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Claude Gross, entraîneur du FC Le Mont-sur-Lausanne.
© Bertrand Cottet

Football

Claude Gross, sans complexe

Parmi tous les entraîneurs de première et deuxième divisions suisses de football, celui du FC Le Mont est le plus ancien en poste. Il est aussi le seul à avoir un autre travail à plein-temps

En arrivant dans le café-restaurant, Claude Gross commande un thé froid et demande s'il reste un croissant. Non, désolé. Il est déjà 11 heures, les premiers plats du jour vont bientôt sortir de cuisine. Lui, il s'est levé à 6 heures et il n'a guère eu le temps de manger jusque-là, bien occupé par son travail de responsable technique de la Commune de Chexbres. Dans une heure et demie, il changera de casquette pour diriger, à deux pas d'ici, l'entraînement du FC Le Mont sur le terrain synthétique de Chavannes-près-Renens, que le club loue pour préparer la deuxième partie de sa saison dans des conditions optimales. Ses joueurs, eux, auront eu le temps de prendre tranquillement leur petit-déjeuner. Ils sont loin d'avoir des salaires de ministres (ou, disons, de stars du foot), mais la plupart n'a pas à bosser à côté. La Challenge League, ancienne Ligue nationale B, est une division professionnelle. Claude Gross y est le seul entraîneur à avoir un autre emploi à plein temps.

Il n'a pas les références de ses confrères. Michel Decastel (Xamax), Marco Schällibaum (Aarau) ou Maurizio Jacobacci (Schaffhouse) ont tous joué puis entraîné en Ligue nationale A, devenue Super League en 2003. Au plus haut niveau, donc, et sur la durée. A bientôt 47 ans (il les fêtera mercredi), Claude Gross n'a guère dirigé que des espoirs avant d'arriver au Mont. Il n'a pas non plus le passé de joueur de Fabio Celestini (Lausanne) ou de Martin Rueda (Wohlen), anciens de l'équipe de Suisse. Sa carrière a culminé en quatrième division. Parmi tous les entraîneurs de Super League et de Challenge League, il est néanmoins celui qui occupe son poste depuis le plus longtemps.

Une saga sportive

Cela fait près de quatre ans et demi, depuis ce jour de septembre 2011 où Serge Duperret, l'emblématique président du Mont, lui a confié les rênes de son équipe. Elle évolue alors en 1re ligue. En se mettant d'accord, les deux hommes écrivent sans le savoir le premier chapitre d'une saga sportive qui enthousiasmera les uns et agacera les autres. En 2013 puis 2014, Claude Gross et ses hommes enchaînent deux promotions pour se retrouver en Challenge League. Au passage, ils éliminent Young Boys en Coupe de Suisse. Plus qu'une surprise, une correction (4-1), symbole du plaisir que prend cette équipe de village à perturber les habitudes du football suisse. Depuis, il y a eu des hauts et des bas pour le club et le coach, jusqu'à frôler le point de rupture, sans jamais l'atteindre. Tout va plutôt bien aujourd'hui, avec une cinquième place au classement avant la reprise, dimanche, contre le leader Lausanne (15 heures à la Pontaise).

Rares sont les entraîneurs qui incarnent leur équipe comme Claude Gross le FC Le Mont. L'un (à la tête de professionnels) comme l'autre (en Challenge League) ont tout à prouver et s'y attellent de la même manière: sans nourrir de complexe. «Je n'ai aucune raison de le faire, lance-t-il. Je n'ai volé la place de personne, c'est moi qui ai amené l'équipe à ce niveau.» Ne comptez pas sur lui pour se faire discret sur son banc: il donne de la voix, s'emporte parfois. La saison dernière, il a été expulsé à plusieurs reprises. «Je suis assez bouillant, reconnaît-il. J'essaie de corriger cela, mais parfois il faut que ça sorte.» Pour le reste, sa ligne de conduite est simple, basée sur «l'honnêteté et la franchise». Il dit s'inspirer des meilleurs, sans un modèle en particulier. «Laurent Blanc m'inspire comme personnage, remarque-t-il finalement. Son humilité, sa sympathie, le fait qu'il réponde franchement aux questions des journalistes... Cela me parle plus que les moqueries d'un Mourinho.»

Le temps et les résultats pour lui

Dans le vestiaire, Claude Gross pense être «proche des joueurs sans être leur copain». «C'est un entraîneur intransigeant, qui sait imposer le sérieux dans le travail», note le latéral du LS Nicolas Gétaz, qui était au Mont auparavant. L'été dernier, après avoir sauvé sa place à ce niveau, l'équipe s'est considérablement renforcée, avec des joueurs de renom passés par l'équipe de Suisse (Daniel Gygax, 35 sélections) ou la Ligue des champions (François Marque, ex-FC Bâle), des univers dont l'entraîneur n'est pas familier. «On ne pense pas au fait qu'il n'a pas joué à haut niveau lorsqu'il nous dirige, assure le stoppeur Ibrahim Tall, ancien de Ligue 1 française. Le temps et ses résultats lui donnent raison.»

«Au Mont, on travaille sans doute un peu différemment des autres, mais on travaille fort», note l'intéressé. Sur tous les fronts, pourrait-on rajouter au sujet d'un homme qui, en 2014, nous disait avoir «trois 100%»: le foot, le boulot et la famille. Marié, père de deux filles de 3 et 5 ans, Claude Gross enchaîne, en une journée-type, travail à Chexbres (il a une demi-douzaine de personnes sous sa responsabilité) et entraînement au Mont avant de rentrer à son domicile de Ropraz. «Mais il faut relativiser, note-t-il. Ce n'est pas le bagne: je rentre tous les soirs à la maison, souvent vers 19h30. Il y a des situations pires que la mienne.» Il essaie de limiter les moments où le football empiète sur ceux réservés à la vie de famille. Et quand il y en a, ils ne sont pas sources de conflit avec son épouse Jennifer, pourtant pas mordue de ballon rond à la base. «Mais elle vient au match et je crois qu'elle prend du plaisir.»

Equilibres fragiles

Lui, quoi qu'il en soit, savoure chaque instant comme si tout pouvait s'arrêter demain. Fondamentalement correct: huit des dix clubs de Challenge League ont changé d'entraîneur au cours de l'année 2015. En football, la pression est permanente et les équilibres fragiles. Au Mont - un club entre deux mondes - peut-être encore plus qu'ailleurs. «Comme tous les entraîneurs, il doit avoir des résultats, rappelle le président Serge Duperret. Car sur le plan administratif, nous nous développons, nous trouvons des nouveaux sponsors. Aujourd'hui, il est impératif que nous restions en Challenge League.» Claude Gross est prévenu, mais il n'avait pas prévu de se reposer sur ses acquis: «Il ne faut jamais se dire qu'on est installé, se détendre.»

Toujours sur la corde raide, il est plus à l'aise dans le feu de l'action que dans la projection dans l'avenir. Pour entraîner en Challenge League, il a néanmoins dû s'engager à passer son diplôme UEFA, la formation de l'entraîneur professionnel, qu'il doit terminer en novembre. Pas de quoi lui laisser imaginer qu'un jour, il tournera le dos à son autre travail. «Je ne suis pas un rêveur. L'offre qui me permettrait de vivre uniquement du football, il y a de bonnes chances qu'elle n'arrive jamais. Et même si elle arrive, il faudra se poser les bonnes questions. Car aujourd'hui j'ai un gros avantage sur les autres entraîneurs: moi, si je me fais virer, je ne suis pas au chômage.»


En dates

1969: Naissance à Lausanne, le 10 février, d'un père français et d'une mère suisse.

2006: Premier poste officiel sur un banc de touche: entraîneur assistant de l'équipe des moins de 18 ans de Team Vaud.

2011: Débuts comme entraîneur du FC Le Mont en 1re ligue, en remplacement de Gabet Chapuisat.

2013: Montée en Promotion League (troisième division).

2014: Montée en Challenge League (deuxième division).

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