Le Paris-Saint-Germain nourrit toujours le rêve de remporter la Ligue des champions. Mais pas seulement: il veut aussi devenir un acteur majeur de l’e-sport. Le club français devrait prochainement être représenté dans «toutes les grandes compétitions de jeux vidéo à l’international» et organiser «des événements aux Etats-Unis», souligne Cédric Page, patron de la branche «gaming» du groupe de médias Webedia, qui détient les plateformes jeuxvideo.com et millenium.org, appelé à gérer les activités de PSG eSport.

Il faudra patienter jusqu’à fin octobre pour connaître les noms et les jeux de prédilection des joueurs recrutés. En attendant, l’opération confirme une tendance de plus en plus marquée: les plus grands clubs de football s’intéressent de près au sport électronique.

En France, le PSG fait figure de pionnier. Mais la Ligue 1 est à la traîne sur les quatre autres grands championnats européens, qui comptent tous un ou plusieurs champions d’e-sport: Wolfsburg et Schalke 04 en Bundesliga allemande; la Sampdoria en Serie A italienne; Valence en Liga espagnole; Manchester City et West Ham en Premier League anglaise.

Un marché en croissance

Mais les poids lourds du «big-5» se sont fait prendre de vitesse dans la course au virtuel par les Turcs de Besiktas. Dès le mois de janvier 2015, le club stambouliote a racheté une équipe complète de «League of Legends» (un des jeux les plus populaires dans le monde de l’e-sport, dont l’univers n’a rien à voir avec celui du sport traditionnel). Depuis, les clubs ont été nombreux à suivre le mouvement.

Partout, l’enjeu est le même: prendre en marche un train qui véhiculerait 256 millions de fans – dont beaucoup de (très) jeunes – et brasse de plus en plus d’argent. «Le Paris Saint-Germain entend renforcer ses liens avec ces millions de passionnés, conquérir de nouveaux fans, et faire rayonner sa marque à travers le monde», martèle le club dans son communiqué. «Le marché de l’e-sport sera de 465 millions de dollars cette année, croît de 40% par an et dépassera le milliard de dollars en 2019», détaille de son côté Cédric Page.

Pour se profiler dans ce secteur en plein développement, les clubs sportifs n’adoptent pas tous la même stratégie. Certains profitent de la simulation de football «FIFA», dont l’édition annuelle vient de sortir, comme d’une porte d’entrée évidente et privilégiée. Ils font signer des contrats à des champions qui, ensuite, les représentent lors des plus grands tournois en portant le même maillot que leur équipe professionnelle. Le VFL Wolfsburg a ouvert une voie ensuite empruntée par Manchester City, la Sampdoria ou West Ham.

Maillot numéro 50

En mai 2016, l’arrivée de Sean Allen (24 ans) a été annoncée par le club londonien sur le même mode que celle d’une star du ballon rond: long communiqué sur le site officiel, interview vidéo, réaction du manager Slaven Bilic et même traditionnelle photo avec le maillot, floqué du numéro 50. Le Valaisan Edimilson Fernandes, arrivé à West Ham quelques semaines plus tard, a lui hérité du 31. Mais Sean Allen a l’avantage de ne pas avoir à se battre à l’entraînement pour pouvoir porter sa tunique bordeaux et bleue en championnat…

D’autres clubs transcendent l’évidence football-simulation sportive pour embrasser pleinement le mouvement e-sport. En mai dernier, Schalke 04 s’est assuré les services d’une équipe d’élite sur League of Legends et ce n’était qu’une première étape: le club veut recruter dans tous les jeux et organiser des compétitions au sein de sa Veltins Arena. Un peu comme le Paris-Saint-Germain, et sans doute comme de plus en plus de clubs à l’avenir. Les médias spécialisés parlent notamment d’un intérêt marqué de Manchester United et du Bayern Munich en la matière. En Suisse, où l’essor de l’e-sport demeure timide, aucun club de football ne s’est encore profilé publiquement sur le sujet.


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