Pour entrer dans le centre technologique des Jeux olympiques, il faut d’abord montrer patte blanche: une pièce d’identité est nécessaire et des employés de l’immeuble doivent venir vous chercher en personne. Pas question de déambuler seul dans ce gratte-ciel situé à Canary Wharf, le quartier d’affaires à proximité du parc olympique de Londres: «Notre principale crainte est la sécurité de notre réseau», reconnaît Howard Dickel, le responsable des JO à BT, l’une des entreprises en charge de la technologie.

Si l’endroit est ainsi sous haute surveillance, c’est parce que le centre technologique est le véritable cœur névralgique des olympiades. C’est de là que sont supervisées toutes les retransmissions de télévision, destinées à 4,5 milliards de téléspectateurs. C’est ici aussi que tout le faisceau internet va passer, clé de voûte d’une grande partie des épreuves. «Au total, l’Internet va être utilisé quatre fois plus que pendant les Jeux olympiques de Pékin», explique Howard Dickel. «A Londres, nous avons besoin d’à peu près 10 giga­octets. A Pékin, c’étaient 2,5 gigaoctets seulement.» La faute à Apple, qui a introduit l’iPhone – lequel venait tout juste d’être lancé en 2008 – et l’iPad. L’Internet mobile est désormais partout, et les spectateurs ne comprendraient pas de ne pas pouvoir accéder en direct aux épreuves.

Résultat: le centre technologique utilise pas moins de 17 étages de bureaux à Canary Wharf. Plusieurs entreprises y travaillent, d’Omega – en charge du chronométrage et de la transmission des données sportives – jusqu’à Atos, qui assure la retransmission télévisée depuis les installations du parc olympique. Le cœur du dispositif se trouve dans une grande pièce entourée de parois de verre, qui relève plus d’une salle des marchés financiers que d’une ambiance sportive. Deux cents personnes, portant les badges spéciaux donnant accès à ce saint des saints, y scrutent des écrans qui clignotent et affichent des courbes compréhensibles des seuls initiés. Et en cas d’attentat, une autre salle similaire, située dans un emplacement secret à une vingtaine de minutes à pied, attend les techniciens.

Pour comprendre l’importance de l’infrastructure technologique, il suffit de regarder les plans de la BBC, qui détient les droits télévisés des JO pour le Royaume-Uni. La corporation promet de diffuser l’intégralité de tous les événements en direct. Cela se traduit par 26 directs disponibles en même temps. Au total, 2500 heures de diffusion sont prévues pendant les 17 jours de la compétition. Soit 147 heures par jour.

Sur le bon vieux petit écran, la couverture sera assurée par deux chaînes de télévision, ainsi qu’une chaîne en haute définition. Mais la diffusion dépasse très largement ce cadre habituel. Sur ordinateur, tablette, smartphone et ­télévision connectée, toutes les épreuves seront retransmises, de «a» comme aviron à «w» comme water-polo. La technologie permet aussi de «rembobiner» une épreuve: sur le site de la BBC, il sera par exemple possible de regarder en direct la finale du 5000 mètres, puis de revenir au saut en longueur qui s’est déroulé quelques heures avant.

Sur le terrain, ce genre d’ambition technologique a nécessité d’énormes préparations. Dans le vélodrome flambant neuf, entre la piste en bois d’un côté et le parcours de BMX de l’autre, se trouvent de longues salles climatisées où courent des kilomètres de câbles bleus et rouges, reliés à des terminaux informatiques. Mais pas question de prendre le moindre risque: tout a été dupliqué. Il y a deux sources d’électricité; de chacun des stades, deux réseaux de fibres optiques transmettent le signal; et face à chaque serveur informatique, un autre serveur est prêt à prendre le relais en cas de panne. La transition entre les deux prend 15 millisecondes, ce qui est en principe suffisamment rapide pour que personne ne se rende compte de la coupure. Et pour certains événements particulièrement regardés, comme la finale du 100 mètres hommes, les équipements ont même été répliqués quatre fois.

Mais n’est-ce pas trop, ce modèle «ceinture et bretelles»? «Notre objectif n’est pas qu’il n’y ait pas de problème pendant les Jeux, parce qu’il y en a forcément, mais qu’on puisse réagir quelle que soit la situation», explique Patrick Adiba, de l’entreprise informatique Atos. Pour lui, comme pour les autres firmes qui travaillent sur les Jeux olympiques, il est hors de question de prendre le moindre risque d’une interruption du signal. La terre entière serait presque immédiatement au courant, avec des retombées très négatives en termes d’image. Dans le bunker du centre technologique, ce sont aussi des intérêts commerciaux qui sont protégés.

«Au total, l’Internetva être utilisé quatre fois plus que pendant les Jeux olympiquesde Pékin»