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Un match entre le Borussia Dortmund et le Bayern de Munich, le 4 novembre 2017
© Alexandre Simoes/Getty Images

Bundesliga

Les clubs allemands sur la mauvaise pente

Le championnat qui accumulait les superlatifs déchante depuis le début de la saison. Moins de buts, moins d’audace, moins de résultats en Coupe d’Europe. C’est grave, Doktor?

Il y a quatre ans et demi à peine, la Bundesliga dominait l’Europe avec une finale de Ligue des champions entre le Bayern Munich et le Borussia Dortmund. Depuis, le niveau global des clubs allemands ne cesse de baisser à cause d’une prise de risques dans le jeu qui a quasiment disparu chez les entraîneurs, d’un cruel manque de patience des dirigeants, mais aussi d’un manque évident de compétences à tous les étages qui se paie cash. Le championnat allemand est désormais bien loin du niveau de compétitivité de ses rivaux, la Premier League anglaise et la Liga espagnole. Même la Serie A italienne vient de la dépasser à l’indice UEFA alors que la Ligue 1 française se rapproche à grands pas. Explications.

Moins de spectacle

Beaucoup d’équipes ont abandonné la philosophie de jeu offensive et spectaculaire qui faisait du championnat allemand une référence en termes d’attractivité et de spectacle. On joue désormais souvent à trois derrière mais à cinq dès la perte du ballon. Une évolution liée à l’arrivée massive de jeunes entraîneurs allemands qui n’ont jamais évolué au plus haut niveau comme joueurs (Nagelsmann, Tedesco, Wolf, Gisdol, Schwarz) et qui prônent des schémas de jeu prudents avec pour priorité d’aspirer l’adversaire et de lui laisser l’initiative du jeu pour mieux le contrer.

La plupart des techniciens en poste n’ont souvent pas de plan B au niveau tactique et s’enferrent dans leurs options, à l’image du Néerlandais Peter Bosz au Borussia Dortmund ou de l’Autrichien Peter Stöger au FC Cologne.

Lire aussi: La révolution du football allemand

Moins de patience

De plus en plus de clubs perdent patience vis-à-vis des entraîneurs avec déjà trois limogeages cette saison, ce qui constitue un record parmi les cinq grands championnats européens. Même le Bayern Munich, d’habitude réputé pour son sang-froid et sa solidité, a renvoyé son coach (Carlo Ancelotti) après seulement six journées, un record en Bavière. D’autres ont agi trop tard.

Pourquoi les responsables de Wolfsburg n’ont-ils pas tenté de trouver un nouveau technicien dès la trêve estivale, prenant un risque inconsidéré en maintenant Andries Jonker qui n’avait pourtant guère convaincu, les Loups n’ayant assuré leur place parmi l’élite qu’à l’issue d’un barrage contre l’Eintracht Brunswick? Jonker a finalement été remplacé à la mi-septembre par le Valaisan Martin Schmidt.

Moins de buts par match

Cela va un peu mieux depuis trois journées, mais la moyenne de buts par match a longtemps tourné à 2,42. Elle est actuellement remontée à 2,67, bien loin des 2,87 de la saison passée. Réputé championnat le plus prolifique, la Bundesliga voit en réalité désormais moins de buts que l’Italie (2,92 buts par match avant les rencontres de ce week-end) et l’Espagne (2,75), et à peine plus que la France (2,66).

L’explication principale est l’option très défensive prise par les équipes visiteuses (moins d’un but par match à l’extérieur). Le spectacle proposé est désormais souvent médiocre. Pour Thomas Berthold, champion du monde en 1990, «il s’agit d’un problème technique et d’intensité. Nos clubs ne parviennent plus à s’améliorer. Ils font du surplace. Il y a de quoi s’inquiéter.»

Lire également: En Allemagne, le Bayern traverse une tempête estivale

Moins de compétitivité européenne

En Ligue des champions, et même s’il a hérité d’un groupe relevé avec le Real Madrid et Tottenham, le Borussia Dortmund a très vite lâché prise (2 points en 4 matches), incapable de battre l’Apoel Nicosie (deux fois 1-1). Leipzig n’a gagné qu’un match et jouera sa qualification mardi à Monaco. Après la correction reçue au Parc des Princes (défaite 3-0 qui a coûté son poste à Carlo Ancelotti), le Bayern s’est bien repris.

Mais c’est surtout en Ligue Europa que le bât blesse. Seul le Werder Brême en 2009 a atteint la finale ces vingt dernières années. Cette saison, le Hertha Berlin (dernier de son groupe), Cologne (dernier) et Hoffenheim (troisième) se sont ridiculisés face à des adversaires tels que Ludogorets, Luhansk, Basaksehir ou Östersund. Fribourg a été sorti dès le tour préliminaire par les Slovènes de Domzale.

(Un peu) moins de spectateurs

La Bundesliga demeure le championnat avec la plus forte moyenne de spectateurs. Certes, ce n’est sans doute pas le domaine qui pose le plus de questions avec une moyenne qui reste supérieure à 40 000 spectateurs, mais néanmoins, certaines grosses affiches ne font plus le plein. C’est notamment le cas du derby du Nord entre Hambourg et le Werder Brême, qui n’a pas affiché complet le 30 septembre dernier.

Et les absents n’ont pas eu tort (un triste 0-0). Depuis 2006, chaque déplacement du Bayern Munich était synonyme de stade plein à ras bord. Mais au Stade olympique de Berlin, alors que la formation bavaroise venait de limoger Ancelotti et que les chances du club de la capitale de terrasser le Bayern n’avaient sans doute jamais été aussi fortes, 4500 places n’ont pas trouvé preneur. Le lien, unique, qui existe en Allemagne entre les clubs et les fans semble se distendre un peu.

Moins de clubs de tradition

Ce phénomène est indissociable de la montée en puissance de formations soutenues par un mécène (TSG Hoffenheim) ou un sponsor (Bayer Leverkusen, VfL Wolfsburg, Red Bull Leipzig). Ces équipes prennent numériquement la place des clubs de tradition. Munich 1860, le FC Kaiserslautern, Sankt-Pauli ou Nuremberg ont disparu de l’élite. Ils pourraient être rejoints par le FC Cologne, Hambourg et le Werder Brême, tous champions dans le passé.

Le pouvoir de l’argent? Pas seulement. Ces clubs patrimoniaux rééditent saison après saison les mêmes recettes inefficaces et se contentent souvent de trop peu. Un constat dressé par Matthias Sammer, ancien directeur technique national de la Nationalmannschaft: «L’autosatisfaction est fatale dans n’importe quel métier et mon sentiment est que beaucoup de nos clubs sont trop rapidement satisfaits. C’est pourquoi il faut absolument que la Bundesliga fasse attention à ne pas perdre pied inutilement sur le plan de la compétitivité. Sinon, il lui faudra beaucoup de temps pour revenir en haut de l’affiche.»

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