Col de la Forclaz, au-dessus de Martigny. Treize kilomètres de montée ardue (8%) que le peloton du Tour de France gravit ce mercredi avant de rallier Finhaut puis le barrage d’Emosson, situé encore plus haut. Le spectacle promet d’être exceptionnel, autant par la nature de la course que par le site grandiose. Anja (46 ans) et Britta (32 ans) ont planté leur tente entre un muret et un promontoire d’herbes surmontant la pente. Vue imprenable sur la route, donc sur la caravane publicitaire puis les coureurs et sur la Vallée du Rhône. «Le matin, quand on se réveille, on a le monde à nos pieds», se réjouit Anja. Elles sont Allemandes, venues de Berlin via Constance et ont posé leur voiture sur ce lacet valaisan dès lundi afin d’être aux premières loges.

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«En première classe», rectifient-elles. En 2013, elles étaient sur le mont Revard dans le Jura, en 2014 sur le Petit Ballon dans les Vosges, l’an passé sur le Cabe dans les Pyrénées. Des amoureuses de la Petite Reine très organisées, puisqu’elles ont effectué à Martigny des courses afin de remplir le garde-manger et être autonomes au moins trois jours. Elles quitteront en effet leur campement jeudi. «Pour les toilettes, c’est bien organisé, des gens en ont installé tous les 500 mètres et il y a aussi des poubelles avec trois tris, c’est très écolo», souligne Britta.

Plus de 100 000 spectateurs sont attendus entre Saint-Maurice et Emosson, autorités et bénévoles ont donc dû multiplier les équipements tout le long du parcours. Le problème pour Anja et Britta, ce sont les biens de consommation réfrigérés. Pas d’électricité sous la tente, elles ont donc fait appel aux voisins. A savoir une famille belge qui leur a fait de la place dans son frigidaire pour conserver au froid fruits, légumes, fromages, boissons et glaçons.

Ces Wallons viennent de Chimay. Ils s’appellent Nathalie et Vincent Anizée, ont deux enfants, se déplacent en camping-car équipé d’un panneau solaire et d’une télévision qui leur permet de regarder les étapes sur écran et en live. Ils accompagnent le Tour de France depuis une dizaine d’années. Ils étaient à Utah Beach le 28 juin (départ du Tour), ont filé dans les Pyrénées, ont remonté vers les Alpes. Ils ont stationné leur camping-car lundi à 8h, ont lié connaissance avec les Berlinoises mais aussi avec un Français originaire du Mans (Sarthe), un couple australien supporter du coureur Cadel Evans et locataire d’un camping-car immatriculé en Autriche.

La Suisse, si propre

Seul individu dont l’humeur est maussade: le vendeur saisonnier d’abricots valaisans qui n’aime pas le Tour «parce que les routes sont fermées et que donc la clientèle est rare». Vincent voue une admiration aux ouvriers communaux «qui passent souvent en 4X4, nous demandent comment on va, si on a besoin de quelque chose et qui surtout ramassent nos poubelles». «Je comprends maintenant pourquoi la Suisse est si propre», dit-il.

Mercredi matin, leur véhicule sera méconnaissable, car ils le couvriront de drapeaux des équipes cyclistes. Ils attendent la caravane publicitaire «pour les produits nouveaux». Ils ont déjà tout et en de multiples exemplaires. «Alors on redistribue à des enfants. On ne garde que le saucisson Cochonou pour l’apéro, les madeleines pour le dessert et les échantillons de lessive. J’en ai tellement que l’an passé j’ai lavé mon linge gratuitement pendant deux mois», explique Nathalie. Olivier a par ailleurs deux panneaux avec le nom de ses enfants écrit dessus qu’il enfonce bien dans le sol et met en évidence «pour que la famille nous voie à la télévision».

Seul souci: les nuits sont difficiles car les camions du Tour de France qui acheminent le matériel pour monter la ligne d’arrivée font hurler leur sirène à chaque virage. Olivier pense que les chauffeurs saluent ainsi les campeurs. «C’est gentil mais c’est bruyant», regrette-t-il. On lui précise que ces klaxons en montagne servent avant tout à avertir les véhicules en amont. Information qui le déçoit: «Je croyais qu’ils nous faisaient la fête.»