Power-play 6/6

«Cold Facts», dans les coulisses du hockey suisse

Deux journalistes lausannois animent depuis un peu plus d’une année un podcast qui permet une respiration salutaire dans le rythme effréné de l’actualité de leur sport favori

A l’heure de la reprise du hockey sur glace en Suisse, «Le Temps» explore pendant une semaine les coulisses de son succès, entre modèles économiques singuliers, joueurs charismatiques et histoires fascinantes.

Lire aussi

«Salut Greg! Salut Jean-Fred!»

Les passionnés de hockey sur glace connaissent le gimmick. Depuis un peu plus d’une année, il ouvre chaque nouvel épisode de Cold Facts, un podcast créé par deux journalistes spécialisés en marge des Championnats du monde 2018 à Copenhague. Hebdomadaire de fin août à fin mai, il invite ses auditeurs dans les coulisses de la National League et de l’équipe de Suisse, avec des détours par la Swiss League (deuxième division) et la NHL.

Pour les coulisses de Cold Facts, il faut se rendre au Mont-sur-Lausanne, et plus précisément dans la chambre d’amis de l’appartement de Jean-Frédéric Debétaz. Avant d’enregistrer l’épisode du jour, principalement consacré à la présentation du HC Fribourg-Gottéron avant le début de la saison 2019-2020, c’est lui qui ajuste les deux micros, pianote sur la table de mixage aux voyants multicolores et programme le logiciel de production. Du matériel flambant neuf, acquis grâce au succès d’une opération de financement participatif menée durant l’été (5000 francs souhaités, 8450 récoltés). Objectif: professionnaliser un peu le projet, après une première saison réalisée «avec les moyens du bord» mais couronnée d’un joli succès d’estime.

Sport de clochers

Cold Facts reste une aventure de passion. Jean-Frédéric Debétaz et Grégory Beaud travaillent à 100%, respectivement pour les agences Keystone-ATS et Sport-Center (Tamedia). Ils enregistrent sur leur temps libre et avec l’accord de leurs employeurs. La donne est claire: «Il peut arriver que nous évoquions au micro des rumeurs, des bruits de couloir qui nous reviennent, précise Grégory Beaud, mais lorsque j’ai un scoop solide, il sera toujours pour mes articles en premier lieu.»

Lire aussi: Les podcasts francophones à la conquête du monde

Au micro, les deux compères évoluent de toute façon dans un registre plus analytique. Le hockey suisse est un bolide d’actualité qui fonce parfois au rythme de trois journées de championnat par semaine; la récurrence hebdomadaire de Cold Facts permet à la fois de rester en phase avec le déroulement de la saison, tout en obligeant ses protagonistes à prendre un peu de hauteur, à synthétiser news et résultats, à dégager des tendances. «Le tourbillon du championnat est là, mais en arrivant le mercredi, on peut revenir sur le week-end écoulé et se projeter sur la suite, avec aussi la possibilité de choisir des axes transversaux. Le hockey reste un sport de clocher, où chaque supporter a tendance à s'intéresser avant tout à son équipe. On essaie de dépasser cette perspective.»

Cold Facts est né d’une frustration. «Un podcast hockey, c’est simplement quelque chose que j’avais envie d’écouter, mais ça n’existait pas», sourit Grégory Beaud. Jean-Frédéric Debétaz complète: «Nous ne sommes pas trop du genre à nous mettre en avant. On se disait que ce serait plus à des gars de la radio de lancer ça. Et puis au final, on s’est dit: «Pourquoi pas nous, après tout?»

«Insiders» de haut rang

Les deux journalistes savaient ce qu’ils voulaient: parler de hockey, avec un focus particulier sur les clubs romands, parfois inviter un joueur, un dirigeant, ou solliciter des experts. Ils ont par contre tâtonné sur les questions techniques, et sur la durée de leur programme. «Le premier épisode durait vingt-cinq minutes et là, plusieurs confrères de médias audiovisuels nous ont dit qu’on était fous, que c’était trop long, que les gens n’écouteraient pas.» Mais en observant les statistiques, ils se rendent compte que la durée n’est pas un obstacle: les auditeurs restent crochés jusqu’au bout.

Aujourd’hui, chaque épisode dure une heure environ, et réunit 1400 personnes en moyenne – un chiffre qui ne cesse d’augmenter depuis le début. La saison 2 vient de commencer, sur des bases sensiblement plus élevées. Et le podcast compte parmi ses fidèles de nombreux insiders de haut rang: dirigeants du hockey suisse qui écoutent pour «se tenir informés», internationaux qui prêtaient l’oreille en groupe pendant les Mondiaux, joueurs professionnels expatriés…

Les deux journalistes savent qu’ils ne toucheront jamais l’entier des mordus de hockey avec leurs analyses assez pointues. «On ne vise a priori pas le supporter qui lance sa bière sur la glace», glisse le premier. Mais le duo estime que, après s’être taillé une belle réputation sur les réseaux sociaux, il peut encore élargir le cercle de ses auditeurs aux passionnés qui ne tweetent, ni ne «followent», ni ne likent.

Aux abords des patinoires, ils sont en tout cas de plus en plus nombreux à aborder les deux complices, en lançant: «Salut Greg! Salut Jean-Fred!»

Ecouter Cold Facts


Découvrez les podcasts du Temps.

Publicité