Le Haut-Valaisan présente pourtant de plus sérieuses références que l'attaquant de Hanovre 96.

A la vérité, Blaise, ce colosse aux pieds d'argile, souffre depuis trop longtemps d'un manque de reconnaissance dans sa patrie d'adoption. Il quittait la Suisse pour le FSV Mayence 05 la rage au cœur, au début de l'année 2001. Coéquipier de Frei à l'Allmend, son efficacité (9 buts en 19 matches) n'avait pas suffi pour éviter le tour de relégation aux Lucernois. Auparavant, il avait connu bien d'autres désillusions, à commencer par son échec personnel aux Grasshoppers. Ecrasé par le poids de son transfert – 3 millions – l'ex-Lausannois ne s'affirmait pas comme le pendant de Türkyilmaz. Il ne constituait pas cet atout offensif supplémentaire espéré dans la course à la qualification en vue de la Ligue des champions, lors de la saison 1998/99. Lui qui avait marqué 18 buts la saison précédente à la Pontaise, se morfondait le plus souvent sur la touche au Hardturm.